Moss Lime - Zoo du Québec

Découvert il y a un an via le candide EP July First, le trio slacker pop montréalais rapplique déjà avec un nouveau mini-album davantage étoffé, et plus trippy que pétulant.

Photo de couverture : pochette de Zoo du Québec.

C’est petit et ça veut vivre

Rapidement devenu un favori des premières parties montréalaises suite à la parution de son premier EP, Moss Lime a aussi enchaîné quelques concerts à l'extérieur de l'île, épongé l'annulation d'une tournée estivale, été confronté à des problèmes de visa et changé quelques fois de guitariste au courant de la dernière année. Battre le fer pendant qu'il est chaud, le fer de l’adversité qui battait aussi en revanche : l'effervescence du groupe a primé, et le noyau d'Hélène Barbier et Caitlin Pinder-Doede est entré en studio avec Jane L. Kasowicz (alias JLK, qui a collaboré sur le dernier album de Babysitter), qui complète le trio depuis. Et grand bien leur fasse, cette persévérance, comme les trois filles soulignent la parution de Zoo du Québec avec une tournée européenne.

Zoo du Québec / École de la vie

Groupe bilingue per se, Moss Lime chante surtout en anglais. Sur Zoo du Québec, wahou, on retrouve du français sur à peu près toutes les pièces. Et, pour entretenir l'aspect ludique et didactique de leur musique - Hélène et Caitlin, rappelons-le, ont découvert les rudiments de leurs instruments via des vidéos YouTube pendant l'été 2013 - il semble que ce soit souvent Caitlin, l'anglophone, qui prenne le lead en français, et l'inverse itou.

Les trois filles de Moss Lime posent derrière un arbre.

Moss Lime - Crédit : Franck Alix.

Le charme trognon s'en trouve augmenté, et ce côté éducatif - ce droit à l'erreur, donc - est leur ticket pour l'exploration des belles choses à faire dans l'enceinte de leurs limites. Elles utilisent le gallon pris depuis un an pour exploiter un peu plus sciemment la fibre oblique qui se retrouvait naïvement, involontairement dans leurs premiers morceaux, offrant des dissonances désormais intentionnelles plutôt qu'accidentelles (Chou frise, Rock Paper), esquissant même des erreurs appliquées.

Ce sont les petites choses

Avec leur bagout de mômes, elles avancent encore de simples litanies ciblant les petits feux et douches froides et célébrant les victoires au quotidien, avec davantage de sourire en coin, et un peu plus de technique d'écriture. On se réjouit de faire pipi dans une ruelle sans mouiller ses souliers blancs en coton, on demande de « remplir la bouilloire [parce qu’on aimerait] se faire du café », de « tendre la main parce [qu’on va] renvoyer ».

La production, plus fidèle, aère les simples mélodies, leur donne plus d'espace, si léger soit-il. Il y a un très joli canon vocal sur I Always Get I Want, une suavité psychédélique sur Rock Paper. Mais cette délicate efficacité des arrangements est parfois tamponnée par les voix et orphéons, un peu trop à l'avant et plus monotones.

Si on remarque une certaine maturité sur Zoo du Québec, c’est qu’il y a un meilleur travail de structures, et surtout que c’est un brin plus posé, plus lent que sur July First. C’est une neurasthénie décontractée qui traverse davantage l’énergie des pièces, mais ça pétille aussi par moments (Dream Boat, Comfy Cotton Shoes).

Le nom du groupe, Moss Lime, est écrit à la gelée sur une baguette de pain, près d'une tasse de café.

Moss Lime.

Si la démarche, la dentelle rudimentaire des chansons peuvent évoquer celles des premiers groupes post-punk féminins et le DIY d'autres références twee-pop, on serait surpris de constater qu'il y a un réel jeu d'influences ici. Ce caractère à la fois brut, naïf et ludique, et le fun immaculé, ce sont ceux de musiciennes affairées à transférer des émotions simples, à ponctuer du régulier, à sublimer des espoirs immédiats en volutes primaires. Pas pour l’érudition du genre, s’intéressant plutôt à la jovialité créatrice héritée de son approche.

Une pomme par jour

Désarmant de simplicité, Moss Lime est un groupe qu'il fait bon découvrir. On a l'impression d'assister à leur apprentissage des instruments, de la musique, des langues à travers leur œuvre, mais ici un peu moins que sur July First. Le charme ne s'est pas estompé; la surprise, oui, inéluctablement.

Un peu entre deux chaises - coussinées certes - Zoo du Québec est une transition nécessaire, une évolution contenue, toute en langueur, pour ne pas trop pousser l'enveloppe d'un coup. Un passage au terme duquel on vient à une mini-catharsis qui laisse en suspension, laisse supposer que le contentement n’est pas trop loin : parce que les problèmes ici chantés, au fond, sont aussi peu gros que les chansons, les solutions aussi simples, pis que pas être tant bâdré(es), c'est une micro-plénitude, un aboutissement en soi. Pis un bon motif à continuer.

Sortie le 8 décembre 2015 sous Telephone Explosion / Atelier Ciseaux.