Le printemps du beat canadien

A Tribe Called Red et Lunice qui enchaînent les spectacles partout sur la planète, Tommy Kruise qui se fait remarquer au Texas lors du festival SXSW, Kaytranada qui livre un dj set au prestigieux Boiler Room de L.A… L’engouement autour de la scène hip-hop instrumentale canadienne ne cesse de proliférer à l’échelle internationale. Retour sur cinq projets qui ont marqué ce printemps du beat canadien.

Bueller / DMT - Bueller x DMT

Pochette d'album homonyme de DMT X Bueller.

Habitué des soirées d’improvisation musicale Art Beat, le producteur montréalais Bueller se joint à son frère DMT le temps d’un EP audacieux aux horizons sonores multiples. En mélangeant trap, piu piu, soul, jazz et électro-ambiant, les deux frères laissent libre cours à leur curiosité musicale et gardent en tête que la seule chose qui n’a pas de limite, c’est l’expérimentation. Le tout est intégré dans un univers minimaliste où chaque couche sonore se laisse découvrir au fil des écoutes.

Nyiam – Chronic Soul

Pochette d'album "Chronic Soul" de Nyiam.

Natif de Mississauga, Nyiam roule sa bosse depuis quelques années avec un hip-hop très inspiré de la décennie précédente (Mad Lib et les Neptunes sont d’ailleurs les deux influences qu’il cite). Totalement instrumental, le projet Chronic Soul représente un pas en avant dans la carrière du producteur et rappeur de 23 ans. En avant-plan, les échantillonnages soul 60s sont habilement découpés et intégrés à des rythmes linéaires qui ont du muscle. Les 13 chansons forment un tout homogène, à mille lieues des tangentes trap actuelles trop souvent empruntées sans effort.

Da-P – Enigmatic

Pochette d'album "Enigmatic" de Da-P.

Après Kaytranada et High-Klassified, Da-P pourrait très bien être la prochaine révélation du très talentueux collectif Alaiz, installé à Montréal et ses rives. Son troisième projet en moins d’un an Enigmatic impressionne par sa force de frappe. Les rythmes lents et pesants forment un harmonieux contraste avec les mélodies satinées, parfois influencées du r&b des années 90. Plus doux sur « Elevator Music » et « Sunset Ride », Da-P sait se faire un peu plus mordant, notamment sur l’hommage aux trames sonores de jeux vidéo violents « Mortal Instinct ».

A Tribe Called Red – Nation II Nation

Pochette d'album "Nation 2 Nation" du groupe A Tribe Called Red.

Peu d’artistes ont réussi l’exploit, après un seul album, d’avoir un son unique et reconnaissable aux premiers instants. C’est le cas d’A Tribe Called Red qui nous renvoie son électro pow wow au visage avec encore plus de vigueur sur Nation II Nation. Exit les expérimentations cacophoniques qui ponctuaient ses projets précédents, le trio originaire d’Ottawa mise sur la même recette à chaque chanson : des percussions impulsives et des chants autochtones répétitifs agrémentés parcimonieusement de mélodies trance, et lancés avec précision sur des rythmiques hip-hop parfois dubstep. Résultat : une euphorie épique qui fera bientôt danser l’ensemble de la planète.

Kaytranada – Kaytra Todo

Pochette d'album "Kaytra Todo" de Kaytranada.

Le lavallois Kaytranada cumule mini-albums, collaborations et remix depuis 2010. Avec Kaytra Todo, paru sous l’étiquette électronique de Los Angeles HW&W Recordings, il présente son projet le plus abouti à ce jour. Sans redondance ni délires expérimentaux, le maxi est un bijou de concision qui s’inspire des sonorités actuelles du hip-hop américain sans jamais les copier. Les tempos lents et les basses pesantes sont au rendez-vous, mais Kaytranada les incorpore dans une structure progressive et dynamique. Sur « All We Do », seule collaboration vocale (avec le chanteur de Detroit JMSN), Kaytranada explore le r&b d’une façon minimaliste et prouve qu’il peut aspirer à un rayonnement international à la hauteur de son talent.