Catherine Leduc - Un bras de distance avec le soleil

Comment fait-on pour se rendre à Un bras de distance du soleil? On se laisse porter, yeux clos, par les pièces vaporeuses et on prend les mots gorgés de poésie un à un pour atteindre là où nous ne sommes jamais allés. Catherine Leduc troque la saveur rock de Rookie (2014) pour la puissance lyrique des synthés analogues. Envolée spatiale réussie.

L’écriture, la composition et la direction artistique de l’album sont l’œuvre d’une seule femme, à bord de son vaisseau, maître de tout. Les arrangements et la réalisation sont également les siens et ceux de son complice Matthieu Beaumont. Julien Mineau (Malajube, Fontarabie), Guillaume Éthier et Maxime Castellon (Jimmy Hunt) ont prêté leurs instruments alors que le mixage a été confié à Sébastien Blais-Montpetit.

C’est le Good Eye de la moitié de (feu) Tricot Machine qui nous accueille gentiment sur l’album. Elle nous y parle du bon œil, celui qui guide les bons coups et bloque les mauvais.

La pièce titre suit en un groove lent qui invite à l’introspection et aux questionnements : « Qui peut seulement garder pour voir la tête froide dans le brûlant du soleil? »

Portrait en noir et blanc de l'artiste Catherine Leduc.

Explorer des nouvelles zones

Allez plus haut? Oser aller plus loin… Ce n’est pas toujours chose facile et Catherine Leduc explore avec Tes sommets sont mes montagnes cette confrontation à l’idée de l’endroit où on pourrait aller, mais pour lequel on devrait parcourir un chemin d’audace : « Ton point de vue spectaculaire, il me tente mais je pense que j’aurais le vertige ».

Anticosti s’impose ensuite avec des percussions franches et une envolée synthétique éthérée. On y explore avec sensibilité et imagination toutes les sphères de la douleur.

Les sons analogiques se font franc sur Rien comme le froid où l’on explore le désir de sortir de sa zone de confort pour trouver une version plus grande de soi.

Un rythme joyeux nous entraîne durant Le temps séparé où l’on fait plusieurs jolies analogies de soupe dont celle-ci : « À force de mettre le couvercle en attendant pour conserver la saveur du moment ».

Les poèmes un peu tristes

Le single La fin ou le début nous parle de celui qui rentre par la même fenêtre que le soleil, une métaphore qui marque, en soi, plusieurs dans la grande grille de pointage de la poésie.

C’est une langueur poignante qui nous capte sur La joie bruyante, un morceau qui visite les ondes de joie et d’ombre qui agissent souvent en alternance : « Je me détendrai toute pour mieux l’absorber la tristesse inhérente à la joie bruyante qu’elle précède. »

La saison de la grise clôt la marche avec de nouveaux questionnements sur la douleur et la place qu’elle prend.

Catherine Leduc offre un deuxième album bouillant d’interrogation face à l’existence, savamment enrobé dans des mots qui nous mènent haut, près du soleil.

Sortie : 26 mai 2017.