You'll Never Get To Heaven - Images

Le sybillin duo dream pop de London, ON livre un deuxième album complet, sur lequel les influences impressionnistes début XXe se mêlent à une fascination pour la pop nippone 80s et le minimalisme.

Le monde sensible

Un voile drape le projet dream pop de London, ON formé de la pianiste et violoniste de formation Alice Hansen et du « tone-sculptor » et joueur de monome Chuck Blazevic. Un premier album homonyme est paru sous Divorce en 2012 et l'EP Adorn a suivi sous Psychic Handshake en 2014, et on sait itou que le duo opère son propre label Mystic Roses et que Blazevic a été actif sous l'alias Dreamsploitation et officie désormais en tant que Slow Attack Ensemble.

Un voile idoine. Marquée dès les débuts par des reflets impressionnistes et modernes début XXe (Debussy, nommément - et on retrouvait aussi une version de Enfantillages Pittoresques: Berceuse de Satie sur leur EP Adorn), leur musique élémentale  - ondoyante, brumeuse, céleste - appelle aux arcanes, vise davantage les perceptions que le tangible, se berce naturellement et à dessein dans les horizons et fumées parallèles, et, ici, s'éloigne des traces art-pop initiales pour rêver les coins flous et englober plus totalement qu'avant.

Photo en noir et blanc avec effet vieilli du duo "You'll never get to Heaven".

You'll Never Get To Heaven - Photo par Megan Campbell.

Impressions

Le travail de plaines et de lueurs, le chinage hypnagogique de Images se présentent comme un épitomé des conditions dream pop, où les mélodies, les nappes, les percussions en mobiles semblent exister dans une totalité ectoplasmique à chaque pièce.

De cette propension à la suspension jaillit un souffle pop à la fois délicat et affirmé, en ce qu'il semble sublimer la tranquillité de l'ensemble, sans la troubler - comme en flottement dans la lente verticalité du demi-sommeil, avec une voix cicérone qui ressort un peu plus du lot pour éclairer, guider à travers des endroits ambient à explorer.

Notons la spécialité intrinsèque de l'impression dans le choix, notamment, de ne pas publier les paroles afin de les laisser libres à l'interprétation (vaporisées dans le mix, elles sont aisément discernables, malgré tout), parallèlement à la simple force d'évocation des titres, en vent, lumière, eau et rêves : Shared Dreams, White Light, Beyond The Clouds, Vapor Frames.

Tout le temps

Images, dans son placide repli, réussit à vibrer d'éphémère, à exister isocèle, avec ceci de concret, d'effectif qu'on peut y retourner.

Et c'est d'une nitescence intemporelle - ou, du moins, ceignant plus vaste que les obsédantes 80s, comme c'est souvent le lot du genre - via la qualité d'un bagage culturel qui nourrit la démarche du groupe, une racine d'apparence académique même, amenées comme des lueurs subreptices et enrichissantes dans le zéphyr pop des pièces.

Ça prend un moment pour qu'elles prennent forme, qu'elles commencent à se détacher, ces pièces, puis la voix émerge et nous gagne pour nous tramer dans le reste de l'œuvre - et ce temps d'adaptation, qui apparaît d'abord réciproque, est l'un des primes talents du disque. Des bovarysmes d'esthètes, d'une beauté récursive, voire parnassienne qui pourrait intrinsèquement les désavouer, sans utilité sinon que de bercer dans une forteresse hors d'atteinte, sans contrainte et sans conséquence, dans l'immensité du temps perdu.

Date de sortie : 24 mars 2017.