Saratoga - Fleur

C’est dans un cocon de turbo-beauté que le premier EP du duo Saratoga avait fait vibrer toutes nos cordes sensibles en juin 2015. Chez Duprince, Chantal Archambault et Michel-Olivier Gasse proposent maintenant un album complet, Fleur, à l’image du charme imperturbable qu’on leur connaît.

Photo de couverture : pochette de Fleur.

Peu d’éléments sont nécessaires pour peaufiner le noyau formé par les deux tourtereaux. Tous les deux s’adonnent à la guitare alors que Gasse s’impose également à la contrebasse. Leurs voix qui s’emboîtent aussi bien que les morceaux d’un casse-tête tout neuf reposent sur les arrangements de Guillaume Bourque qui signe également la réalisation en plus de manier la clarinette. Dominic Desjardins (banjo) et Mélanie Harel (hautbois, cor anglais) complètent l’instrumentation.

Plus de tristesse

C’est la lente Brise glace qui installe l’ambiance folk épurée où l’on entend d’emblée les échos du premier EP, mais où le ton se veut légèrement plus tragique. « J’ai l’hiver incertain/Le corps qui dégèle/Et se refige le lendemain », dit-on avec la poésie des fontes glacières.

le duo en noir et blanc sur fond orangé

Saratoga - Photo : LePetitRusse.

C’est le premier extrait radio Fleur qui suit. Également construite sur une mélodie de guitare simple parfois rehaussée de vents, la pièce nous interpelle par la sensibilité du sujet : une personne au bout du rouleau.
« Ralentis la cadence/C’est moins pire que tu penses/Viens faire éclore les fleurs sauvages dans mes bras », illustre-t-on joliment.

Malgré un sujet encore tourné vers des impressions dramatiques, on augmente la cadence sur Je t’attends dehors qui énonce les relents d’une chicane de couple non résolue : « Je nous ai compris de travers/J’ai retourné un lac à l’envers/L’écho m’a frappé sur le tard. »

Après Grands remous, au texte plus faible, le banjo de Jack se fait aussi accrocheur que la mélodie qui trouve des traits originaux dans la manière qu’ont les voix de raffiner le tempo.

Le texte de Je te garde est le Tu ne sauras jamais (Les BB) des temps modernes. Plus relevée côté rythme que ce qu’on attend d’une chanson d’amour à sens unique, la pièce se fait rassurante pour les cœurs brisés par un amour impossible : « Puisqu’à ce jeu je ne gagnerai pas/Et puisque des idées j’en ai des tas/Je les garde pour les ressortir des fois/Je te garde et jamais tu ne le sauras. »

Personnification facile

Revenant dans ce pour quoi ils sont habiles, les amoureux nous racontent l’histoire d’un personnage qu’on peut facilement imaginer avec Noëla. Saratoga trouve cette force inouïe de nous mettre en scène des gens qui nous ressemblent ou non, mais qu’on perçoit toujours comme les acteurs d’une histoire plus grande que nature : « Noëla fait lever la poussière/Elle voit pas qu’elle traîne les pieds/Elle remâche ses peines et ses misères/Toujours un peu lourd d’avancer. »

La mélodie de guitare rapide de Masque de pluie en fait une chanson parfaitement adéquate pour un jour effectivement pluvieux alors que Danser lent s’ensuit, probablement l’unique texte un peu moins tristounet de l’album : « Viens on va s’aimer lent/Ramasser ce qui part au vent ». Grandiloquent de poésie.

Les derniers jours termine l’album en parlant de la fin de la vie. Cruellement beau, le texte nous emporte vers la fin d’un album qu’on n’écoutera pas pour festoyer : « T’es plus forte que nous autres on dirait/Tu voudrais seulement voir juillet ».

Les textes éloquents nous traînent aisément d’un bout à l’autre des dix pièces mélancoliques qui poussent le folk-country vers une douce introspection.

Date de sortie : 14 octobre 2016.