Orkestar Kriminal - Tummel

« Orkestar Kriminal a été formé 3 jours avant POP Montréal 2012 pour avoir accès à des laissez-passer gratuits ». Voilà la description qu’a enregistrée la formation « gansta folk » sur son compte Bandcamp. Culotté, il va sans dire. Et pas du tout étonnant lorsqu’on s’intéresse à la tête pensante derrière le projet, soit Giselle Claudia Webber, anciennement Gigi French ou encore Giselle Numba One. En effet, la jeune femme a quelques vies artistiques derrière la cravate.  

Rapidement : on l’a d’abord connue comme membre du fameux (et défunt) groupe The Hot Springs, sans oublier un passage dans le groupe Red Mass. Elle s’est ensuite lancée dans un style hip hop plutôt expérimental sous le pseudo Giselle Numba One pour, par la suite, flirter avec la chanson française jazzy en incarnant Gigi French, sorte de vamp sortie tout droit d’un cabaret enfumé. Une Patricia Kaas des années 40. Ce dernier projet a d’ailleurs donné un disque franchement bon qu’il vaut la peine de se mettre dans les oreilles.

Cette fois, elle s’accompagne d’une bande de joyeux lurons et se lance dans un style musical qualifié de « cabaret noir » ou, comme je le soulignais précédemment, « gangsta folk ». Elle chante en anglais, en danois, en khmer, en espagnol et j’en passe. Le leitmotiv du groupe semble avant tout le plaisir, un plaisir viscéral qui s’exprime bien dans leur façon décontractée de dire les choses : « So long as the tune is catchy and a little shady, they’ll give their best shot. » Ce que ça donne? Une grande fête de la musique, une célébration à la fois joyeuse et tragique. Tantôt épique et théâtral (Kh’bin Geforn Keyn Benes Ayre est presque morriconesque) tantôt plus festif et presque hyperactif (Der Shmayser nous donne envie de sautiller partout et, étrangement, de se lancer dans un slam sans fin), l'album prend aux tripes.  

Enregistré en septembre dernier à l’Hôtel 2 Tango, le nouvel opus d’Orkestar Criminal est séduisant et nous présente une Giselle Webber caméléon, impressionnante et envoûtante. Cette fille peut décidément tout faire (elle a été chercher les sonorités de langues dont elle ne déchiffrait pas l'alphabet avec google translate, faut le faire!) et sa voix se prête à tous les genres ou presque. Elle incarne, carrément, l’Histoire, puisque le groupe rend hommage, en quelque sorte, à toute cette tradition musicale folk qui a voyagé à travers différentes contrées et évolué entre les deux guerres. On ne comprend pas ce qui est dit? Peu importe. On le ressent et cette belle gang nous embarque dans leur trip avec talent.  

Pas de spectacle à l’horizon pour le moment, mais on les reverra peut-être à POP Montréal à l'automne 2015, qui sait? Pour le moment, on écoute cette nouvelle offrande distribuée numériquement par Sainte Cécile* (branche numérique de Dare to Care Records) avec beaucoup de plaisir. Le disque s’appelle Tummel qui signifie chaos, et ça le fait : c’est un bien beau bordel.   tumblr de Orkestar Kriminal  

  *Note :Sainte Cécile est une plateforme éditoriale de représentation et de distribution musicale sur le web.