Mon Doux Saigneur - MONDOUXSAIGNEUR#1

C’est la talentueuse Safia Nolin qui nous a mis la puce à l’oreille. Dans une entrevue donnée à BRBR, elle a nommé l'un de ses amis, Mon Doux Saigneur, un gars qui porte sur ses épaules un projet musical pop-rock avec beaucoup de guitare. Après avoir déposé en catimini quelques pièces sur Bandcamp, voilà que le jeune homme offre un tout premier EP intitulé MONDOUXSAIGNEUR#1, produit par Jesse Mac Cormack. On se penche là-dessus.

C’est quoi, c’est qui?

Déjà, le nom du projet intrigue : Mon Doux Saigneur. L’interjection québécoise connue (« Mon doux seigneur! »), qui nous fera penser à l’époque révolue des Belles-Soeurs de Tremblay, devient ici presque grinçante. Plein d’ironie, le gars derrière tout ça, Emerik St-Cyr, semble s’amuser à nos dépends. Le descriptif de sa musique? Sur sa page Bandcamp, on peut lire : « (Avant) Pendant (Après). » Les mots-clés ne sont pas plus clairs : « devotionnal, guit-mots-vie-mangues, Montréal ». Peut-être trouve-t-on plus de réponses en « devotionnal », mais encore : rien pour vraiment nous aider. Qu’à cela ne tienne, il faut simplement savoir ouvrir grandes les oreilles. On y découvre une musique pleine, riche, une pop-rock légèrement folk bien de son époque, qui dépeint la vie telle qu'elle est, avec simplicité et sans flaflas.

Entre Jimmy Hunt, Philippe Brach et Leloup

C’est Leloup qui nous vient en tête dès l'écoute de la première chanson, Ici-bas. Pour le côté « parlé-chanté », mais aussi pour la construction des pièces : guitare à l’avant-plan, voix légèrement traînante, cette façon de raconter la vie avec une grande simplicité et la touche blues qui teinte chacune des chansons.   Alors que le « saigneur » de son nom laisse présager quelque chose de beaucoup plus cru et peut-être grinçant, c'est au contraire le doux qui ressort le plus. Mélancolique sans tomber dans le mélodrame, la musique d'Emerik est plutôt délicate et sensible. En même temps, il arrive à être mordant sur une pièce comme Personne le ne sait pas, mais tout est toujours bien dosé et beaucoup moins chaotique que les premières pièces qu'il avait rendues disponibles sur son Bandcamp (et qui ont été retirées depuis). La nonchalance d'un Jimmy Hunt (en moins dandy), le côté franc d'un Philippe Brach : c'est un très bel amalgame.

Son « groundé », émotions à fleur de peau

Il y a quelque chose de très terre-à-terre dans le son de Mon Doux Saigneur. Sa voix n'est pas la plus belle, ni la plus originale, mais il a choisi un répertoire qui la rend touchante, pleine d'émotions. La guitare est belle, toujours à l'avant-plan, complice et amante, presque.

Si j'ai les yeux rouges est définitivement la pièce la plus achevée et certainement la plus belle. C'est un petit bijou à la fois brut et peaufiné. En fait, c'est ce savant (et étonnant) mélange qui retient notre attention dans ce projet musical. Mon Doux Saigneur porte bien son nom et assume sa dichotomie : ça donne donc un son un peu cru, mais tout de même lissé, travaillé tout en gardant un naturel, un côté un peu baveux du jeune musicien qui s'affiche ironiquement comme « animateur » sur sa page Facebook. C'est rafraîchissant et vraiment prometteur.

Tout récemment, il annonçait vouloir faire des spectacles un peu partout à Montréal ou ailleurs pendant lesquels il pourrait « gratter un peu de musique live » pendant l'été. On lui souhaite fortement de trouver des endroits où poursuivre ses explorations, car ce qu'il nous offre jusqu'à maintenant annonce l'arrivée d'un charmant musicien qu'il faudra surveiller de près.   Rendez-vous sur son Bandcamp pour savourer les 4 pièces de son EP homonyme. Et ajoutez-le à vos favoris, parce que vous en entendrez parler, c'est certain.