Del Bel - III

Après l'étonnant album homonyme où Del Bel explorait les codes du trip hop afin de réconcilier la scène de Bristol au CanCon, la formation à géométrie variable livre ce printemps son album le plus authentique et le plus audacieux.

Photo de couverture : pochette de III.

À la base, suivre la basse

En guise d'ouverture à III,  Do What The Bass Says superpose des synthétiseurs feutrés à son environnement cinématographique glauque, en ouvrant les portes de la pop à Del Bel. La production maximaliste sert cela grâce à ses couches sonores superposées avec doigté.

Le résultat multiplie les clins d’œil au glauque, tout en maintenant un haut niveau de naturel, malgré le caractère bouclé et hypnotique de l'oeuvre. À titre d'exemple, Crookcrank ne livre pas toutes ses promesses d'un coup, mais récompense plutôt la patience de l'auditeur lorsque son refrain déroge à sa ligne directrice, assez pour maintenir un haut niveau d'intérêt.

La qualité première de III demeure cet éclectisme, entre le minimalisme guitare-voix de Maybe There'll Be A Lightness ou le romantisme en 3/4 de Go On.

Immersion

Au long des quarante minutes, Del Bel multiplie ces bons coups. Lorsque l'on se retrouve en immersion dans les plates-bandes du trip hop sur Only Breathing, cela sert surtout de prétexte pour y construire une petite symphonie, où les vibraphones donnent la fondation à des arrangements de cordes et de cuivres lustrés. Même dans l'urgence en mineure de Katie, le collectif tire son épingle du jeu. On retrouve même de magnifiques instants charnels via Shapeshifters et une nouvelle accessibilité sur If I Was A Fool.

III tend toutefois à s'étirer en longueur. Cela s'explique par les risques pris par les Ontariens, qui auraient bénéficié à offrir une relecture à la dizaine de titres. Le grand défi de Del Bel demeure de tirer son épingle du jeu entre son identité musicale et la direction artistique qu'il souhaite emprunter.

Patience et longueur de Del Bel

Il faut donc prendre le temps de savourer chacune des facettes de Del Bel, particulièrement si celles-ci se cachent derrière l'écran où la bande projette ses musiques. Dans ce contexte, la présence d'un compositeur électroacoustique américain (Jason Rule) et d'un rappeur torontois (Clairmont The Second) se fait assez subtile pour éviter de dénaturer le collectif, tout en permettant d'ouvrir de nouvelles avenues. La douzaine de collaborateurs qui prêtent leur services à III n'ont qu'un objectif; servir la chanson à laquelle ils participent.

Trois éléments facilitent toutefois l'écoute. De un, la livraison vocale de Lisa Conway permet à chacun des titres de piquer notre curiosité. Puis, à titre de compositeur, Tyler Belluz tire le meilleur de sa vision créatrice, en arrivant à mettre en musique aisément ses idées. Ajoutons à cela le travail d'artisans chevronnés du côté de la prise de son et du mixage qui permettent de peaufiner l'offre du collectif. Finalement, les lignes de basse ne servent pas qu'un objectif rythmique, tant elles allient une qualité hypnotique à une force mélodique étonnante.

Date de sortie : 7 avril 2017