Jacques Greene - Feel Infinite

Figure incontournable de la scène électronique montréalaise, le producteur Jacques Greene lance en grande pompe Feel Infinite, un premier album officiel qui tient la route malgré quelques moments creux.

Photo de couverture : pochette de Feel Infinite.

Né à Montréal, Philippe Aubin-Dionne fait sa marque dans les bars, afters et clubs de la métropole depuis près de 10 ans. Amorçant sa carrière sous le nom de Hovatron, il a changé de nom pour Jacques Greene au tournant de la décennie actuelle et a considérablement augmenté la cadence en termes de singles et de EPs, attirant au passage l’attention de l'illustre étiquette britannique LuckyMe sous laquelle sont notamment parus The Look et Another Girl.

Proactif, Greene a développé son propre style avec rapidité et inventivité, combinant la fougue du UK garage à la sensualité du indie R&B, alors en pleine expansion avec l’émergence de The Weeknd, Miguel et autres. En parallèle à ses créations originales, il a aussi multiplié les remix sur la toile, notamment ceux mémorables de Radiohead (Lotus Flower) et Jimmy Edgar (New Touch) qui lui ont amené une vive reconnaissance internationale.

Portrait en contre-plongée de Jacques Green, tête tournée vers la gauche, un filtre bleu appliqué sur la photo.

Jacques Greene. Photo tirée de sa page Facebook.

Conscient de la portée de sa musique, il a cofondé l’étiquette Vase avec son gérant Joe Coghill en 2011, puis a continué de parcourir le monde en multipliant les DJ sets. Fort du succès enviable des EPs Phantom Vibrate et After Life After Party, tous deux parus sous LuckyMe en 2014, il a cessé d'enchaîner les parutions pour se concentrer sur un projet plus ambitieux qu’il avait en tête depuis un moment : celui d’un premier album complet.

Soulever des émotions

Désirant « soulever les émotions et les moments qui, plus que toute autre chose, nous rendent humains dans le contexte de la musique dance », Jacques Greene élabore ici une œuvre pas toujours facile d’approche qui, dans sa tendance à vouloir constamment déjouer les attentes, finit parfois par tomber à plat et décevoir.

La signature distinctive de l’éminent producteur se dévoile en amorce sur Fall, intro aux consonances house et R&B plutôt réussie. La chaleur de cette mise en bouche laisse place à la froideur de la chanson titre, menée par une basse caverneuse et des repères post-dubstep immersifs.

Greene défriche ensuite un terrain future house assez fertile sur To Say, duquel jaillissent une basse plus brute et une énergie dance plus imposante. Il ralentit largement la cadence sur la touchante True, en duo avec le brillant chanteur américain How to Dress Well, encore et toujours à la hauteur.

Fin mitigée

Les influences rave se mettent subséquemment de la partie sur la disparate I Won’t Judge, qui ne trouve son élan qu’à la toute fin. Plus contemplative, Dundas Collapse permet à Feel Infinite de respirer un peu afin de mieux replonger dans la house sur Real Time, pièce aux contours funky qui manque curieusement de relief et de mordant.

En dents de scie, le sprint final perd l’auditeur dans son mélange pas si harmonieux de future pop (Cycles), d’électro (You Can’t Deny) et de UK garage (l’alambiquée Afterglow, qui s’enlise dans une progression fade). En conclusion, You See All My Light rattrape de quelque peu l’ensemble avec sa lente accumulation de sons qui, derrière son apparat chaotique, révèle plusieurs trouvailles mélodiques saisissantes.

Sans être un échec, Feel Infinite n’a pas l’étoffe de l’ambition première de son créateur. À force de vouloir toucher à tous les styles et toutes les émotions, Greene a quelque peu délaissé le groove impétueux qui a fait sa renommée.