Harfang - Laugh Away the Sun

Le quintette indie de Québec revient avec une offrande plus rock que folk, un premier album complet attendu de pied ferme après deux EP prometteurs.

Photo de couverture : pochette de Laugh Away the Sun.

Les projets de haut niveau comme Harfang sont plutôt rares dans la Vieille Capitale comme ailleurs au Canada. Exclusivement composée de virtuoses, la formation regroupe des musiciens qui sévissent aussi sur la scène jazz locale, des geek de studio aux aptitudes d'ingénieurs de son et un chanteur (Samuel Wagner) capable de nous transpercer le cœur avec sa voix de falsetto. Des artistes en plein contrôle de leurs instruments et qui brillent chacun à leur tour, tout dépendant des arrangements. Un groupe qu'il nous tarde de voir au Palais Montcalm, prestigieuse salle de la Haute Ville qui base sa programmation (très éclectique !) sur des invités de leur calibre.

Contemporains d'Half Moon Run, Bon Iver et Patrick Watson, les cinq amis créent une musique planante dans l'air du temps qui ne réinvente pas la roue mais qui reste parfaitement exécutée. Un genre dont ils maîtrisent les codes esthétiques, notamment par l'usage adroit des réverbérations oniriques, auquel ils insufflent plus que jamais des inspirations prog.

Laugh Away the Sun démarre en trombe, s’ouvrant sur des bruits de sirènes. Kneel nous évoque quelque chose d’apocalyptique par sa lenteur, les distorsions apportées au chant, le soupçon de cordes qui ajoutent un côté très dramatique. La table est mise pour un album brumeux et inquiétant.

Stockholm, peut-être la pièce la plus forte, suit avec cette partition de guitare mélodique qui pave la voie pour les autres instruments avant que la voix de Wagner ne prenne le relais, rejointe par une batterie galopante. Un morceau musicalement inventif qui met bien en valeur l’organe du frontman. Les chœurs, par ailleurs, sont exquis.

Wandering, la plage 3, est tout aussi captivante que les deux qui la précèdent. Une composition consolante au départ, une propriété intrinsèque de la guitare acoustique, qui laissera finalement une place prépondérante aux percussions comme dans une bonne tune de Alt-J. Les fans de la formation britannique adoreront.

Obvious, l’interlude qui arrive tout de suite après, nous révèle pour sa part une nouvelle facette de la voix de Wagner. Des notes plus graves que ce à quoi il nous a habitués. Impressionnant.

Pleasure est un autre exercice de style en soi, de par l’utilisation de l’orgue, mais surtout les manipulations synthétiques apportées à la voix qui en devient presque robotique. Un risque payant qui sera critiqué des puristes, certes, mais qui apporte une nouvelle couleur à Harfang sans pour autant détoner du reste de leur œuvre. Plus que jamais, les gars flirtent avec l’électro.

Puis, le rythme ralentit après Lighthouse – qui se fond dans la masse. Flatline embarque, un slow ponctué par la batterie minimaliste de Mathieu Rompré où, ultimement, une guitare résolument 90’s apportera une toute nouvelle saveur. Encore une fois, le quintette sort de ses pantoufles.

Truth et Fly Away se chevauchent ensuite, l’une tranquille et sombre, l’autre plus lumineuse, pour se terminer avec la complainte intimiste As You Sing – une pièce tendre presque exclusivement interprétée en formule guitare-voix.

On termine l’écoute en se disant que le pacing est des plus judicieux et qu’on a affaire à une production, une réalisation qui n’a rien à envier à ces bands au rayonnement international qui inspirent tellement ces musiciens de Québec.

Date de sortie : 20 janvier 2017.