La révolution tranquille de Quiet Parade

Après avoir évolué de projet solo à un groupe en bonne et due forme, Quiet Parade se prépare à conquérir le Canada avec un nouvel album homonyme entre les mains. BRBR part à la rencontre de Trevor Murphy, leader du groupe haligonien.

Crédit photo de couverture : Dean Casavechia

L'union fait la force

En août 2014, Quiet Parade s'est enfermé au studio Echo Lake de Daniel Ledwell (Jenn Grant) pour immortaliser de nouvelles chansons qui reflètent l'évolution constante du projet. Ces dix chansons marquent le premier album complet du groupe sous sa forme actuelle.

« Au départ, Quiet Parade c'est moi, » souligne Murphy. « J'invitais des gens à jouer avec moi. En 2013, je me suis entouré d'un véritable groupe, puis on s'est mis à prendre des décisions ensemble. »

Un maxi paru en 2013, Old Haunts, introduit cette nouvelle formation composée du guitariste Jay Methot, du bassiste Anthony Phillips, de la claviériste Julia Weir et du batteur Josh Pothier, aujourd'hui établi à Toronto.

« Ce maxi fut notre module de formation. Ça m'a permis de me concentrer à faire travailler tout le monde ensemble, comme un vrai groupe. »

Selon Murphy, si le nouveau disque porte le nom du groupe, c'est pour célébrer cet accomplissement.

« J'ai toujours voulu que Quiet Parade soit sa propre entité. Selon moi, c'est la première fois que c'est sérieux. »

Pochette de l'album Quiet Parade: un fondu flou et abstrait

Quiet Parade - Crédit Photo Scott BlackBurn

Cette nouvelle chimie ouvre des portes au groupe sur scène et sur disque, mais elle bouleverse les habitudes d'écriture de Murphy, dont la plume s'est faite plus discrète avant d'entamer l'écriture du disque homonyme.

« J'étais prolifique, puis je me suis mis à douter. On ne travaillait pas de nouvelles chansons parce que je n'en avais pas. »

Le processus s'est enclenché lorsque Murphy a ouvert la porte aux contributions des autres membres du groupe.

« J'arrivais aux pratiques avec deux couplets et quelqu'un d'autre avait une idée pour compléter cette chanson, ça m'inspirait à écrire d'autres paroles ou d'autres sections. Ça m'a forcé à trouver une nouvelle manière d'écrire des chansons. »

Parole de Murphy

À l'écrit, les séances d'écritures furent solitaires; Murphy signe les textes du groupe. Seul Ledwell, le réalisateur, a eu son mot à dire sur les paroles.

« Tu ne veux pas voir un groupe comme Quiet Parade en spectacle et douter de l'authenticité des textes. J'essaie d'écrire à la première personne, tout en gardant une ouverture pour permettre aux gens de se reconnaître dans mes textes. »

Le résultat offre de solides chansons folk rock dans la tradition indé canadienne. Selon Murphy, un vétéran de la scène locale haligonienne, le disque met en vedette certaines de ses meilleures compositions.

« J'ai atteint plusieurs niveaux de fierté sur le disque. Si tu compares l'évolution de Quiet Parade de Please Come Home en 2011, jusqu'au disque homonyme, c'est le jour et la nuit, parce que tout le travail et notre bagage sont mis en musique. »

Cette maturité s'explique en partie grâce à une relation privilégiée que partage Murphy avec Daniel Ledwell. Il s'agit d'une troisième collaboration consécutive entre les deux musiciens.

« En travaillant les chansons, j'anticipais ses réactions. Je me disais toujours What would Dan do? » souligne Murphy en riant.

Si Murphy affiche ouvertement la place de confrères locaux comme Andrew Sisk (Share), AA Wallace ou Brian Borcherdt comme influences, Quiet Parade s'est plutôt tourné vers The War on Drugs et Boy & Bear comme inspirations sur l’album.

« On n’a pas écrit des chansons qui sonnaient comme ça, mais on écoutait les détails des guitares et on s'en est inspirés. Ce fut un bon processus pour nous mettre tous sur la même longueur d'onde. »

Mon Acadie

Au printemps, Quiet Parade a participé au projet Régénération Musicale, une compilation qui reliait un artiste émergent de l'Acadie de la Nouvelle-Écosse à une chanson traditionnelle.

« J'ai eu une relation assez difficile, mais aussi libératrice avec mon retour au monde francophone, » affirme Murphy.

Le groupe a repris Partons la mer est belle. Pour Murphy, ce fut l'occasion de tenter l'expérience Quiet Parade en français tout en renouant avec la langue française.

« Musicalement, c'est Quiet Parade à son essence même. »

Les quatre membres du groupe assis sur des chaises  dans une salle

Quiet Parade - Crédit Photo Dean Casavechia

Murphy cite plusieurs raisons l'ayant poussé à renouer avec la langue française. Au quotidien, il s'est mis à travailler en Français dans le cadre de projets au sein d'une boîte de communications. De plus, un coup de fil hebdomadaire à sa grand-mère et l'émergence d'artistes acadiens lui ont donné confiance en ses moyens.

« Tu sais, ce sentiment-là dans ton ventre, quand tu ne te sens pas confiant dans une langue, c'est la pire chose. C'est comme ça pour les jeunes des communautés francophones minoritaires. »

L'hiver prochain, Quiet Parade souhaite traduire quelques chansons du disque afin d'enregistrer un EP en Français.

« C'est une façon pour moi de faire partie de la culture acadienne, mais d'une manière avec laquelle je peux participer. »

Quiet Parade, dans les bacs le 18 septembre via Acadian Embassy.