Eliza - Eliza

Après un premier album complet, Oootchh, sorti en 2015, le groupe montréalais Eliza propose un EP homonyme qui est marqué par une évolution tangible vers des influences noises. Le rock garage n’est pas remisé bien loin, mais le quintette offre néanmoins une nouvelle étendue de possibilités avec cinq nouvelles pièces aux constructions solides.

La symbiose

David Marchand (voix, guitare), Philippe Cengarle (voix, guitare, claviers, percussions), Nicolas Gaudreault (guitare, synthé, percussions), Maxime Sans-Chagrin (basse) et Rafael Botero (batterie et percussions) créent une symbiose difficile à égaler, se lançant la balle de façon instinctive, voire primitive.

Enregistré et mixé par Jean-Bruno Pinard au Studio Ohm, et masterisé par Francis Ledoux, l’album court s’ouvre avec Politics, qui nous place tout de suite dans un moule où l’omniprésence du bruit dense n’est jamais synonyme d’absence de travail mélodique.

Corruptor nous plonge ensuite, tête première, dans le noise et nous amène aux abords du tribal, en fin de parcours, avec une succession de superpositions qui capte tout.

Bored fait ensuite une plus grande place à la voix. On se place dans un rock plus standard, avec un filon mélodique très captivant. Le groove de guitare sporadique qu’on peut entendre à partir de la 55e seconde est extrêmement attrayant.

Beggar’s Bride nous interpelle d’emblée par un rythme espacé et des bruits de chaînes. La gravité de la voix qui se fait à la fois envoutante et dictatrice, est décuplée par les arrangements soignés qui l’enveloppent.

Ancrée dans le post-rock électronique, Juicy Lou est unique en son genre dans l’espace créé par le groupe. Un sentiment d’urgence est évoqué par chaque instrument alors qu’on a l’impression de se trouver au cœur d’une épopée qui se termine abruptement avec la fin du EP.

Les voix caverneuses de David Marchand et Philippe Cengarle s’alternent d’une pièce à l’autre, demeurant des deux côtés solides, mais souvent couvertes par les arrangements multicouches précis et travaillés. Si leur timbre nous rappellent aisément Ian Curtis, l’aplomb qui transparait dans les voix est quant à lui unique, tantôt puissant dans la douceur ténébreuse, tantôt décapant dans les cris.

Photo du groupe en noir et blanc dans une salle de répétition.

Maîtriser toutes les étapes

Ce qui fait la grande force d’Eliza est son habileté à manier les couches musicales pour qu’elles s’emboîtent et se juxtaposent, chaque pièce se présentant comme une histoire à plusieurs chapitres qui se suivent sans se ressembler ni détonner. Chaque instrumentiste tire ainsi son épingle du jeu. Rien n’est superflu dans Eliza et rien ne manque. En résulte un rock psyché faisant appel aux référents noise et post-punk tout en proposant des lourdeurs calculées et une cohésion certaine.

Ça nous amène à demander « Pourquoi un EP ? » L’évolution marquée du groupe nous saisit et on en aurait pris davantage. Le groupe s’est offert ce mois-ci une tournée sur la Côte Ouest des États-Unis pour aboutir à Montréal et Québec pour deux lancements, les 16 et 17 mai. Souhaitons que de nouvelles opportunités de présenter live ce produit si complexe se présenteront à eux durant l’été.

Sortie : 16 mai 2017.