Homeshake - Fresh Air

Sur son quatrième album en 4 ans, le projet de Peter Sagar - ex-musicien de Mac DeMarco bla bla bla - étaie la fibre bedroom-R&B qui lui était palpable depuis In The Shower dans des chansons comme des brises pour dégager le pessimisme.

Photo de couverture : pochette de Fresh Air.

Ce sont les petites choses

Un gars des petites choses - prendre sa douche (In The Shower), apprécier une collation nocturne (Midnight Snack), profiter d'une bouffée d'air (le présent Fresh Air), Peter Sagar apparaît comme un gars de simplicité avérée parmi les slackers, un smooth parmi les vedges.

Bien que partageant quelques sources soft-rock jazzées avec l'ami Mac DeMarco (dont il a quitté le groupe en 2014 pour se dégager de la vie de tournée trop intense pour lui et se concentrer sur ses trucs), il apparaît, depuis In The Shower, fignoler plus que les autres tenants du laxisme des pièces aux tempi décomplexés et aux arrangements décontractés, où le médium est le message tant que le mood prime.

Homeshake, un gars relax - Crédit photo Salina Ladha

Homeshake, un gars relax - Crédit : Salina Ladha.

L’économie de l’effet

Et, avec Fresh Air, il se sort de la mêlée, délaissant considérablement la slacker pop pour offrir une bedroom-pop oisive autant que rêveuse, oblique plutôt que bancale, qui s'acoquine d'une production davantage électronique pour gouverner la tangente R&B qui l'habite dans des spectres plus contemporains.

L’outillage électronique était déjà remarqué sur Midnight Snack - et l'écriture du présent a d'ailleurs été initiée immédiatement après l'enregistrement de ce dernier, d'ailleurs (pas tant slacker, je vous dis), pour en poursuivre les explorations.

L'instrumentation est abordée avec une intimité domestique, gréée de claviers funky et amiables, de percussions modestes et dégourdies avec de candides recours aux claves, snaps et claps, d'une guitare qui trottine en ingénue et d'une voix au fausset ténu. Le bon cœur sensible, le jeu en proximité, Sagar n'apparaît pas plancher sur la production, plutôt sur l'économie de l'effet selon l'adage macluhanesque susmentionné : « Le médium, c'est le message ».

Jouer à l’air

Ce jeu, on le sent dans l'interprétation, notamment dans la voix, dont le pitch et le rythme sont parfois manipulés synthétiquement, pendant que Sagar palabre en édifiant sa conception, rappelant que ça va bien, sinon que ça va ben aller, sinon ce sera autre chose, mais faut pas s'en faire pis plutôt prendre un grand respir. Comme la bonhomie de sa musique le rappelle itou : il ne faut pas s'user à la perfection, plutôt habiter l'idée.

Il se fait optimiste, bienveillant, réconfortant (This Way), bien que son discours apparaisse à l'occasion oiseux, comme ses récits peuvent être futiles itou - et c'en est pourtant le doux appel, comme au naturel d'une séance amicale (« Now she says hey, I said hey, what’s up? / How’s it going? Oh ya know, pretty good / Try to stay busy and get a job / Couple things I didn’t mention / Stop your lazy bitchin’ »), avec de l’empathie et une ouverture aux détails qui alimentent l’aise et permettent de se dégager de pressions factices, comme en intro de l’éponyme : « Probably slip my shoes on and step outside / Roll my hands up into my sleeves / Reaching back and closing the door behind / Lift it up and pull it with ease / Try and take a moment outside my screen. »

Peter Sagar et les musiciens-amis qui l'accompagnent dans Homeshake, après profiter de l'air frais

Peter Sagar et les musiciens-amis qui l'accompagnent dans Homeshake, après profiter de l'air frais.

Long respir

L'économie frappe plus frugalement les pièces dont les punctums sont dissipés dans la prosodie (i.e. le quatuor enchaîné de Timing, TV Volume, Khmlwugh, Fresh Air) et, en poursuite, on a l'impression que l'album s'étire un peu, qu'un tri ou un resserrement supplémentaire aurait consolidé l'offre - mais le moment de relaxation, le souffle en auraient été affectés.

S'il se démarquait auparavant du lot guitar pop avec des pièces à la parcimonie décontractée tout en semblant en devoir une à son ancien compagnon de jeu (alors que ça fait ça, des amis : ça partage, des goûts autant que des idées), Sagar se distingue désormais avec son allant R&B, qui atteint son sommet pas pire pop sur Every Single Thing.

Son côté gavroche apparaît parfois comme une béquille, reste que ses synthés naïfs sont pas mal de fun dans l’aboutissement de leurs limitations, et Sagar affirme surtout ici son talent pour les mélodies vocales, qui ceignent pour accompagner dans une brise de ça va ben aller - sinon ce sera autre chose, entre deux grands respirs, pendant qu'on a encore le temps de pas s'en faire.