Of Course – Naufrage un jeudredi

Le troisième EP d'Of Course n'est pas vraiment la suite logique des deux premiers, et pourtant on a juste envie de s'exclamer « of course, bien sûr, une galette de techno-funk-nu-disco romantico-dramatique! » Jamais enfermés dans les conventions stylistiques, les trois montréalais s'amusent à modifier leur direction musicale pour chaque enregistrement, et leur petit dernier adéquatement titré Naufrage un jeudredi est le plus audacieux jusqu'ici.

Un jeu

D'abord, William Maurer, Émile Tempère et Germain Després faisaient à Paris un rock énergique en anglais tirant sur le punk et le métal théâtral. À voir le clip de Hate is My Gasoline sorti en 2014, on comprend bien que les trois gars ne se sont jamais trop pris au sérieux.

Déménagés à Montréal en 2011, ils ont fini par garrocher leurs flying V derrière leurs nuques et accrocher des claviers au passage. Un pied dans le sillage électro-jazz de Valaire, l'autre pataugeant avec des influences emo et une grosse base funk, ils ont sorti en 2015 un premier EP sous le nom d'Of Course. L'année suivante, ils se sont liés avec les rappeurs de l'Amalgame pour composer Le prix du funk.

Les trois garçons d'Of Course sur fond noir, des regards ébahis et trois directions différentes.

Of Course - Crédit : Elliott Katane.

D'un bout à l'autre de la feuille de route d'Of Course, on dénote une constante : le jeu. Le groupe passe allègrement d'un style à l'autre sans s'accrocher les pieds, et il le fait avec une légèreté et un plaisir contagieux. Of Course poursuit aujourd'hui en français, mais il augmente aussi les tempos, noircit les partitions, raidit quelques rythmiques et sort un EP qui emprunte autant au techno qu'au funk et se cale dans la chanson française.

Chanson française détournée

Le EP s'ouvre avec Golden Boat, une lettre d'invitation aux bien nantis pour une croisière dorée, annoncée par des cris de mouette et une mise en bouche de caisse-claire baile funk :

« T’as trop de caviar pour ton dîner ?
Sens-toi à l’aise de tout jeter
Allez gave toi gave toi gave toi,
C’est pas ici qu’on t’en empêchera »

Basse funk, batterie disco à un moment et hip-hop à un autre, chanson française un peu glauque, la piste amalgame des influences très diverses. Des sons de sifflet, de cloches et de ressorts, un synthé qui tangue éternellement entre les accords et un autre qui roule sur une mélodie-velcro : la pâte est dense mais elle lève facilement. Of Course maîtrise bien le dynamisme des structures. Chaque chanson suit un rythme propre qui sert bien son récit.

Cigarette au bec

Le virage au français, l'emploi d'expressions typiquement parisiennes et les tournures de phrases donnent à ce EP un environnement romantico-dramatique qui lui sied bien. Les textes s'amusent avec le pathétique et forment une grande valse d'âmes seules, d'amour las et de rêveurs désabusés qui essaient de s'oublier sur la piste de danse, cigarette au bec, les yeux tournant dans leurs orbites mais le sourire bien haut. Le résultat rappelle parfois Douce Angoisse en plus BCBG, chanson française détournée de son droit chemin. On pense aussi à du vieux Jean Leloup, et malgré l'efficacité des titres, l'arbre généalogique de Golden Boat et Marilyne n'est pas tout à fait digéré.

Dangereux, le jeu ?

Plusieurs sonorités choisies par Of Course sont volontairement datées. Le trio s'amuse bien avec les clichés et s'en sert pour créer quelques moments de pur plaisir non-ironique. Or, le pastiche et le kitsch sont des terrains glissants qui demandent une très grande maîtrise pour être remarquables, et si la voix de William Maurer est excellente et communicative dans la pièce d'ouverture et les moments narrés, elle se gâte lorsqu'elle est trop forcée. Même chose au niveau des musiques; on espère parfois qu'elles se concentrent sur l'essentiel afin de le rendre réellement magistral.

Of Course s'amuse définitivement avec ce EP qui devrait en faire danser plus d'un. L'intégration du disco et du funk à la chanson française (ou est-ce l'inverse ?) est franchement intéressante. Mais après tant d'explorations stylistiques, il serait aussi bienvenu de voir la boulimie musicale du trio canalisée en un enregistrement plus griffé, plus personnel.

Date de sortie : 18 avril 2017.