Samuele - Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent

Récipiendaire du prix de l’Association des radiodiffuseurs communautaires du Québec dans le cadre de la Bourse RIDEAU, Samuele prête sa plume à d’autres personnes et d’autres projets depuis longtemps, mais offre ce mois-ci ses mots à son propre public sous son propre nom, avec un premier album Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent.

Coréalisé avec le percussionniste Jean-Sébastien Brault-Labbé, ce premier album compte également sur la collaboration des musiciens Alex Pépin, Julie Miron, Gabrielle Smith et Elizabeth Rogers.

En ouverture d’album, Samuele réussit à convaincre quiconque encore incertain par rapport au chemin qu’il nous reste à parcourir pour atteindre l’égalité homme-femme, que la bataille est loin d’être gagnée. Égalité de papier aborde ainsi l’objectification de la femme et les prouesses masculinistes pour nous faire croire que les droits des femmes ne sont plus bafoués. Un texte livré dans un spoken word senti et habile.

Le single La sortie suit dans la même thématique, tout en intégrant un petit groove rock entraînant.

Les mots en avant

Le titre de l’album évoquant en soi une large partie du propos percutant de l’auteure, on ne s’exclame pas d’étonnement devant les revendications qui s’enchaînent avec poésie. Je n’irais pas jusqu’à dire que la musique devient accessoire dans cette œuvre, mais la musicalité qui émane d’abord du texte nous suffit dans presque tous les cas. Les instruments, bien qu’essentiels à la présentation d’un produit bien fignolé, pourraient s’avérer facultatifs dans plusieurs cas. C’est souvent le texte qui prime.

Compter sur ça se distingue d'ailleurs par le fait que les cuivres imposants soutiennent l’intention dans le refrain.

Sans briser les moules, le blues sensuel de Samuele demeure efficace. C’est justement le cas de la chanson Tous les blues où elle clame, au désarroi « Y’a pas de rime assez riche pour parler de ta lumière. Si t’es OK avec la triche, j’invente un vocabulaire. J’t’écris des chansons d’amour que je te chanterai jamais. »

Photo en noir et blanc de Samuele dans des hautes herbes.

Samuele - Crédit : Julia Marois.

Sensible aussi

Dans un folk plus dépouillé, Dactylo vient toucher à d’autres cordes de sensibilité. La mélodie de guitare et la voix acrobatique de Samuele nous interpellent rapidement sur ce texte poignant, voire bouleversant à certains instants, tant l’émotion transmise par la voix est juste : « Nous deux ça s’peut pas. On s’comprend juste pas. Nous deux ça s’peut pas. J’m’ennuie de tes bras. »

Sirène, qui tend un peu plus vers le spoken word que les chansons conventionnelles, traite habilement du désir de voyage, puis Le lest arrive un peu avant la fin comme une invitation à ralentir la cadence.

Toune d’hiver nous mène à La couleur de l’orage, une chanson enregistrée en plein air et durant laquelle on entend sans effort le bruit de la forêt et des oiseaux qui entourent l’artiste au moment de chanter la chanson devant les micros. Écrite pour un ami décédé, la pièce est touchante du début à la fin et l’ambiance sonore nous capte irrémédiablement à travers le texte toujours au point : « J’me dis que ton cœur a pris la forme des nuages, ta colère la couleur de l’orage. »

Peu d’auteurs-compositeurs-interprètes réussissent à porter des messages avec autant de clarté. Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent s’impose comme un passage nécessaire.

Date de sortie : 7 avril 2017.