Mac DeMarco - This Old Dog

Le blason slacker CANCON désormais établi à L.A. fait suite à son décevant mini-album de 2015 Another One avec un troisième album officiel, une collection de rayons constants dont les percées sont plus subtiles. 

Bien des chats

Mac DeMarco s'est rendu comme presque rien à la somme du challenge d’ailes piquantes de la série YouTube Hot Ones. Mac DeMarco a vu sa pièce Salad Days reprise par Finn Wolfhard, qui joue Mike Wheeler dans Stranger Things, et avec qui il a par la suite échangé des textos. Mac DeMarco rayonne assez pour être un meme. Mac DeMarco a jamais eu de chien – mais plusieurs chats.

Ayant quitté Montréal pour Brooklyn en 2012, DeMarco a migré vers L.A. au courant de la dernière année, à travers les séances d'enregistrement de This Old Dog– un troisième record officiel qu'il a, comme tous ses autres, presque entièrement enregistré seul. Un processus cependant nouvellement appuyé par l'utilisation d'une machine à rythmes, une affaire qui lui a conféré à la fois plus d'autonomie et d'immédiateté.

Pendant qu'il s'habituait à la vie sur la côte ouest américaine, le « Pepperoni Playboy » a, contrairement à son habitude, laissé ses démos originaux reposer un peu : un temps de gestation qui lui a fait réaliser qu'il n'aimait pas les versions qu'il tentait de réenregistrer. Il a, au final, gardé plusieurs composantes des premiers jets pour le disque : une interprétation spontanée d'où un certain éclat ingénu.

Portrait de Mac Demarco souriant à pleines dents.

Mac DeMarco content.

Lustrer les affaires pas graves

Salad Days (notre critique ici) semblait annoncer un changement de direction, peut-être plus sombre – sur TOD, exit les moments troubles, le natif de Duncan BC rapplique ici avec un épitomé de candeur à l'allure ouatée et pénétrable qu'on remarquait sur sa dernière parution Another One (notre critique ici), avec toutefois un peu plus de corps.

This Old Dog est une affaire smooth, homogène, plutôt régulière (« Pas un album de singles », plutôt à consommer en entier, dit-il), trottant allègrement sur de nouveaux grooves qui boppent (i.e. Baby You're Out, One Another), et imprégnée du plus long enregistrement du catalogue de DeMarco, les 7 minutes de Moonlight On The River, à la finale de guitares explorées autant que paisibles.

La mélancolie y est moins lourde, pastel davantage – on y retrouve les synthés apparus en 2014, mais ils se font plus clairs (sur For The First Time, sur On The Level – pièce alma mater de la Chamber Of Reflection de Salad Days, selon l'intéressé), et la production est plus souple, aussi. Une légèreté comme pour témoigner de l'intention de vieillir doucement, alors que, bien que le cap de la trentaine ne soit pas passé, il y a déjà une jeunesse plus jeune qui émule, voire qui dépasse – pour le meilleur et pour le pire – en ambition, en fractales, pis que DeMarco reste ce OG vieux chien.

Heureux qui comme un vieux chien sage

C'est de ce point de vue – peut-être plus emprunté qu'incarné – que DeMarco réconforte avec des lieux communs, offrant ses aphorismes sur le temps (« There's a price hanging off of having all that fun »), ses litanies sur les regrets (« And no amount of tears / Can roll back all the years »), et ses annotations sur les apprentissages du cœur – via une « vieille » sagesse (comme d'aucuns ont de « vieilles » âmes) dont l'essence est de rappeler que ça va pas si mal dans le fond (« And though never things never got that bad /Dreams of greener grass will drive you mad »).

Le catalogue de DeMarco dévoile des phases, des états d'esprit – le blanc brio des débuts de 2, le spleen d'un succès qu'on ne sait comment assumer sur Salad Days, la pause ludique pour se remettre drette de Another One, la sagesse précoce et balsamique du présent album – des changements de cap dont le récit pourra être dévoilé en coda.

This Old Dog apparaît comme un coup sûr, peu risqué. Ce qui le démarque dans le corpus, néanmoins, c'est que l'idoine paillasson semble pouvoir y dompter l'aspect cavalier de son jizz jazz afin de sculpter de la pop qui évoque plutôt qu'imite sur fond de docile raillerie les canons du soft-rock, et itou que, autrement en phase avec le titre de l'album, il s’écarte de ses us pour transférer l’habituel thème de l'amour afin de l’aborder à travers les liens du sang et leur fatalité sur On The Level et My Old Man.

Il n'aurait rien à battre d'un chemin administré, et il réussit à démontrer ici une sorte de maturité, pour ténue qu'elle puisse par moments sembler : plutôt qu'un scrutin des tréfonds, c'est un doux regard, analeptique et corroborant, qui capte l'essence candide et décontractée de DeMarco, sans trop de saillies caricaturales. Le relief et l'éclat sont tamisés au profit d'un temps horizontal et affable, et la substance se trouve plutôt dans l'interprétation spontanée, près du sentiment vierge – on en retient, bref, davantage le créateur que la création, la main paisiblement posée sur l’épaule plutôt qu’après se mettre de quoi dans le cul (« On meurt comme on a vécu […] », que dit le proverbe).

Salad Days laissait présager une suite approfondie; This Old Dog est un disque accompli comme avec une aisance presque commune, son plus utilitaire à date, et une affaire plaisante tout de même – un baume sur les choses simples pendant que la vie continue à aller.

Date de sortie : 5 mai 2017.