La jeunesse heureuse d'Émile Bilodeau

Émile Bilodeau a laissé une marque indélébile sur les Francouvertes en 2015, accédant à la finale, porté par le flot impétueux de sa jeunesse, et l’audace de ses chansons à textes. Son premier album Rites de passage est érigé sur les bases hasardeuses de la fin de l’adolescence et encadré par les solides racines de Philippe B à qui on a confié la réalisation. Entre deux cours au cégep, Émile Bilodeau, bien campé dans ses 20 ans, jase de son album et de son début de carrière, au Blanc de blanc, endroit rustique mi-resto, mi-buanderie.

Photo de couverture : Émile Bilodeau. Crédit : Leolo.

« Philippe B est arrivé et m’a demandé "Quel genre d’album tu veux ?" J’ai dit que je voulais que mes paroles priment sur le reste et c’est exactement ce qu’on a fait, lance Émile Bilodeau, visiblement fier de tenir son premier album dans ses mains. Ça sert à rien de me sortir de ce que je sais faire. Laissons les paroles arriver aux oreilles du monde. »

Photo en noir et blanc d''Éric Bilodeau sur scène.

Lancement d'Émile Bilodeau - Crédit : Béatrice Flynn.

Grand consommateur de musique d’ici, il a « capoté ben raide » quand Grosse Boîte, sa maison de disque, lui a suggéré de faire réaliser son album par Philippe B.

« Avoir la confiance d’un gars comme lui, ça a tout changé. Quel maître !, dit-il, encore impressionné par sa propre équipe. Il a écouté mes tounes et m’a dit "ça, ça se dit, ça, ça se dit pas". Je me suis rendu compte que je disais des mots juste parce que je trouvais que ça sonnait bien, mais la syntaxe marchait pas pantoute. Lui il a passé son stylo là-dedans. C’est aussi lui qui a approché Gasse (Michel-Olivier) et Fortin (Pierre), des idoles pour moi, pour qu’ils viennent enregistrer les tounes avec moi. »

La force des générations

La priorité d’Émile, en studio, était d’avoir des auteurs-compositeurs auprès de lui.

« C’était important pour moi que tout le monde puisse amener son grain de sel, explique celui qui n’avait aucune véritable expérience studio derrière la cravate. Passer à TV ressemblait beaucoup à J’en ai plein mon cass et Pierre Fortin a amené les nuances. Gasse a changé des paroles dans Ça va et c’est devenu ben meilleur. Je me suis rendu compte que, au final, on est tous des musiciens malgré le pont générationnel. »

L’écriture post-Francouvertes a été poussée par un certain engouement dû au fait qu’un album allait forcément naître de cette expérience.

« C’est là que j’ai écrit Crise existentielle, América et Les poètes maudits, explique Émile. Je considère qu’elles me permettent de me définir un peu mieux. Je suis issu du milieu du spectacle et je n’ai aucune expérience avec les arrangements donc je voulais garder 50 % de chansons guitare-voix, mais le reste, je me suis permis de laisser entrer des sons qui kickent des culs ».

Auprès de ses musiciens et mentors, Émile a le sentiment d’avoir évolué et d’être un peu moins le jeunot qui se présentait en show avec quelques tounes grattées sur sa guitare. « Philippe B a amené la touche magique de la clarté. Il a ajouté des cuivres francs et clairs et des pianos, rapporte l’auteur-compositeur. Sur Amour de félin, après le bridge, le piano embarque. Philippe a dit "on va mettre un peu de piano avant, pour pas créer un choc trop grand". Je capotais. Jamais j’aurais pu avoir ce genre de réflexe. »

Dans le calme du resto-buanderie, un client aborde Émile pour demander où sont les toilettes. « J’ai l’air d’un habitué de la place hein ? Tu regarderas dans la cabine de gauche, il y a l’affiche de mon album, je sors un CD », dit-il à l’homme qui part faire pipi avec intérêt.

La culture qui s’essouffle

Si dans ses chansons Émile parle de « son peuple qui s’écroule », ce n’est pas tant la politique au sens large qui l’amène à composer des chansons engagées, la culture étant le véritable flambeau qu’il souhaite porter.

« Je ne comprends pas qu’on face des concessions, se questionne-t-il. Pourquoi on va mettre des couplets en anglais dans des chansons francophones pour avoir un petit peu plus de chances de passer à la radio ? Je trouve ça fâchant ! Les gens qui ont la conscience d’esprit de rendre la culture accessible en mettant, par exemple, du Fred Fortin à la radio, je respecte ça au boutte. »

Hyperactif malgré ses examens au cégep, ses concerts et sa vie personnelle, repoussé par l’immobilité, Émile Bilodeau prépare déjà la suite des choses. Certaines chansons qui seront sans doute sur un album futur auront d’ailleurs déjà leur place en spectacles.

« J’ai fait un show pour les Journées de la culture et j’ai essayé une nouvelle chanson que je fais au piano. Je maîtrise bien ma toune, mais pas le piano, dit-il en riant. Je me suis patenté de quoi et ça me permet d’aller ailleurs. Sur le prochain album, j’ai déjà hâte d’explorer des choses moins conventionnelles. Je veux faire plus valoir mon petit côté malade mental. »

Victime de son charisme, Émile se fait une fois de plus aborder par l’homme qui revient des toilettes : « Ça s’est bien passé ? », demande-t-il au principal intéressé en rigolant. Il prendra ensuite quelques minutes pour répondre à ce futur auditeur avide d’en savoir davantage sur les chansons qui animent la guitare du jeune homme.

Le charisme est nécessaire, mais ce n’est pas l’unique élément requis pour atteindre les hautes sphères du succès. Émile en est bien conscient. Bien qu’il reconnaisse la primordialité des concours de musique, il admet que la route est difficile : « Quand tu sors de là, t’es fatigué pis tu te sens prostitué, affirme celui qui a fait partie du top 3 des Francouvertes 2015. Pour plusieurs concours, il faut que tu payes pour t’inscrire et des fois pour te loger et te nourrir sur place et tu repars avec rien. C’est tellement difficile, aujourd’hui, d’être vu et entendu. Je considère que j’ai été chanceux. »

L’album d’Émile Bilodeau est disponible partout et les dates de spectacles sont disponibles ici.