Hip-hop franco-canadien : bilan hivernal 2016

Après une année 2015 plus ou moins convaincante, le hip-hop francophone reprend du galon en ce début 2016. Tour d’horizon des clips, chansons et albums marquants de l’hiver qui vient tout juste de se terminer.

Photo de couverture : Dead Obies.

TOP CLIPS

5 : Rymz avec Shash’U – Vie de renard

Sixteen Pads nous a habitués à de la qualité, et Vie de renard ne fait pas exception à la règle. Fort d’un montage habilement déroutant, ce clip de Rymz met en contraste les arbres étouffants d’une nature sinistre avec le béton d’une ville toute aussi glauque. En découle une œuvre à l’esthétique psychédélique inventive.

4 : Arthur Comeau ft. Arthur Comeau – Cute

Parlant de psychédélisme, Cute emprunte la voie du collage surréaliste. À l’image de la chanson, ce clip réalisé par le producteur hip-hop néo-écossais JonahMeltWave tire dans tous les sens et fascine du début à la fin.

3 : Rwo – Cercle vicieux

Encore une fois, le réalisateur Kevin Shayne traduit avec une intensité froide et sans compromis les repères trap et extrêmement sombres du rappeur montréalais. Respectant la tradition des clips hip-hop américains du genre, Cercle vicieux met en valeur Rwo et sa bande à travers une mise en scène simple, mais percutante.

2 : Les Anticipateurs – Steak

Paru dans les derniers jours de 2015, ce clip réalisé par Seb Landry dévoile tout le génie du groupe rap satirique Les Anticipateurs. Le steak saignant, les œufs gigantesques, les doo rag ridicules, la poudre… Tout y est.

1 : Souldia – Mordor 2.0

Prenant place dans le décor historique de Ouarzazate au Maroc, Mordor 2.0 bénéficie d’une réalisation impeccable, qui n’a rien à envier aux productions historiques américaines. Le réalisateur Usef Nait  y illustre l’éternel dualité entre le bien et le mal, que Souldia personnifie avec sang froid. Qu’on aime ou pas ce genre d’esthétique, on se doit de reconnaître l’immense travail qu’il y a derrière tout ça.

TOP CHANSONS

5 : Lary Kidd – Éloge de l’ignorance

La Chicane dans un palmarès hip-hop en 2016 ? C’est maintenant chose faite grâce à Lary Kidd (de Loud Lary Ajust) qui a cru bon revisiter l’intro légendaire de la chanson Calvaire, parue en 1999. Très à l’aise sur cette mélodie rock québécoise kitsch, le rappeur montréalais évoque ses ambitions et ses revers avec un flow détendu.

4 : Rowjay – Tour de France

Tiré de son album A Trappin Ape, Tour de France met de l’avant le flow simple, articulé et on ne peut plus précis de Rowjay. À sa manière, le rappeur montréalais rehausse les standards trap québécois, grâce à son débit unique et à la charge mordante du producteur Blasé.

3 : Koriass – Endurance

Écartée de son quatrième album Love Suprême, Endurance profite de l’incroyable composition du trio Ruffsound/Ajust/Kable, qui culmine avec une conclusion instrumentale épique et planante. Au micro, Koriass rappelle avec certitude que la vie « c’est un test d’endurance », soulignant par la bande ses ambitions et son évolution sur la scène rap d’ici.

2 : Brown – Parapluie

Concluante de long en large sur un premier album homonyme paru en janvier dernier, la réunion entre les deux frangins Snail Kid (Dead Obies) et Jam (K6A) avec leur père Robin Kerr atteint son apogée avec Parapluie, une chanson au groove imparable et au refrain plus qu’accrocheur. Au micro, les deux rappeurs abordent leur rapport à la nostalgie sans tomber dans les lieux communs.

1 : Dead Obies – Explosif

Hymne à l’intoxication massive, Explosif nous immerge dans un nuage de fumée planante, exhalé avec finesse par Vnce et les cinq rappeurs, qui livrent chacun des couplets de haut calibre.

TOP ALBUMS

5 : Tide School (Artistes variés) – CUTE

Un collage de différents symboles associés à la culture K pop (un chaton, un arc-en-ciel, des paillettes, des écritures asiatiques, le tout sur un fond rose/mauve)

Pochette de la mixtape Cute.

L’ingénieux rappeur néo-écossais Arthur Comeau présente les artistes de son label Tide School sur CUTE, une première mixtape aux expérimentations musicales et textuelles aussi déstabilisantes que fascinantes. Malgré quelques explorations moins réussies, CUTE donne un aperçu prometteur d'une scène hip-hop acadienne revigorée.

4 : Koriass – Love Suprême

Un buste romain avec une couronne de laurier, similaire aux représentations de Jules César. À la place du visage, une tète de mort.

Pochette de Love Suprême.

Moins intimiste que Rue des Saules, ce quatrième album évoque le paradoxe intérieur qui nourrit l’ambition de Koriass, un rappeur qui, tout en voulant bénéficier du « love suprême », désire également tracer son chemin à sa manière, sans penser aux autres. Toujours aussi à l’aise au micro, le rappeur débite ses rimes avec un flow imperturbable sur des produites empreintes de soul, de jazz et de funk.

3 : Monk.E – Le gris impérial

Un nuage gros s'élève d'une bouche d'égout. Dans ce nuage, un livre, des marqueurs multicolores, des bâtiments en béton, la tour Eiffel. Devant la bouche d'égout, une paire de chaussures Adidas "classics"

Pochette de Le Gris Impérial.

Critiquant le gris ambiant de sa ville, Monk.E se présente comme un réfractaire aux diktats de l’état sur cet album concept aux propos étoffés et aux métaphores intelligentes. Produit par le talentueux Gyver Hypman, un proche de la famille élargie du Saïan Supa Crew, ce sixième album du rappeur montréalais respecte l’esprit du hip-hop new-yorkais des années 1990 sans être trop rétrograde.

2 : Dead Obies – Gesamktunstwerk

Dead Obies dans la foule en train de performer. Photo en noir et blanc.

Pochette de Gesamktunstwerk.

Ambitieux, ce deuxième album du sextuor post-rap Dead Obies propose une formule partiellement live, inspirée par l’essai culte La société du spectacle de Guy Debord. Avec leurs flows polyvalents, davantage mélodieux, les cinq rappeurs accumulent les clins d’œil à l’essai original, tandis que le producteur  Vnce crée un contraste dynamique, en mélangeant le côté brut des pistes live à celui plus lisse des bandes studio.

1 : Brown – Brown

Les trois membres sur un fond orange et bariolé.

Pochette de Brown.

Mûri à point, ce premier album du trio père-fils Brown mélange les genres et les époques avec un épatant souci du détail. Les deux frangins Snail Kid et Jam y font l’apologie de la différence, à travers une quête identitaire et artistique qui rejette toutes formes de purisme. Album d’exception qui mise autant sur la forme que sur le fond, Brown amène un vent de fraîcheur au hip-hop québécois.