Bobby One vs P.A.P.A

Photo de Bobby One et Papa

Seulement deux rappeurs étaient de la partie aux Francouvertes cette année. Décevant, mais en même temps, pas trop surprenant de la part d’un concours qui ne s’est jamais intéressé plus qu’il faut au hip-hop… En compétition l’un contre l’autre aux demi-finales le 14 avril, Bobby One et P.A.P.A. ont paradé comme des princes sur la scène du Lion d’Or, malgré leur imminente élimination. Échos d’avant, de pendant et d’après-spectacle.

AVANT

« On se sent bien, pas mal de stress, mais on va le canaliser pis on va arriver sur le stage comme si on était les best », avance P.A.P.A., confiant, dix minutes avant de monter sur scène pour ouvrir la soirée. Le rappeur originaire du quartier Saint-Jean-Baptiste à Québec a un avantage par rapport aux autres artistes : il a déjà participé aux Francouvertes deux ans plus tôt avec son ancien groupe Feuilles et Racines. « On avait été à chier, dit-il, sans détour. On avait été barrés en premier. C’était un de nos pires shows à vie, mais en même temps, l’un de nos meilleurs coups de main. »

C’est d’ailleurs ce qu’il recherche cette année : un coup de main, idéalement avec un chèque dedans. « On va se le dire clairement, il y a du cash au bout de la table. Il y a une carotte au bout, et je serais très down de manger cette carotte-là…» annonce-t-il, suivi d’un « PAUSE » bien senti. « Peu importe, on va donner le meilleur de nous-mêmes, pis on va péter ce qu’on peut péter. »

Toujours aussi cordialo-sympathique, Bobby One, lui, a plus hâte que d’autre chose. Faut dire que le rappeur montréalais est habitué à la scène et à toutes sortes de public, étant donné son expérience comme hype man/rappeur de sureté aux côtés de Koriass depuis 5-10 ans. « Peu importe le bagage que tu as, dans des concours comme ça, tout est reseté », dit-il, avec son ton posé des grandes occasions.

« Je vais faire pratiquement le même set qu’au premier tour. Sans être over confiant, je peux dire que je suis confiant. La dernière fois, ça a bien été avec le public. J’ai vu des gars en veston de cuir qui tripent sur le hard rock se lever et bouncer sur mes tounes. » Un signe qui ne trompe pas.

 

PENDANT

Appuyé par ses comparses CRI, au laptop, et Shaw Coop, au micro de sureté, P.A.P.A. met du temps avant de se sentir totalement à l’aise sur scène. En partant, son style de rap plus introspectif et ses productions froides expérimentales ne sont pas des avantages à tout casser dans le cadre d’un concours aussi abrupt/immédiat que les Francouvertes. Reste qu’à partir de la moitié, on le sent renaître, notamment sur les fougueuses Ouv un liv Holy Molly.

« Je fais ça pour les gens qui ont pas de cash, qui portent pas de Gucci, ni de Prada, pis qui s’en câlicent », scande-t-il avec assurance.

Un rappeur en spectacle.

De son côté, Bobby One a l’appui incontestable de la foule, toute bien rangée devant lui à scander son nom. Pas de coat de cuir à l’horizon, mais un Koriass bien en forme, venu appuyer son bienveillant acolyte. « Ça fait sept personnes qui me demandent si je vais être le hype man de Bobby One ce soir », confie-t-il, désespérément.

Sur scène, Bobby s’entoure plutôt de Dj Manifest et de Farfadet, deux grosses pointures du hip-hop québécois. Sa performance sans faille le place au-dessus de la mêlée à bien des égards. Il réussit son pari en fin de spectacle : faire lever les spectateurs de leurs chaises.

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APRÈS

Un fumoir à perte de vue occupe le modeste lobby extérieur du Lion d’Or à la fin des deux performances rap, pendant que Philippe Brach entame son set de folk déjanté humoristico-charismatique. À la droite, P.A.P.A. discute et semble amer. « C’était plaisant, mais y’a un lien qui s’est pas fait avec le public. I guess que c’était pas la vibe qu’ils étaient down pour… » résume-t-il. « Tantôt, on parlait de la carotte et, oui, je serais trop down de get ce Francouvertes money, mais j’commencerai pas à tout réécrire non plus. S’ils feelent pas, ils feelent pas, c’est tout. »

Le plus grand mystère pour P.A.P.A. reste le clash qui sépare l’ambiance YOLOL de ses shows habituels et celle plus amorphe qui régnait ce soir. « Ce qui est fuckant, c’est que d’habitude, les filles montrent leurs boobs ou montent sur le stage pour se vider de la bière dans face… Là, je rappais devant des gens assis, c’était moins inspirant. Sans aucun diss, je m’en câlice un peu, je sais que c’était pas mon public. Les gens qui m’écoutent, ce sont des buveurs de Pabst qui s’habillent à la friperie. »

Photo de PAPA et son crew

Non loin de là, Farfadet, qui a produit une bonne partie des pièces de l’album de Bobby premier, voit son expérience aux Francouvertes d’un bon œil. « C’était très nice », résume-t-il, souriant. « Pour moi c’est juste normal, naturel, de donner tout c’que j’peux pour le show de mon ami. » Bobby One lui retourne la pareille : « Farfadet a toujours été là pour moi. Je me sens choyé de pouvoir travailler avec un gars professionnel comme ça. »

Par-dessus tout, l’homme au voilier ne regrette rien. « J’ai fait ce que j’avais à faire, je vais pouvoir bien dormir ce soir », indique-t-il, ravi. « J’ai adoré la réception. Peu importe ce qui arrive, que je passe ou que je passe pas, la job est faite. »

Bobby One Crew et Koriass

Ceci dit, comme pour P.A.P.A., ce sera la deuxième option qu’il devra envisager. Le hip-hop sera, comme c’est le cas environ 94,324% du temps aux Francouvertes, absent de la finale, à voir le 12 mai prochain au Club Soda.

 À voir: Session BRBR avec P.A.P.A.!