20ème Francouvertes : demi-finales

Un retour sur les trois soirées de la deuxième ronde du concours-vitrine de toutes les musiques francophones du Canada.

21<9, 7<3

Un lundi off après en avoir passé sept d'affilée au Lion d'or : j'ai checké la lutte, c'était nice. J'aurais aimé voir Vulgaire, Nicolet pis La Valérie accéder aux demi-finales, autrement j'ai quand même dressé un top 3 des affaires qui se sont passées pendant la ronde préliminaire :

1 – Des vieux barbus se sont déplacés un lundi soir pour dire à Fudge qu’ils songeaient à les poursuivre, rapport qu’ils ont eu un band prog qui s’appelait Fudge au début des années 90;
2 –La sauce à spag de La Famille Ouellette;
3 – Tout le monde qui remerciait Tristan McKenzie au son (une habitude qui s’est tristement perdue pendant les demi-finales, comme si on le prenait pour acquis désormais, le pauvre).

Y a une panoplie de capables qui s’y sont hissés, aux demi-finales. Contrairement à l'édition précédente, pendant ces préliminaires, il n'y avait pas de favori, de pressenti d'avance; le niveau général de qualité apparaissait itou plus élevé, et la compétition, plus serrée.

Ce qui fait qu’à l'instar de l'an passé, la tendance du palmarès de la première ronde pourrait être renversée pendant ces trois jours de deuxième : le public peut se confirmer une première impression ou redécouvrir sous un autre jour les artistes, qui eux ont peut-être pris en considération peut-être quelques commentaires constructifs issus des feuilles de vote des préliminaires (rapport qu'ils servent toujours ben à ça, ces petits bouts de papier). Y a ben des peut-être. Une vie de possibilités.

Préliminaires de préliminaires : La patère rose, Bernard Adamus et Loco Locass

La Patère rose sur la scène du Lion d'Or

La Patère rose – Crédit : Jean-François LeBlanc.

Gagnant de l'édition 2008, La Patère rose, le désormais feu trio constitué Fanny Bloom et des membres de Misteur Valaire Kilo Jules et Roboto, a marqué un retour pour un soir seulement le 11 avril. L'éponge, pièce pop atmosphérique aux relents trip-hop, a été réaffirmée comme un joyau alternatif paru, ça se pourrait, quelques années trop tôt.

Bernard Adamus sur la scène du Lion d'Or.

Bernard Adamus – Crédit : Jean-François LeBlanc.

« Demain c'est Loco Locass, mais ce soir c'est encore plus intéressant parce que c'est [le gagnant de l’édition 2010] Bernard Adamus », pis il avait pas tort, l’animateur Claude Grégoire, surtout qu'Adamus a enligné quelques  nouvelles tounes, pis une version solo pas chiche de Cadeau de Grec.

Loco Locass sur la scène du Lion d'Or.

Loco Locass – Crédit : Jean-François LeBlanc.

Les patriarches du rap québécois Loco Locass ont eux aussi proposé une nouvelle pièce, Le Clan, pis on se demande ben où ils sont allés chercher ça. Crisse.

Lundi 11 avril : La Famille Ouellette, Édwar7 et Fudge

La Famille Ouellette sur la scène du Lion d'Or.

La Famille Ouellette - Crédit : Jean-François LeBlanc.

La Famille Ouellette, ce sont ces doués à qui l'insolence de l'étaler sied bien. Ils ont un élan pop naturel, la répartie aisée et punchée couplée d'une facette comique : le set est essentiellement le même que lors des préliminaires, mais propulsé d'interventions immédiates, pis ça s'intègre gung ho dans leurs pièces sans en déphaser la majesté. Y a du tri à faire dans l'offre, mais c'est vivifiant - particulièrement dans un contexte de concours - pis ça semble annoncer juste du bon à venir.

Édwar7 sur la scène du Lion d'Or.

Édwar7 – Crédit : Jean-François LeBlanc

Édwar7, doués itou, mais privilégiant quant à eux une approche traditionnelle, des structures précises et une exécution à l’aplomb plus corporatif. Bien que montrant une autre facette du groupe, une ballade intégrée dans la poursuite a cependant dissout le probant essor rock proposé la première fois. Les revoir confirme la qualité de leurs hooks et de leurs airs qui ne s’effacent pas; ces Sherbrookois sont gearés pour des festivals et les ondes commerciales.

Fudge sur la scène du Lion d'Or

Fudge – Crédit : Jean-François LeBlanc

Fudge – dont les susmentionnés détracteurs ne semblaient pas être présents cette fois : « On s'appelle *encore* Fudge » - ont estimé que si c’était pas brisé, pas besoin de le réparer (a contrario, il est encore temps d'étoffer les textes). Aux tropes rock hardis et impressionnants mais parfois aléatoires, le groupe a rappliqué avec une offre semblable, forte de sa précision initiale, et animée d'une énergie plus fumante, mieux adaptée à l’énergie de ses pièces, qui plairont aux fans de Galaxie.

Le classement, au terme de cette première soirée des demi-finales :

1 – La Famille Ouellette
2 – Fudge
3 – Edwar7

Mardi 12 avril : PONTEIX, Les Passagers et Mon Doux Saigneur

PONTEIX sur la scène du Lion d'Or

PONTEIX – Crédit : Jean-François LeBlanc

Ponteix, planant toujours mais un brin moins incarné cette fois, a encore démontré sa méticuleuse mécanique de rythmes et de nappes sonores. Suite à son classement aux demi-finales, le groupe a décidé de ne pas rentrer au bercail saskatchewannais et est resté à Montréal : n'a « pas fait de toune là-dessus », mais en a tiré une pastille de drones ascendants qui a rendu le court récit de son séjour ici assez fébrile.

Les Passagers sur la scène du Lion d'OR

Les Passagers – Crédit : Jean-François LeBlanc.

Affichant une dualité entre le cérébral et le rêveur, Les Passagers, planants itou mais au plan cartésien, pourraient insuffler plus de passion dans leur dream pop, académique et/mais bien menée. Leur technique est diplômée, leur groove s'immisce, les lignes mélodiques se font volutes, et les morceaux, sinon que timidement envoyés, restent impecs.

Mon Doux Saigneur sur la scène du Lion d'Or

Mon Doux Saigneur – Crédit : Jean-François LeBlanc.

La substance décomplexée, désinhibée, biologique de Mon Doux Saigneur sur scène, ça s'achète pas - c'est là que les punks sont rendus. Y a un trait de Colocs à juguler (à un moment donné), mais les chansons se meuvent, un peu brouillonnes, courbées d'improvisations et nourries d'un sentiment brut. Jamais deux fois dans le même fleuve en capitaine. Le projet est déjà gréé d'une première partie de Bernard Adamus aux Francos cet été, pis ça a rapport d'avance.

Le classement, au terme de cette deuxième soirée des demi-finales :

1 – Mon Doux Saigneur
2 – La Famille Ouellette
3 – Fudge

Mercredi 13 avril : Sarahmée, Simon Daniel et Caltâr-Bateau

Sarahmée sur la scène du Lion d'Or.

Sarahmée – Crédit : Jean-François LeBlanc.

Palliant au manque de synchronisation entre ses musiciens et les pistes préenregistrées - essentiel malus de sa prestation des préliminaires - Sarahmée a cependant attaqué la scène avec un peu moins d'ardeur et de focus. Ça n'a pas pour autant désincarné sa présence sur scène, qu'elle habite avec force.

Simon Daniel sur la scène du Lion d'OR

Simon Daniel – Crédit : Jean-François LeBlanc.

Simon Daniel a officié avec une équipe plus réduite qu'aux préliminaires, toujours efficace dans son approche pop-rock MOR, mais, dans la fébrilité de la fin des demi-finales, une timidité intrinsèque a eu raison de sa prestation, pourtant généreuse, qui est apparue gentille.

Caltâr-Bateau sur la scène du Lion d'Or.

Caltâr-Bateau – Crédit : Jean-François LeBlanc.

Nourri de la présence de la foule, Caltâr-Bateau a offert un set plus passionné et tentaculaire que lors de son premier passage. Présentant notamment le micro-hit local Personne ne le sait pas, chanson coécrite avec Mon Doux Saigneur, remaniant son set, nourrissant davantage l'opportunité du tréteau, le septuor a montré de façon probante ce dont il était capable, des chansons folk qui croisent prog, rock et la beauté de ce qui unit les gens en fin de soirée.

Le classement, au terme de cette troisième et dernière soirée des demi-finales – voici donc celles et ceux qui diapreront la scène du Club Soda lors de la finale du 9 mai :

1 – Mon Doux Saigneur
2 – Caltâr-Bateau
3 – La Famille Ouellette

Pis, en prime, mon classement du top 3 des affaires qui se sont passées pendant les demi-finales :

1 – Le PowerPoint de La Famille Ouellette;
2 – La chorégraphie réhabilitée de La Patère rose sur La Marelle ex æquo avec Bernard Adamus qui allume que Spotify c'est pas payant;
3 – Le gars au bar du Lion d'or qui me croyait pas que je suis pas Keith Kouna.

Dans 4 semaines : le compte-rendu de la finale.