Peter Peter - Noir Éden

Peter Peter nous offrait il y a cinq ans sa version améliorée de la tristesse, un deuxième album qui marquait son parcours professionnel d'une borne immense : c'était unanime, on a aimé. Ces jours-ci, après avoir adopté la France comme terre d'accueil et de création, l'auteur-compositeur-interprète offre Noir éden et s'insère avec brio dans un univers synthétique qui nous permet de quitter entièrement les sonorités folk de ses précédentes parutions.

L’âme solitaire de Peter Peter est perceptible autant dans le propos des chansons que dans son processus créatif principalement ébauché en solo, dans son nouveau chez-soi parisien. L’artiste a en effet profité d’un long exil à Paris durant les dernières années. C’est néanmoins auprès de ses fidèles Emmanuel Ethier et Pascal Shefteshy qu’il a complété le produit en plus de pouvoir désormais compter sur de nouveaux acolytes : Pierrick DevinClément ‘ALB’ Daquin et Stéphane ‘Alf’ Briat (Air, La Femme).

Peter questionne notre appartenance au monde physique, confiant au sein des textes sa difficulté à rejoindre l’univers réel après de longs moments sans interactions sociales directes avec les autres. Notre monde intérieur devient-il alors ce qui est véritable ?

L'imaginaire comme première piste

C'est l'un des trois singles dévoilés au compte-goutte durant les dernières semaines, Bien réel, qui nous accueille dans le périple de Peter Peter dans les parages du surréalisme. On perçoit d'emblée le désir de l'auteur de nous hisser dans un monde aux frontières de son imaginaire : « J'ai retrouvé sous mes ongles, de la terre/Celle d'un endroit où je n'ai jamais été/Dans mes mains elle prend la forme d'une spirale/Plus je la fixe plus je sens qu'elle m'avale. » Ce sont les percussions électroniques qui donnent d'abord le tempo avant que suivent des arrangements plus étoffés, encore sérieusement électro pop.

Après Damien, Fantôme de la nuit s'offre à nous, dénuée de paroles audibles, la voix étant modifiée pour en faire un son fantomatique intriguant. Les sonorités dance sont par ailleurs très puissantes.

Contrairement à celui du vampire portant ce nom, Nosferatu fait battre notre cœur rapidement avec un refrain extrêmement entraînant qui joue sur la répétition pour s'immerger complètement dans nos esprits : « Mon cœur ne bat plus, mais je vis j'ai soif d'amour quand tombe la nuit. »

Saveur rétro

Tel le vidéoclip qui y est lié, la chanson Loving Game revêt un aspect rétro, notamment dans les rythmes de synthés et les back vocals répétitifs. Idéale pour faire danser une matante, mais aussi un public plus contemporain, la chanson avait à l'origine était écrite pour Céline Dion.

Après Vénus, c'est la chanson-titre de l'album, Noir éden, qui nous capte. Ça fait plusieurs mois qu'elle est disponible, mais elle a la faculté de demeurer intéressante après bon nombre d'écoutes. Cette pièce établit avec force le contexte de l'album : la rencontre de la science-fiction et du monde réel; le début des questionnements à savoir si ce qui nous entoure est perceptible aux yeux des autres : « C'est un film noir oui je pense/J'espère au moins que quelqu'un regarde et connait la fin/J'ai des questions, des myriades de questions/Une de plus à chaque seconde. »

Parlée plus que chantée, Allégresse est d'abord chuchotée, puis doublée d'un refrain bilingue pop. C'est la pièce qui nous laisse le plus entendre les références françaises, principalement dans la prononciation et l'accent. On retrouvera aussi ce clin d’œil au nouveau lieu de résidence du principal intéressé dans No Man's Land qui est prononcé "à la french".

La série de morceaux dansants aboutie à Pâle cristal bleu, la seule chanson aux accents folk où prédomine la guitare. Rappelant les morceaux les plus épurés de Bon Iver, la pièce plaira en premier lieu aux détracteurs du nouveau style de l'auteur-compositeur. On y retrouve en effet de forts échos au premier album. Le texte explore quant à lui une poésie imaginative et douce: « Non s'il-te-plaît ne t'éteins pas/Reste encore un peu/Fracasse-moi fatalement de tes rayons/Embrase-moi éternellement de tes rayons. »

Unique, Peter Peter réussit avec un doigté déconcertant à insuffler un esprit sensuel dans les bases froides de l'électro. Son tempérament et son humanité sont infusés dans les carcans du synthétique pour donner lieu à un état d'esprit qui n'existait pas auparavant : sensible, mais brutal, exubérant, mais hermétique, amoureux, mais à des années lumières du monde physique de l'autre.

Et il y a un chat sur la pochette.

Date de sortie : 24 février 2017.