Émilie Cornut - EP

Émilie Cornut avait quelques chansons finement fignolées sur sa page bandcamp. Récemment, elle a réalisé (avec succès) une campagne de socio financement pour redonner vie à ses chansons et leur offrir un second souffle sur un premier EP officiel. Exit les maquettes et les démos, l’auteure-compositrice-interprète signe quatre merveilleuses chansons disponibles à partir du 7 avril en téléchargement sur bandcamp. Elle dévoilera son premier mini-album le 7 avril au Divan Orange lors d’un 5 à 7.

Cela fait quelques années qu’Émilie Cornut se produit à Montréal. Avec l’aide du réalisateur et mixeur Jean-Philippe Villemure qui signe aussi tous les arrangements électro, et la guitare sur Coupe à blanc, elle propose un EP rempli de chansons « faussement naïves et d’histoires aux contours rêches, peut-on lire dans le communiqué, des chimères où se côtoient le vent, le fleuve, la nostalgie d’un autre temps et la peur de dériver ».

Ça commence en force sur Trois-Pistoles où l’ambiance glauque nous plonge littéralement ailleurs. Avec la force des éléments et sa voix pleinement touchante et puissante, elle nous fait dériver et tanguer dans son univers mélodique. Émilie Cornut s'inspire du piano classique pour élaborer ses romances enivrantes, mais garde un pied dans la chanson française et prêt de la musique pop électro qui semblent l’inspirer. Elle crée un amalgame sonore unique. Sa douce voix émotive et parfois espiègle est mise de l’avant avec doigté dans cette production musicale riche en texture et en ambiance.

Émilie Cornut raconte des histoires parfois frivoles, mais toujours touchantes. Sur la deuxième piste Le sel, elle s’inspire encore plus de la chanson française, évoquant l’univers musical de Gaële. Elle signe musique et paroles, arrangements, voix, piano et claviers. « Au creux des vagues viendras-tu me chercher ? / Prêt du corail où je me suis échouée », chante-t-elle avec naïveté, beauté et simplicité, usant du piano avec habileté et inspiration. On plonge assez facilement dans ses histoires.

Fille au corsage, troisième piste, est probablement la plus intense des chansons : accordéon en arrière-plan, rythme langoureux, voix suave et érotique. Ça éclate finalement en électro pop finement bien roulée. « Non tu ne resteras pas / mon bel ami, mon égérie / tu sais que mes bras trop froids glaceraient ton échine / alors ne m’en veux pas pour tous mes feux d’artifice ». Et elle danse en scandant « et je danserais là / fille au corsage / fille de joie », un petit hymne libérateur. La passion est de mise, les cœurs débordants et la beauté des dissonances est soulignée, éclairée par une lumière rouge qui scintille.   L'ensemble se termine sur la douce Coupe à blanc. Retour en mode piano-voix qui se développe tranquillement. Des oiseaux de papier, une complainte suave et sombre et des voitures qui frappent. On n’est plus dans la légèreté, mais dans l’angoisse. La mort cogne à la porte.

Émilie Cornut livre ici une parcelle de ce qu’elle fait de meilleur : voyager entre émotions fortes, sentiments de détresse et frivolité presque sexuelle. Voici un album touchant, bref et très beau.