Julien Mineau / Fontarabie

Pendant deux semaines au début du printemps, on avait l’impression que tous les mélomanes québécois n’en avaient que pour Fontarabie – nouveau projet glauque orchestral autoréalisé et autoproduit par Julien Mineau. Une heureuse surprise pour cet éternel insatisfait qui a souvent passé proche d’abandonner en cours de route. Le voilà maintenant fin prêt, malgré un stress contrôlé, à investir la Place des Arts pour un premier spectacle qui promet.

Accompagné par 16 musiciens, le chanteur et multi-instrumentiste évitera la scénographie imposante et le «blabla inutile» pour se concentrer sur les chansons complexes de Fontarabie. «J’essaie de pas trop y penser», confie-t-il, par rapport au spectacle. «Ça fait longtemps que j’ai pas joué, donc c’est sûr que c’est stressant.»

En pause depuis plus de deux ans avec son groupe Malajube, Julien Mineau travaillait depuis plusieurs mois à l’élaboration de ce projet. La bonne réaction du public lors de la parution en avril dernier l’a délivré du doute. «Je suis super content. Je pensais que j’allais me faire tuer», avoue-t-il. «C’est un projet vraiment moins accessible. À un moment donné, j’étais perdu dans tout ça. Je réenregistrais tellement souvent les tounes que je ne les entendais plus. Le jour où j’ai finalement sorti l’album, j’étais toujours pas satisfait, mais bon, ça c’est pas nouveau.»

C’est particulièrement le côté technique qui a obsédé le musicien. Pour la première fois de sa carrière, il prenait les rênes du mixage et de la réalisation. «C’était compliqué : je voulais pas que ça sonne trop sec, mais pas trop hi-fi non plus, je voulais que ça rappelle une autre époque, mais également que ce soit actuel. J’ai finalement appris 2-3 métiers en même temps.»

Les ambiances sombres et inquiétantes qui sont mises de l’avant tout au long de l’album proviennent directement d’une passion que Julien cultive depuis longtemps : les films d’horreur. «J’sais pas pourquoi, mais je me sens bien quand j’écoute un film d’horreur. Durant l’enregistrement, j’en ai vraiment regardé beaucoup, et ça m’a guidé. Un film de fantôme, ça me rend heureux.»

Julien Mineau à son ordinateur

« J’aime mieux garder ça plus petit »

Le contraste avec la pop punky juvénile des premiers temps de Malajube frappe fort, mais pour le chanteur, Fontarabie s’avère une évolution inévitable et, clairement, une réaction au succès un peu plus commercial de son groupe. «On a toujours eu un côté plus dark, mais on a jamais pu l’exploiter à fond vu que c’était pas notre style», explique-t-il. «Personnellement, j’ai toujours voulu faire quelque chose de plus étrange que rock, sans m’imposer de limites. J’aime mieux garder ça plus petit, quitte à avoir moins de succès. Ça me ressemble plus.»

Après l’accalmie et l’insatisfaction, Julien Mineau semble avoir trouvé un filon inspirant pour la création d’un Fontarabie II. «La machine est partie», indique-t-il, heureux. «Ça prendra pas deux ans avant que je sorte autre chose. La réaction du public m’a motivé à faire mieux.»

En attendant, quelques dates de spectacles – encore secrètes –, mais pas trop, histoire de prioriser les sessions dans son studio chez lui à Saint-Ursule en Mauricie.  «Je vieillis», confie-t-il. «Je ne ferai pas de tournée jusqu’à 60 ans… Je trouvais déjà ça tough.»

Fontarabie, dimanche 15 juin au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, dès 20h.