Cherry Chérie - J’entends la bête

Les quatre garçons de Cherry Chérie roulent leur bosse depuis plusieurs années, accumulant les concerts rock’n’roll dans les quatre coins de la province. Ils lancent leur premier album J’entends la bête qui fait suite à leur Cherry Chérie EP paru en octobre 2013.

Pour la petite histoire, Alexandre Craig (guitare et voix) et Paolo Philpot (guitare et voix) se sont rencontrés sur les bancs d’école, dans un cours d’italien. Leur passion commune pour le rock’n’roll des années 50-60 leur a permis de monter ce solide quatuor, aussi composé d'Étienne Beaulieu (batterie et percussions) et de Gabriel L’Heureux (basse et voix), dans le but de parcourir le Québec en reprenant des grands classiques des années 50-60.   Maintenant, les gars offrent des compositions 100% originales sur cet opus lancé sous la nouvelle étiquette Forêt Noire. Ce label a été fondé expressément par la bande pour la sortie de J'entends la bête. Autant vous dire que les gars sont sérieux dans leur démarche! Afin d’être vintage au maximum, ils ont même co-réalisé le disque avec Simon Gauthier, en enregistrant de façon 100% analogique.

Alors, qu’est-ce qui se trouve sur cette bête de 13 titres? On est clairement dans l'esprit du rock'n'roll des années 1950 et 1960, ça, on l’a facilement deviné. Le rythme et les mélodies sont entraînants, on bouge, tape du pied, swing et danse assez facilement. Leur « rétro-trash-bonbon » fait des flammèches. Pensez aux Beatles, The Beach Boys, Elvis Presley, Chuck Berry et compagnie (pour ne nommer que ces influences).

J’entends la bête démarre avec des claviers qui rappellent l’orgue et qui donne un effet quasi divin. Puis boum, les guitares embarquent, le rythme accélère et Paolo chante avec frénésie. La cadence est excellente, le swing est dans les hanches, on danserait comme le King. Les claviers aux sonorités sixties arrivent juste au bon moment. On s’éclate assez facilement dans cette entrée en matière.

Vient encore plus de swing avec Cherry Chérie baby, piste qui évoque les doués Breastfeeders. C’est qu’ils chantent en français les garçons : « Appuis sur la gâchette en bougeant tes hanches ». On sautille et danse.   Marilou, merveilleux petit brulot pop, est l’histoire de cette jolie jeune fille abandonnée par un amant infidèle. Il y a du gras et du blues sur Aussitôt dit aussitôt fait. Cette piste est génialement sale et texturée, pop et criarde, sexy et brillante. On crie à tue-tête sans même connaître les paroles, le diable au corps. Suit un classique indémodable de la troupe : Pandémonium qui apparaissait sur le premier EP.

L'un des moments les plus faibles de l'album se trouve probablement sur Dépose tes fusils, où on croirait que Pablo est seul à jouer de la guitare. L’ambiance peine à décoller.

Après, suit probablement la piste la plus étrange du lot, cet Interlude (ses tentacules), une piste instrumentale très expérimentale. Une jolie tentative d’exploration sonore.

Puis, ça redécolle avec la fusée Ponce Pilate qui inclut des back vocals féminins, une guitare électrique libre et créative ainsi qu’un tempo très rythmé et séduisant. Le leitmotiv « Je crache sur ta tombe » chanté à tout va est un peu édulcoré, mais passe convenablement.   Pour sa part, la pièce Bouge marie tous les éléments qui font le succès de la troupe : une ambiance effrénée, excessive et impérieuse, une touche de séduction naturelle, et des paroles rigolotes et ficelées simplement, dans un français très québécois : « J’croise un flic au coin de la rue, il me dit ferme ta gueule et bouge ton cul. J’luis obéis comme une bête bien domptée. J’me suis tout de suite mis à danser, il m’a dit bouge minable gamin, alors je bouge mon popotin. »

La piste suivante, Je fais ce qu’il me plaît, est dans le même esprit de liberté et sans contraintes.

Ce vieux style qui leur colle à la peau est toutefois un peu contraignant. Car là est finalement la difficulté de la troupe : innover avec un style vieux d’un demi-siècle, en lui ajoutant une touche contemporaine et locale. Le pari n’est pas toujours relevé, mais ça passe sans trop de difficulté. Au final, on en garde que des excellents instants passés à rocker.

Étrangement, les moments doux et tranquilles sont probablement les passages les moins réussis, sauf exception sur la remarquable ballade qui termine l’opus. Il s’agit d’une très belle réalisation originale qui offre un souffle différent et qui détonne avec le reste.

J’entends la bête est, au final, un album franchement excellent avec des musiciens talentueux qui n’en sont qu’à leurs prémices et qui vont probablement mettre le feu à la province.

https://www.youtube.com/watch?v=RT2r7zilqoY