Century Palm - Meet You

Après 3 EPs, le quatuor post-punk torontois qui coiffe une jolie part du bottin underground canadien (des membres de Ketamines, Zebrassieres, Tough Age, Dirty Beaches) présente un premier album mixé par Jay Arner.

Croiser les cursus

Dévoilé en 2014, Century Palm est le projet conjoint de Paul Lawton (ex-Ketamines, itou à la tête du regretté label Mammoth Cave), Andrew Payne (Zebrassieres), Penny Clark (Tough Age) et Jesse Locke (Tough Age, ex-Ketamines, ex-Dirty Beaches, ainsi que journaliste extraordinaire longtemps impliqué auprès de Weird Canada qui a récemment signé une biographie sur la culte formation canadienne Simply Saucer, entre autres). Bien gréé dans le cursus, donc, pis ça se mentionne autant que ça a rapport : des gens qui ont joué ensemble, qui jouent ensemble, et qui ont des prédilections croisées pour le champ gauche, les bonnes tounes et le temps qui passe (comme le souligne le nom de leur groupe, un palmier qui fleurit à chaque siècle).

Des geeks de musique, itou, qui puisent dans les aspects cérébraux et sombres du post-punk, avec une esthétique pop qui les rapproche du new wave - fruit du concours des sensibilités pop/new wave de Payne et de celles punk/garage de Lawton. Les influences sont épanchées, volontairement  palpables - Wire, Neu!, Eno - sans mimétisme pantoute pour autant, plutôt une approbation d'un certain passé assimilable, et voici sa poursuite.

Photo du quatuor, prise en contre-plongée.

Century Palm dans un bois gothique.

Une manière urgente

Meet You recense quelques morceaux déjà parus (New Creation sur le premier EP homonyme de 2014, Inner Vision + Desire sur le split East Coast Tour avec Feel Alright de 2016), pétille de hooks en avançant un son un peu plus sinistre qu'auparavant. Comme des reflets de miroirs cassés, vivant d'une dualité ubiquitaire, pop et sombre l'un dans l'autre.

Pâte diaphane de Century Palm, les synthés - des tampons sci-fi comme en phase avec la pochette - sont autant tridimensionnels qu'immatériels, se fondent dans l'effort harmonique du groupe : il se dégage de Meet You une interprétation respectueuse des pairs, où toutes les trames sont chinées poliment, au profit du hook. En ressort itou une capacité à laisser l'expérimentation en marge du disque, pour distiller jusqu'au parfum pop, oblique qu'il soit - en gardant l'épivardage courtois pour quelques finales.

La fatalité de l'époque

Comme des têtes zardozesques, les voix souvent mélodieusement monocordes flottent sur Meet You dans une torpeur androïde. Cicérones, elles guident à travers les voiles et les affres de la modernité, de l'anonymat quotidien dans les villes où les monuments surplombent les individus jusqu'à la fatalité organisée du temps qui passe jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de prochaine fois.

Transposant la vision spectrale d'un futur imminent dans des tropes contemporains, Meet You avance des brûlots pop hermétiques instiguant une tension entre la suspension et la réaction, rythmés par une batterie mécanique et dont l'appât des hooks déjoue les écueils. Le pathos de Sick Of It, le nerf de Inner Vision, l'effervescence en volutes vert-de-gris de Then You're Gone, l'épanouissement pop quasi enjoué de King Of John Street y ont une résolution aussi viscérale qu'intime, dans un marasme ondoyant aux accents étrangement grisants.

Miroir plutôt que portail, Meet You se prend comme un reflet (ce « You »), une allégorie accélérée du présent pour apprendre à se connaître, vaincre ses angoisses, se désaliéner, trouver sa place dans le fleuve des époques - un appendice aux canons comme un bibelot pérenne.

Date de sortie : 10 mars 2017.