The Submissives - Do You Really Love Me?

Neuf mois après son premier album Betty Told Me, le projet slacker pop rétro de la Montréalaise Deb Edison rapplique avec un deuxième, Do You Really Love Me?,  aux visées plus ambitieuses et à l'énergie polymorphe, qui paraît sous le charmant devant l'éternel label Fixture Records.

Photo de couverture : pochette de Do You Really Love Me?

Avoir un concept

Avoir un concept, ça peut s'adonner pas pire pour enligner son corpus. Déjà annoncé dans son nom, celui de concept de The Submissives c'est de se soumettre pis de « succomber au moindre caprice des hommes. Cherchant l'amour et l'attention, elles titubent aveuglément, désespérément attachées à un mirage domestique. Elles souffrent du désir et languissent pour le garçon qui les accable de cette impérissable maladie d'amour. »

Deux cassettes posées côte à côte sur un fond blanc.

Le combo de cassettes Betty Told Me et Do You Really Love Me de The Submissives.

Issue des musiques exploratoires – travaillées en fonction de l'effet qu'elles auront subconsciemment sur l'auditeur – Edison s'est récemment tournée vers l'écriture pop pis elle a pogné de quoi : en se soumettant (itou) à la pop, elle a constaté la facilité des réactions obtenues grâce à la musique « que le monde écoute »,  menant les gens « à ressentir ce que tu veux qu'ils ressentent sans leur dire [de le faire] ».

Mener le meneur

Détraquant la simplicité pop n' roll en options dissonantes qui ne manquent pas d'évoquer les les cultissimes Shaggs (elles-mêmes épitomés de la soumission à l'homme, ayant été intimées à la musique sans formation aucune sous l'ordre patriarcal illuminé d'une diseuse de bonne aventure qui avait prédit qu'elles formeraient le plus grand groupe rock de l'histoire – qui les a retenues pour des raisons autres, mais malgré tout séminales), Edison affiche des bases du moins suffisantes pour mener son projet selon sa volonté. Ayant enregistré tous les instruments elle-même, elle se fait ensuite aimante Pygmalion[ne] pour diriger et apprendre les pièces à son sextuor, dans lequel une seule autre des musiciennes a des bases musicales.

The Submissives couchées dans un gazon de nuit américaine.

The Submissives couchées dans un gazon de nuit américaine - Crédit : Linx Selby.

Suivant le concept, le jeu du bourreau et du soumis se joue à plusieurs niveaux : Edison utilise la pop pour diriger plus aisément l'auditeur en même temps qu'elle contrôle ses musiciennes, qui auraient elles-mêmes une emprise sur un public masculin stéréotypé « pour lequel elles sont de toute façon destinées à jouer ». Ce paradigme en ouroboros, abordé à travers une résilience sarcastiquement ludique, renforce Edison et sa troupe, les rendant intouchables – comme par une critique masculine.

Qu'on bâdre avec le concept ou pas, il guide malgré tout l'album, pis les textes abondent dans le sens du pitch. Un peu comme U.S. Girls mais plus sommairement, à travers un filtre plus narquois et faussement naïf, Edison traite de la femme dans ses dociles et indigentes limitations 50s pour insoler que peu de choses ont changé depuis.

(Pour)Chasser le mal-être

Autant que le fun s'esquisse à l'orée de l'album, autant un malaise s'installe par accumulation, via les textes d'obsession prédéterminée itou que par la pop rétro [moucharde] qui se décompose, abîmant une saudade de ses rythmes rock n' luau tordus. Pis ce malaise est probablement l'arme la plus efficace de Do You Really Love Me?, le transposant sur l'auditeur qui devient confronté à une quête d’achèvement dans sa confusion moderne de party de saucisses, comme le paraphrase Listen To Them, Perfect Woman pis tant d'autres sur le disque.

Edison beurre épais de caricature, mais on n'a pas à se demander quand est-ce que tout ça est vrai. The Submissives sont leur propre remède, leur party d'exutoire via des chansons retorses, misant sur l'aphrodisiaque de la répétition du rock n' roll et sur les limbes réconfortantes de l'exploration. L'offre est limitée, mais il y a un épanouissement dans ce minimalisme marginal, pis, dans tous les cas, y a du fun ici, pour biais  et cantonné qu'il soit, avec pis autour du concept, à clencher le test de Bechdel.

Date de sortie : 9 septembre 2016.