Chocolat

Jimmy Hunt sur un vélo, le groupe à l'arrière.

Il y a à peine plus d’un an, Jimmy Hunt présentait à ses buddés de Chocolat des maquettes qu’il avait composées et montées sur son nouveau iPad dans GarageBand pendant le temps des Fêtes, les constatant ad hoc pour son groupe (qui s’était calmé les activités depuis 2010, sans les cesser pour autant) plutôt que pour son projet solo. Des idées qu’il traînait depuis longtemps, ceci dit, mais qu’il souhaitait élaborées avec l’instinct d’un band garage plutôt qu’avec les aptitudes avérées de musiciens professionnels, comme ça avait été le cas avec son éponyme à large succès de 2010 et son encensé Maladie d’amour, en 2013.

Alors qu’il n’avait même pas accumulé six mois de tournée pour ce Maladie d’amour, Jimmy rapatrie sa bande au local pour pratiquer les huit nouveaux morceaux deux, trois fois, puis ils s’installent au Studio Victor pour quelques jours de sessions d’enregistrement volontairement crades et garage, pendant lesquelles « tout bleedait, l’ampli de basse était à côté du bass drum, le mien était en face – on a fait exprès pour éviter un mix complexe et défini ».

La Presse dévoile que Chocolat est de retour en studio, des tenants s’animent, puis les nouvelles restent éparses, rapport que le groupe est occupé à mixer l’album impossible via moult courriels par Chris Moore (qui avait aussi mixé le beaucoup plus Maladie d’amour) : « À chaque fois qu’Emmanuel [Éthier, qui accompagne Hunt depuis 2010 et qui s’est joint à Chocolat depuis 2014] lui écrivait qu’on voulait entendre un peu plus telle piste, il nous répondait que s’il montait ça, tel autre truc allait monter en même temps; ça a été long et complexe, mais ça a donné un résultat intéressant, il y a comme des fantômes dans le mix ».

Tss tss paraît le 21 octobre 2014, accueilli par le public (« Je pensais qu’il y avait plus de monde que ça qui nous avait oubliés »), applaudi par la critique et logé dans nombre de listes de fin d’année. Mais, heille, tout ça, vous le savez déjà probablement (c’était à l’intention des autres, pour que tout le monde suive).

Depuis, les cinq bonshommes (Hunt, Éthier, Ysael Pepin, Dale Hildebrand et Christophe Lamarche-Ledoux, qui a récemment pris le relais du claviériste Martin Chouinard) cumulent paisiblement les concerts à travers la province, étant désormais aimablement accueillis par les diffuseurs, comme ils ont rangé leurs habitudes de trouble-fêtes. « On rentre de plus en plus souvent à la maison après les shows. On a moins l’appel des filles et du party ».

Une acquise plénitude, voire une certaine sérénité qui sont d’ailleurs réverbérées dans les thèmes de Tss tss : « Je me suis imposé d’éviter d’écrire à propos des filles et d’autres sujets faciles, comme je l’avais pas mal toujours fait, finalement. De tasser mes habitudes. Je me suis inspiré de ce qui m’intéressait ces temps-ci, des questions métaphysiques, des trucs qui ont trait à la spiritualité, comme Gobekli Tepe, ça traite d’un temple qui aurait pu amener la sédentarité des peuples nomades avant même l’agriculture, et qui témoigne de l’importance pour l’humain d’avoir une croyance, peut-être même avant d’avoir un endroit où loger. Au lieu de travailler un texte pour avoir une rime de plus ou un couplet de trop, j’ai préféré garder la base de quelques idées, sans contrainte, et de placer des bouts de phrases sur la musique, pour qu’elle leur donne plus de signification ».

En résultent des tapuscrits allégoriquement ou caustiquement imagés et surtout particulièrement concis, à raison de quelques lignes seulement par chanson, comme en témoigne le petit encadré derrière la pochette – qui contient l’entièreté des paroles du disque. Posées sur des jams évolués de maquettes rudimentaires, elles sont autant à des lieues de celles du premier album Piano élégant que l’est sa pop 60s aux accents country de l’offre du magma psych-garage de Tss tss. Et Jimmy croit que cette mixture s’apprête à leur faire traverser la flaque : « Ici, l’album a bien marché, à date, mais c’est comme si en France, c’est exactement ce dont ils avaient envie présentement. À sa sortie en octobre, l’album a été en écoute sur le blogue français The Drone. Par la suite, j’ai écrit au label Born Bad pour savoir s’ils voulaient sortir l’album en France, parce qu’on voulait aller tourner là-bas, pis ils sont répondu : "Oui, on a entendu l’album sur The Drone, on aime beaucoup ça, on le fait". Ça a pas été plus compliqué que ça ».

Donc après avoir promené ses tounes çà et là sur les, parfois, surprenantes petites scènes du Québec (leurs passages à Dunham et Saint-Casimir ont été étonnamment concluants, note-t-il), le groupe enchaînera encore quelques spectacles jusqu’au printemps (à pas mal toutes les fins de semaine, si bien que les shows remplacent les pratiques hebdomadaires, « mais des fois ça paraît qu’on a pas joué la semaine d’avant »), Chocolat s’en ira probablement en France en mai, ce qui permettra notamment à Ysael et Brian de revisiter des bars où Demon’s Claws s’étaient commis dans les 00s.

Plus que ça, même, les choses se sont tellement passées de façon duveteuse et encourageante que Jimmy a déjà composé un troisième album pour le groupe : « Je me suis mis là-dessus depuis le lancement, et, comme ça a été le cas pour Tss tss, j’ai fini ça pendant le temps des Fêtes. Mais je ne ferai pas de maquettes, cette fois-ci, je vais plutôt montrer les tounes au band, pour qu’il se les approprie. C’est ce que j’aime avec Chocolat, c’est un band instinctif, pis c’est beaucoup moins prenant qu’une carrière solo, aussi – pas que je ne ferai plus de disque de Jimmy Hunt, mais pour l’instant, j’ai envie de poursuivre avec Chocolat. Je veux qu’on monte les tounes au printemps et qu’on enregistre cet été. Fait qu’à moins que je me fasse frapper par un char, il devrait y avoir une suite, idéalement aussi tôt que l’automne prochain ».