Jardin Mécanique : espèce croisée

Imaginez un univers à mi-chemin entre la musique et le théâtre, tantôt féérique, tantôt métal, où l’imaginaire de Tim Burton flirte avec les comédies musicales des années 50. Ce croisement étrange, c’est Jardin Mécanique. Une espèce unique, presque paradoxale.

Photo de couverture : Jardin Mécanique. Toutes les photos de cet article sont de Jean-Sébastien Saint-Pierre.

« Jardin Mécanique, c’est deux mots opposés qui expriment ce que l’on est; cute et violent à la fois », image Sylvain De Carufel, qui prend les traits de Monsieur Edwidge depuis 7 ans aux côtés de Philippe Coulombe (Monsieur Augustache), et Francis Gagnon (Monsieur Camélius).

Les trois musiciens, tous Trifluviens d’origine, campent chacun leur personnage lorsqu’ils montent sur scène. À la manière d’un opéra rock, ils racontent au public leur histoire, une satire se déroulant dans une vieille usine désaffectée quelque part au 19e siècle.

Le concept est complet : musique riche, costumes soignés, mise en scène élaborée, projections vidéo sur grand écran (parfois gore, mais drôle, dit-on) et dialogues empreints d’humour (ils ont travaillé avec un scripteur des Grandes Gueules). « Le public en prend plein la gueule, même parfois trop. Mais c’est ce qu’on aime. On est des musiciens maximalistes. Si on était un sunday du Dairy Queen, on serait à la fois aux fraises, au chocolat et au caramel », image le guitariste.

De musiciens à comédiens

Il n’y a pas d’erreur : Jardin Mécanique demeure un projet musical. Mais plus ça va, plus Philippe Coulombe, Francis Gagnon et Sylvain De Carufel sont appelés à jouer les comédiens. Au fil des ans, les rôles du sadique M. Augustache, du sensible M. Camélius et de l’excentrique M. Edwidge se peaufinent.

Trois personnages steampunk dans un décor sombre, du 19e siècle.

Jardin Mécanique.

« Une amie doctorante en psychologie a dressé les portraits psychologiques de nos personnages, et on s’amuse beaucoup avec ça, raconte Sylvain de Carufel. On a de la matière pour creuser les personnages. » Cette latitude permet au trio de se sentir moins coincé dans cet univers créé de toutes pièces. « Plus ça va, plus on aime nos personnages », souligne celui qui travaille actuellement sur La sinistre histoire du Théâtre Tintamarre – Épisode 3, un 3e album entièrement autoproduit.

Musique, etc.

Le théâtre n’est pas la seule forme d’art gravitant autour du projet. Par exemple, on remplace le traditionnel matériel promo par des toiles ou des bijoux réalisés par des artistes. On a proposé une web série documentaire pour faire découvrir l’envers du décor (et on laisse planer la possibilité d’une deuxième série). Les musiciens ont même travaillé en collaboration avec la microbrasserie À la Fût pour créer une bière à l’effigie du groupe.

« Les gens aiment notre musique, mais veulent aussi du visuel de Jardin Mécanique. C’est un peu pour ça que beaucoup d’autres choses se greffent à la musique. »

Trois personnages costumés de style steampunk qu'on voit au loin dans le corridor d'une bâtisse qui semble désaffectée.

Jardin Mécanique.

Admirateurs inconditionnels

Même si leur produit est totalement en marge, les gars de Jardin Mécanique sont emballés par la réponse du public, qui lui permet de donner libre cours à ses excentricités. « Le public métal est plus ouvert que les autres. C’est un des rares à pouvoir écouter une toune qui dure 30 minutes qu’il n’a jamais entendu de sa vie, et tripper », souligne De Carufel.

En frais de fidélité, difficile de faire mieux. Certains les suivent jusqu’en Ontario pour un spectacle. Un de leur fan a dessiné un graffiti à leur effigie dans un tunnel de Montréal, un autre leur a offert une toile format géant les représentant, et il y en a même un qui s’est fait tatouer leurs visages.

Plus loyal que ça…

Jardin Mécanique, en spectacle le 3 juin à 20h30 au Cabaret-spectacle Le Satyre.