Mori$$ Regal & Yerly – Blue

Redéfinissant avec finesse sa signature hip-hop brute, le duo Mori$$ Regal & Yerly reste en terrains connus sur Blue, un deuxième EP qui fait suite au brillant 86.

D’abord batteur et bassiste, Yerly a commencé à s’intéresser à la production hip-hop au milieu de la dernière décennie. Après s’être acheté un MPC2500, il s’est mis à la création de plusieurs EPs instrumentaux, notamment la série 3 Quarters for a Dollar qu’il a fait paraître en 2011 sous le sobriquet Cliché. Intéressé à ouvrir ses horizons et à collaborer avec d’autres artistes, il a eu un coup de foudre artistique pour Mori$$ Regal lorsqu’il l’a rencontré en 2013 au studio de Jimmy Young à Trois-Rivières, sa ville de naissance.

De son côté, Regal a écrit ses premiers textes rap au secondaire dans le but de s’amuser et de se défouler. Par l’entremise d’un ami, le rappeur a rencontré Jimmy Young qui n’a pas mis de temps à lui proposer de venir travailler avec lui. Après avoir enregistré sa première chanson, il a fait appel à Yerly pour la création des beats d’un premier projet.

Un homme assis sur le siège passager d'une voiture tandis qu'un homme se penche par la fenêtre du même côté. Photo prise depuis le siège conducteur.

Yerly et Mori$$ Regal. Photo: @kozykev.

Paru à l’automne 2014, 86 se démarquait habilement sur une scène hip-hop trifluvienne en manque de dynamisme. Mémorable à la fois pour son enrobage minimaliste et étoffé, ses textes bien construits et l’originalité de son concept basé sur le film classique québécois Yes Sir! Madame, ce mini-album laissait entrevoir une efficace complicité musicale.

Proposition raffermie

Près de trois ans plus tard, les deux acolytes d’adoption montréalaise prouvent hors de tout doute qu’ils ont raffermi leur proposition initiale sur Blue.

Plus riches, les productions de Yerly gardent leurs racines lo-fi, mais semblent beaucoup plus travaillées. On pense notamment à la puissante pièce titre, qui coiffe d’un rythme percutant et d’une basse pénétrante une mélodie de piano mélancolique. Sur Supreme et All Day, le musicien carbure aux échantillons soul et au groove organique, tandis qu’il opte pour des teintes plus jazzy sur la douce Wishbone et la planante Ladders.

Mettant sa touche aux compositions pour une toute première fois, Regal convoite une rythmique trap plus contemporaine sur Hundreds, qu’il signe avec le réalisateur et mixeur Jimmy Young, et s’initie avec brio au sample-based music sur Pigeon, grâce à l’aide de son complice Yerly qui coproduit la pièce.

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Épurée, la trame musicale laisse une place de choix au flow volubile et précis du rappeur montréalais. Abordant les mêmes thèmes que sur 86, soient les voitures, les femmes et les drogues douces, il sait le faire avec une fougue renouvelée et, surtout, avec un débit plus souple, coloré et mélodique, qui laisse place à quelques refrains accrocheurs.

Interchangeables d’une chanson à l’autre, les textes du EP compensent cet effet de redondance par des rimes incisives qui transmettent avec ardeur une vision pessimiste du monde. Conditionné par l’argent et le mythe du self-made-man, le rappeur rejette en bloc les valeurs sociales en clamant son autonomie d’esprit et ses ambitions égoïstes. Honnête dans ses écrits, il pallie parfois son manque d’autoréflexion par des commentaires plus lucides.

Rehaussé par des clins d’œil à des films cultes comme Goodfellas et Up in Smoke, desquels ont été extraits des scènes qui se déroulent dans une automobile, Blue marque une évolution pour le duo.