FME 2016, partie 2 : pour vivre tout ça, Rouyn, c'est pas si loin...

Après deux journées à me mouvoir au rythme d’une tortue retraitée entre les divers sites du Festival de musique émergente en Abitibi, je peux trouver un peu de réconfort en observant mon attelle plâtrée signée par les artistes du FME, dont la moitié de Dead Obies, mais aussi par un homme étrange nommé Seb, qui s’est écrasé sur le sol pour marquer ma jambe de sa plume, sans mon consentement. Je trouve également réconfort dans le sommeil qui me berce tout l’avant-midi, m’amenant à quitter l’hôtel à 15 h, seulement. Au FME, on vit notre nuit quand on peut!

Photo de couverture : Maryse Boyce

C’est le show surprise de Keith Kouna qui me donne le courage de me lever, de prendre ma douche avec la jambe dans un sac-poubelle et de me rendre sur la terrasse de Chez Gibb pour apprécier une suite non préparée de chansons magnifiques. « Laissez-moi regarder mon Bandcamp, je ne sais pas trop quoi jouer », nous dira Keith à quelques reprises vérifiant même en cours de route les paroles d’une chanson momentanément oubliées. « J’ai entendu du Alex Nevsky tout à l’heure et j’ai envie de chanter une toune avec des lalalala », nous dira également l’auteur-compositeur, un peu amoché de sa soirée de la veille. Keith nous prouvera bien assez vite que ce n’est pas parce que c’est broche à foin que ça ne peut pas être suprêmement beau.

En reprenant la route vers le centre-ville à bord des navettes officielles du FME, on réalise que nos bénévoles conducteurs sont également d’excellents guides touristiques : « L’immeuble devant vous est une résidence pour personnes âgées et plusieurs mettent fin à leur jour en sautant du plus haut balcon », nous dit-on. Les journalistes du Journal de Montréal n’ont qu’à bien se tenir : les bénévoles de Rouyn maitrisent à la perfection le journalisme sordide.

Photo prises dans une voiture. Image de la rue, les voitures et un immeuble.

Crédit photo : Élise Jetté

C’est au bistro bar Le Cachottier qu’on se joint au 5 à 7 d’Ariane Zita. Très heureuse d’être au nombre des artistes de la programmation, elle souligne qu’elle a écrit au FME chaque année depuis ses 18 ans afin d’y être et que, cette année, c’est le festival qui l’a invitée. Beau dénouement tout ça! Elle enchaîne les pièces de son album Oui mais non devant un salle comble de personnes impatientes occupées à envoyer promener les gens qui leur cachent la vue dans le microscopique espace plein à craquer. Livrant un convainquant cover de Je suis libre de Michèle Richard, elle s’exprime : « J’ai l’air intense, amis v’la 75 ans, les filles on avait pas le droit de voter! Just Sayin’. » #Girlpower.

Ariane Zita se présente sur scène avec son clavier.

Crédit photo : Élise Jetté

On passe notre début de soirée avec Karl Gagnon, alias Violett Pi, au Petit Théâtre du Vieux Noranda. Accoutré comme la parodie d’un personnage flamboyant de la Renaissance, il livre des pièces de son premier album, eV, mais surtout de son Manifeste contre la peur, paru au printemps dernier. Fort d’une propension à livrer avec cinq fois plus d’énergie chaque chanson de l’album, Violett Pi maîtrise l’esprit punk tout en laissant paraître la finesse d’un côté plus introspectif à certains moments. Décoiffés, nous sommes après chacun de ses hurlements bien placés.

Le chanteur du groupe VioleTT Pi chante avec une micro à la main sur scène.

Crédit photo : Élise Jetté

C’est le trio torontois Metz qui succède à Violett Pi dans un post-hardcore qui aura du mal à rallier les non-initiés. Quelques fidèles sont collés à la scène dans les élans de distorsion maîtrisés, pendant que le chanteur ouvre la bouche très grande pour éviter de se noyer dans sa sueur, comme en témoigne cette photo :

Chanteur du groupe METZ qui chante dans la micro, guitare à la main.

Crédit photo : Élise Jetté

Il faut que je dépose mes béquilles et que je m’assois pour le show de Rednext Level, tant l’envie de danser aurait pu être assez forte pour que je me casse l’autre cheville. Sur les beats festifs de Tork, Maybe Watson et Ogden livrent une marchandise solide : un habile mélange entre house hip-hop et humour décalé. On a le goût de feel leur baby body all night long.

Le groupe rap Rednext Level rap sur scène.

Crédit photo : Élise Jetté

Koriass est en grande forme dans sa salopette à jambes courtes. Avec son Petit Love et son Love Suprême, il a tout le matériel nécessaire pour lancer des prises de consciences monumentales au visage de ses disciples. Après l’avoir vu en concert à quelques reprises durant les derniers mois, je constate que c’est probablement en concert intérieur que sa magie opère le plus, mais c’est peut-être dû au fait que le mélange de sueur avec des étrangers, ça rapproche les gens.

Le rappeur québécois Koriass lève le bras dans l'air, micro à la main, sur scène.

Crédit photo : Élise Jetté

Notre soirée trouve sa conclusion au Bar des chums où les vieux hits font revivre les corps morts de fin de soirée. Assise sur mon tabouret pour donner un break à ma jambe valide, je ne peux que m’extasier devant tout ce que l’on peut trouver dans ce bar, sous un seul et même toit :

Une canette de bière et une bouteille de poudre pour bébé.

Crédit photo : Élise Jetté

Pour la dernière journée du festival, Dear Criminals nous convie, en après-midi, à une expérience immersive pilotée par David Paquin et son équipe de Création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Plongés dans le noir avec nos lunettes 3D, on est envahis par un univers noir où les vagues de couleur sont projetées sur nous. Immobiles, nous voyageons dans un monde futuriste psychédélique où l’électro éthéré de Frannie, Charles et Vincent embrasse la cadence des faisceaux lumineux qui semblent vouloir nous rentrer dedans. « On espère que les muffins au pot commencent à faire effet, pour ceux que ça concerne », dira Frannie au milieu de la perfo. Voilà une expérience à plusieurs paliers d’intensité!

Dear Criminals sur scène devant les projections psychédéliques.

Crédit photo : Élise Jetté

Rosie Valland occupe ensuite notre 5 à 7 à L’Abstracto devant un rideau de lumières de Noël. Accompagnée par son fidèle Jean-Philippe Levac à la batterie, mais aussi, cette fois, par le frère de ce dernier, Frédéric, elle envoie les chansons de Partir avant, sorti il y a exactement un an. Son EP Nord-Est fait également bonne figure dans le setlist et elle offre même une nouvelle pièce qui provoque des émotions ardentes chez l’auditeur moyen. Le prochain matériel de Rosie sera fort.

L'artiste Rosie Valland en spectacle.

Crédit photo : Élise Jetté

The Barr Brothers redonne ses lettres de noblesses à l’ancienne église qu’est l’Agora des Arts en semant une ambiance eucharistique dès le début du spectacle. Succédant à la vidéo récapitulative du festival, la prestation s’amorce alors que tout le monde est déjà fort nostalgique de voir la fin du party arriver. Ça donnera le ton à la suite.

Le groupe The Barr Brothers sur scène.

Crédit photo : Élise Jetté

En cette dernière soirée des festivités, on ne peut s’empêcher d’aller chanter du Marie-Chantal Toupin au fameux karaoké du Bar les chums pendant que les gens en état d’ébriété ont du mal à se retenir de voler ma chaise roulante.

Un homme assis dans la chaise roulante d'Élise à un bar de karaoké.

Crédit photo : Élise Jetté

Les seuls points que je ferai perdre au FME cette année sont des points de déplacements pour les personnes à mobilité réduite. L’Agora des Arts est quand même une ancienne église avec l’escalier immense que ça implique. Ça vaudra quand même toujours la peine de faire huit heures de transport pour passer quatre jours dans le plus beau camp de vacances pour adultes mélomanes au Québec… avec ou sans jambes fonctionnelles.