J.O The Corrupted - Bressani Street Influence (Volume 1)

Appuyé par une horde de talentueux producteurs d’ici et d’ailleurs, le Montréalais J.O The Corrupted présente Bressani Street Influence (Volume 1), un troisième projet solo sur lequel il réaffirme son approche rap consciente aussi lucide qu’incisive.

Photo de couverture : pochette de Bressani Street Influence (Volume 1).

Natif du nord-est de Montréal, J.O The Corrupted a fait sa marque dès le début de la présente décennie au sein de Masters in Corruption, un duo qu’il menait avec son collègue Lee Master C.

Décidé à prendre son propre envol, il a ensuite planché sur la création d’une mixtape, Corrupted World Solution, parue en 2013. Recueillant une enviable couverture médiatique, ce premier projet a attiré l’attention en raison de son originale mise en marché, opérée par des sans-abris de la ville à qui J.O avait donné le mandat de distribuer ses copies. « Ce gamin m’a donné son album à vendre en me disant de garder les bénéfices, car la musique peut faire une réelle différence », pouvait-on lire sur celles-ci.

Portrait de J.O The Corrupted dans une rue d'une grande ville, de nuit.

J.O The Corrupted - Courtoisie.

De plus en plus en demande, J.O a participé à l’édition 2014 du festival MEG Montréal, quelques mois après être allé en Nouvelle-Orléans pour enregistrer une bonne partie de son deuxième projet Pound for Pound vol. 1.

Chargé d’assurer la première partie d’Ab-Soul au Petit Olympia en octobre 2014, le rappeur s’est progressivement taillé une place sur la scène rap locale, ce qui l’a amené à joindre ses efforts à l’étoile montante CJ Flemings pour l’enregistrement du EP Political Party en 2015.

Hommage à son coin

Fort de ses rencontres avec plusieurs producteurs d’ici et d’ailleurs, J.O The Corrupted propose maintenant Bressani Street Influence (Volume 1), un EP en hommage au nom de sa rue, située aux abords du quartier Saint-Léonard.

En introduction, No Fee$ donne le ton avec ses mouvances trap sombres, conjointement orchestrées par GreenTouch, VNCE CaRter (de Dead Obies) et le Parisien d’adoption montréalaise PRINC€, un complice de longue date de J.O. Réfléchissant à ses ambitions et à sa dépendance à l’argent, le rappeur fait également un clin d’œil à un discours mythique de John F. Kennedy à la toute fin.

Critique d’une société étouffante et des forces policières qui la délimitent, No Freedom dévoile un J.O mordant au flow plus habité, tandis que la suivante, All I Ever, une composition rap intemporelle élaborée par l’éminent Chicagoan Nascent, nous le montre un peu plus calme, quelque peu mélancolique.

Près de l’esthétique rap new-yorkaise des années 1990, Many Dreams est un énième récit rude des côtés sombres de la rue. Même s’il n’évite pas les clichés inhérents à ce genre d’exercice, J.O réussit à capter l’attention en se livrant avec intensité sur quelques passages de sa vie.

Tournant plus moderne

Avec ses influences cloud rap, maniées avec précision par PRINC€ et le producteur français A2H, Between Her Eyes marque un tournant plus moderne dans l’album.

Ambitieuses dans leurs arrangements, les deux suivantes Willie BeameN et PowersInYourMind sont probablement les plus réussies du lot. Alors que la première, un hommage au personnage de Jamie Foxx dans le classique Any Given Sunday, profite d’une composition intraitable du Montréalais Homerun Hitz, la deuxième allie avec ingéniosité sonorités orientales et rythmique percutante. Également originaire de Montréal, le producteur Sadjo Ka en jette plein la vue sur celle-ci.

Beaucoup moins mémorable, la dernière W.I.S.N.B. permet toutefois à J.O de tester un flow plus détendu.

Polyvalent, le rappeur montréalais montre qu’il n’a rien perdu de sa verve sur ce nouvel EP. Ne lui reste maintenant qu’à mettre un peu plus d’énergie à la promotion de sa musique s’il désire, un jour, obtenir un engouement à la hauteur de son talent.