Kay Curtis - Something to Remember When Nothing Makes Sense

Membre du talentueux collectif Susiety, Kay Curtis va de l’avant avec Something to Remember When Nothing Makes Sense, un captivant premier album solo.

Photo de couverture : pochette de Something to Remember When Nothing Makes Sense.

Né et élevé dans la métropole, Kay Curtis a commencé à rapper à l’âge de huit ans. Fan de Kendrick Lamar, Isaiah Rashad et autres gros canons de l’étiquette californienne Top Dawg Entertainment, il s’est lié d’amitié avec Tamar, un autre rappeur prometteur, au milieu de l’adolescence. Ensemble, ils ont trouvé un refuge artistique de choix en investissant à bon escient le studio NoBad Sound, un lieu de création financé par la maison des jeunes de Côte-des-Neiges.

Sur place, ils ont fait la rencontre décisive du producteur Dr. MaD, un instructeur du studio qui a rapidement compris que leurs textes avisés et leur livraison vocale énergique avaient un certain potentiel. Décidé à faire avancer leur carrière, MaD les a invités à enregistrer le premier EP Reign SuSpreme, rampe de lancement du collectif Susiety, désormais complété par BLVCKND, Baby Luna, Ayako et Knwbe.

Kay Curtis sur une terrasse au coucher du soleil, le ciel derrière lui a des teintes bleutées.

Kay Curtis - Courtoisie.

Plus que satisfaits du résultat, les six acolytes ont mis les bouchées doubles en 2016 avec Woke, un excellent premier album qui n’a malheureusement pas obtenu le succès qu’il méritait. Très impliqué dans le projet, Kay Curtis n’a toutefois pas chômé et a planché avec assiduité à la création d’un premier album solo pendant plusieurs mois.

Réflexions pertinentes

Épaulé par le rappeur émérite Jai Nitai Lotus, également instructeur au NoBad Sound, l’artiste maintenant âgé de 18 ans prend ici une impressionnante maturité. Touché par les questionnements et drames qui secouent la jeunesse américaine, Curtis propose un album convaincant, empreint de pertinentes réflexions qui carburent à l’espoir.

Sur Silent Knowledge, par exemple, il évoque les récents drames policiers qui minent les communautés afro-américaines avec une lucidité qui n’est pas sans rappeler celle d’un certain Kendrick Lamar. Refusant par-dessous tout qu’on le mette dans une case, il se fait intègre sur Rise N Shine et n’hésite pas à critiquer les dérives autoritaires avec un flow posé.

Loin de faire uniquement dans le rap engagé, Curtis se permet une belle liberté, notamment sur Most Awesome, une entrée en matière plus qu’intense sur laquelle il dévoile un débit surexcité, presque incontrôlable. À l’inverse, il se fait plus détendu sur la lente et langoureuse Falling for You, en duo avec son allié Tamar.

Au goût du jour

Sur Elevated, il rappelle l’importance de suivre son propre chemin sans se laisser distraire par les aléas de la vie, tandis que sur la suivante Passed Us, une collaboration avec le mentor Lotus, il enjoint la jeunesse à garder la tête haute. Même s’il a été maintes fois entendu, ce genre de discours sied parfaitement à un jeune rappeur aussi articulé que Curtis.

Musicalement, MaD, Lotus, YV et Baby Luna signent des compositions au goût du jour qui empruntent au trap, au cloud rap, au soul et au indie R&B. Légèrement bigarrée, la direction musicale permet toutefois au rappeur de tester différentes approches, ce qui s’avèrera probablement fructueux pour la suite des choses.

Dans tous les cas, Kay Curtis se place d’ores et déjà comme l’une des révélations notables de la scène rap montréalaise.