Look Sacré - Maison-piège

Après 4 EPs-laboratoires et Nécromensonge, un premier 2 titres officiel paru au printemps dernier, c'est le premier album du trio montréalais Look sacré, aux explorations psych, shoegaze et garage élastiques et aux mots mutants. 

Photo de couverture : pochette de Maison-Piège.

Comme regarder un placenta

Offrir son cheminement, ses entrailles, c'est un beau paradoxe pour un projet dont l'écoute évoque un certain mystère. S'étant plus officiellement annoncé en avril 2016 avec Nécromensonge, Look Sacré avait à priori déposé sur Bandcamp 4 EPs-laboratoires bilingues, dont les empâtements lo-fi dévoilent plus souvent qu'autrement des éclats probants, laissant des traces pour permettre de constater que l'achèvement de ce premier disque a été nourri d'un pas pire processus.

Sur Maison-piège – qui pourrait ou pourrait ne pas faire partie d'un triptyque appelé Ainsi parlait Zaratoaster, c'est à suivre – il y a quelques clés fournies, une légende en amont : c'est
« l'histoire d'une tragédie au petit matin [...] », et le libretto projette entre autres un adieu au lyrisme et un triomphe de l’horizontalité de la dimension auditive – mais tout ça sert à ouvrir des portes quand ça se passe, dans l'ensemble des tempêtes et de la furie. Un processus cérébral, voire reclus, avec une intention de communiquer physiquement.

Photo en noir et blanc du trio derrière la vitre d'un studio d'enregistrement. Un homme torse nu, semblant être l'ingé-son, est assis devant des écrans d'ordinateur.

Une mouture 2016 en scintillants faciès.

La mystique de la porte de cave

Maison-piège s'ouvre avec Orage dans une angoisse presque muette, qui s'augmente vers un roulement de chœurs jubilatoires pour frôler quelque chose de numineux pendant que des forces sensorielles obombrées se murmurent. Une purge en partant, vers le haut, avant de plonger dans les lessives et vidanges plus drastiques et tordues de la suite.

La fange se dévoile des bras pondéreux sur As seen on TV – dont la ligne « En attendant les plates-bandes » est homonyme d'un EP du groupe paru en 2015. Puis, de ce vrombissement boueux et fâché contre le mieux qui s'ignore jusqu'à l'allure motorik de WOB et entre les deux et autour itou, dans un souci de poursuite pétrissable, expérientielle, les mares calmes rugissent, les horizons se font élastiques, et les mots, mutants.

Le temps au texte

Pas trop verbeux, aux mots choisis, le texte est sibyllin, soigné (pas du fourbe rock littéraire pour autant – et tant mieux) tout en s'imprégnant dans la musique, pour évoquer des tares de l'indolence, des échecs privilégiés et d'autres frasques affectives. La voix de Simon Malouin est ensevelie ou brandie selon les besoins de la chanson (peut-être un peu trop au front sur l'éponyme Maison-piège, en clôture), pour que les éléments s'embrayent et que les punctums se délogent.

Il y a une propension au néologisme, qu'on remarquait avec « Nécromensonge », et qui est réitérée ici avec « Doublevide » et « Obéance », entre autres – qui, soudés (« DoublevideObéance »), sont aussi représentés sous le quasi-acronyme WOB (une trace annoncée dans les notes de Nécromensonge, et ici le titre d'une pièce, itou).

La proposition n'est pas inouïe, mais accomplie dans ses mouvements, et exaltante. Aux réverbérations belliqueuses et aux rumeurs orchestrales fantomatiques, Maison-piège avance 6 pièces épatées, grondantes, salies, et accrocheuses autant que pugnaces. Leurs imperfections sont inhérentes et dédiées, la job sale déjà faite pour qu'à travers – ou à la somme, si on venait à fermer la porte – de l'expérience, ça aille mieux, ça aille bien, autant d'un bord que de l'autre du quatrième mur de la Maison-piège.

Date de sortie : 4 avril 2017.