Loud – New Phone

Tout juste signé sous la nouvelle étiquette Joy Ride Records, le rappeur montréalais Loud effectue un premier vol solo de grande envergure sur New Phone, un mini-album sur lequel il se détache formellement de l’époque Loud Lary Ajust.

Originaire du quartier Ahuntsic à Montréal, Loud a commencé le rap à l’adolescence aux côtés de son camarade Lary Kidd. Après avoir piqué la curiosité des forums hip-hop avec quelques chansons publiées sur leur page Soundclick, les deux acolytes sont devenus un phénomène underground avec la parution de la mixtape collaborative Erreurs de la nature en 2006.

Ils ont ensuite poursuivi chacun leur chemin en solo. Alors que Lary a planché sur sa mixtape La déchéance de Lary Kidd, parue sans faire trop de bruit en 2009, Loud s’est illustré au sein des WordUP! Battles, alors en pleine effervescence. Après quelques joutes mémorables, notamment contre Osti One et Obia le Chef, le rappeur a officieusement pris sa retraite prématurée de cette ligue pour se remettre plus sérieusement à l’enregistrement.

Portrait du rappeur Loud qui porte une casquette.

Après avoir recontré le prometteur beatmaker Ajust, le Montréalais a renoué avec son éternel complice pour créer le trio Loud Lary Ajust en 2011. Suite à la parution du désormais classique Gullywood l’année suivante, le trio s’est imposé comme l’un des chefs de file de la nouvelle scène hip-hop québécoise, attirant ainsi l’attention de l’étiquette Audiogram sous laquelle est paru le deuxième album Blue Volvo. Après avoir rempli le Métropolis à l’automne 2015 et signé l’ultime EP Ondulé, le trio a décidé de se séparer pour se concentrer sur divers projets solos.

Tirer un trait

C’est avec la volonté bien claire de tirer un trait sur ce passé, sans toutefois le renier, que Loud propose maintenant New Phone, un mini-album au titre qui symbolise une époque de changement, de renouveau.

Ça commence en force avec la puissante et mélancolique Longue histoire courte, produite de main de maître par le très talentueux Ruffsound. Avec un flow incarné, Loud y raconte certaines bribes de son adolescence, cette époque où il tentait de «trouver un sens à perdre l’innocence». Se rappelant à la fois ses longs trajets sur la ligne orange, ses soirées à «puff dans les open house» et ses fréquentations louches (notamment «les fils à maman prêts à vendre leur mère pour cop des amphétamines»), le rappeur livre un portrait honnête, intègre et réfléchi d’une jeunesse à l’ambition forte, mais aux repères flous.

Référence à l’œuvre du même nom écrite par Pierre Bouille et publiée en 1952, Le pont de la rivière Kwaï met également en scène le passé du rappeur. Au lieu de tomber dans la nostalgie, ce dernier hésite entre se faire une fierté du chemin parcouru et tout brûler afin de repartir à zéro. «J’en ai passé des moppes, j’en ai passé des baggies / J’en ai passé des crosses avec des gars qui en avaient pas d’avenir (…) J’en ai vu assez pour savoir qu’j’en ai assez vu», rappe-t-il avec fougue sur une production à tout casser signé Ruffsound, Ajust et Kable Beats.

Maîtrise de plusieurs styles

L'intensité baisse d'un cran sur New Phone Interlude, courte pièce à la guitare brute et à l'enrobage minimaliste. Se rappelant les bons (et moins bons) moments d'une relation amoureuse qui semble s'être terminé en queue de poisson, Loud y va d'un flow plus dégarni. «Nos humeurs changeait comme notre trame sonore / iPod en mode shuffle / Bone Thugs-N-Harmonium / Beach House by the Frank Ocean / Nos esprits dérivent pendant que le joint se consume», rappe-t-il doucement dans un élan impressionnant où il accumule les jeux de mots et références musicales.

Enfin, on reste dans l'esthétique épurée sur la brillante et accrocheuse 56K, concoctée par le Montréalais RealMind, notamment reconnu pour ses productions merengue et reggaeton. Sur une rythmique aux consonances dancehall, le rappeur de 29 ans livre un flow coloré et un texte brag rap plus classique, un peu moins inspiré que les trois autres.

Désirant fermer «le hublot» et laisser «la nostalgie aux perdants», Loud prouve une fois de plus qu’il est fin prêt pour la prochaine étape, celle de l’album complet. Après la renaissance viendra sans doute la consécration.