Feist - Pleasure

Comment rebondir après avoir livré de manière successive deux albums marquants de la scène pop canadienne, au niveau populaire et critique ? Feist trouve la réponse, ainsi que de nouveaux repères sur Pleasure, une oeuvre marquante de sa discographie et de la cuvée 2017 au pays.

Photo de couverture : pochette de Pleasure. 

Plaisir d'amour

Une question s'impose avec Feist suite à l'imposant combo pop indé de The Reminder (2008) et glauque Metals (2011) : est-ce que Leslie a toujours quelque chose à dire, une fois ces deux disques tombés dans la pérennité musicale canadienne ? Si oui, de quelle manière allait-elle livrer ce propos ?

La réponse à la première question, livrée sans équivoques sur Pleasure, est oui, Feist a toujours quelque chose à dire. L'exploit est imposant, car plutôt que de dénaturer son offre, Feist la célèbre, dans toutes ses qualités et sa complexité. Au long des onze chansons, les hameçons pop côtoient l'urgence rock et les ambiances plus sombres. Le résultat est organique, comme en témoignent les diverses facettes explorées dans la pièce titre en guise d'introduction, où le bruit de fond des amplis donne le ton au disque. Pleasure mérite que l'on multiplie les écoutes, au ralenti.

À vrai dire, cette offrande est celle où Feist assume le mieux la complexité de son identité créatrice, afin de repousser continuellement les frontières de son environnement musical tout en gardant le contrôle de son approche. Dans le recul sobre de I Wish I Didn't Miss You où la savante progression mélodique de Get Not High, Get Not Low, elle jongle aisément entre le je-m'en-foutisme et la sublimité pop. Le résultat étonne et détonne, mais rayonne de par son authenticité.

Au cœur de Pleasure, Feist insère sa guitare électrique comme fil conducteur au disque. Elle arrive à en soutirer les nuances, à titre d'instrument à part entière, comme en témoigne Any Party. Ce jeu sonore permet à chacun des éléments de rayonner, avec les passages instrumentaux de A Man Is Not His Song qui enveloppent la présence d'une chorale ou du pont final vaporeux du titre.

Chagrin lo-fi

Même le chaos contrôlé du disque demeure accessible, que ce soit dans le caractère expérimental de The Wind ou les ambitions musicales de Century, épique autant dans la longueur que dans l'intention. Les clins d’œil blues de I'm Not Running Away et Young Up se prêtent drôlement au jeu. Le disque trouve donc sa force du minimalisme qui lui est infusé, comme dans l'approche guitare-voix de Baby Be Simple où Feist assume pleinement son rôle d'interprète.

Dans ce terrain de jeu plus sombre et lo-fi, Feist trouve un nouveau souffle où son approche fonctionne sans failles. Ici, tout opère de manière bien rôdée, malgré la spontanéité du résultat final. En retour, l'écoute demande plus d'attention afin d'en saisir les subtilités et les secrets, particulièrement dans l'intimité installée sur le disque. Cela semble ironique pour un disque livré à l'état brut, mais la patience du mélomane se retrouve toutefois récompensée. Cette audace permet à Pleasure d'être une oeuvre majeure dans la discographie de Feist.

Date de sortie : 28 avril 2017.