Yes Mccan – PS. Merci pour le love

Sur son premier projet solo, Yes Mccan expérimente différents flows et défriche plusieurs terrains musicaux fertiles, soigneusement élaborés par VNCE, son collègue de Dead Obies.

Natif de Granby, Yes Mccan a d’abord été attiré par le théâtre et l’impro à l’adolescence. C’est peu après avoir déménagé à Montréal qu’il a commencé à s’initier au rap avec quelques amis rencontrés au cégep.

Désirant jumeler son amour de la scène et des mots, il a fait son entrée dans la section hors-concours de la ligue des WordUp! Battles en avril 2011 et n’a pas mis de temps à investir la programmation des éditions officielles, livrant deux joutes mémorables contre Freddy Gruesum et Jeune Chilly Chill quelques mois plus tard. C’est d’ailleurs durant ces nombreuses et populaires soirées de battle rap que s’est concrétisée la chimie entre le rappeur et ses cinq acolytes de Dead Obies.

Portrait du rappeur Yes Mccan, qui porte des lunettes et regarde par terre.

Crédit : MANNY

Après une participation remarquée à la 17e édition des Francouvertes, le sextuor a rallié critiques et public avec Montréal $ud et Gesamktunstwerk, ses deux albums officiels respectivement parus à l’automne 2013 et à l’hiver 2016. Complexes et larges, les concepts traversant ces deux œuvres ont été longuement expliqués par Mccan, qui a maintes fois pris le rôle de porte-parole de la formation au sein des médias.

Textes spontanés

Plus léger dans son approche que les deux opus de son groupe, PS. Merci pour le love nous dévoile un Yes Mccan en pleine recherche artistique. Désirant se faire plaisir, le rappeur livre des textes spontanés et bien structurés qui, à défaut de toujours redoubler d’originalité, laissent entrevoir certaines réflexions et critiques sur l’industrie de la musique au Québec.

Marginalisé par cette dernière, en raison des normes linguistiques qui ont notamment empêché Dead Obies d’obtenir une subvention pour son deuxième album, le rappeur réaffirme son aversion des palmarès sur Double Cup, puis envoie quelques pointes à des institutions comme Musicaction, l’ADISQ et la SOCAN sur Coffre-fort freestyle.

Autrement, le rappeur multiplie les rimes dans la pure tradition du battle rap, rappelant constamment sa popularité et sa supériorité face aux autres rappeurs. Si l’exercice donne des résultats assez impressionnants à plusieurs reprises, sur Louvre et Double Cup tout particulièrement, il finit par devenir lassant à d’autres moments, notamment sur l’inconsistante Allan Theo et la redondante F.P.T.N.

Plusieurs styles maîtrisés

Toujours aussi ingénieux dans ses mélanges et perfectionniste dans ses arrangements, le producteur VNCE surprend en introduction avec une douce progression atmosphérique, qui s'harmonise parfaitement avec la mouvance électro planante de 514-Diamond-Taxi. Audacieuse en tous points, cette dernière bénéficie de la voix soyeuse et tamisée de la chanteuse Odile Myrtil.

Aussi à l'aise sur une trame lourde et puissante comme Double Cup que sur une pièce R&B langoureuse comme Louvre, Mccan s'illustre avec une polyvalence à toute épreuve sur ce premier projet solo. Variant les tons, les approches et les débits avec aisance, ce qui est loin d'être la norme sur la scène rap québécoise, il prouve qu'il a l'étoffe des grands et le talent pour créer un projet plus consistant et significatif.