Les Marinellis : Perdre ses culottes, garder ses cheveux

Photo de presse du groupe Les Marinellis

Parce que c'est un point de rencontre pivotant et avisé (estaminet fleuron du boum garage du milieu des années 2000, le groupe y a joué maintes fois, Cedric y travaille, c'est à côté de chez nous), je rencontre les Marinellis à L'Esco, à quelques jours de leur départ pour une deuxième tournée européenne, et à la veille de la parution de leur deuxième (itou) album — un jeudi, « parce que Benoit (Gromko, bassiste) a décidé ça, il trouvait que ça faisait un bon nombre de jours avant qu'on parte en Europe ». L’affranchissement DIY, quand il nous tient. Fuck ça sortir un album un mardi.

DIY, oui, mais appuyé par – et paraissant sous – deux plutôt sympas labels, les Allemands de P.Trash (pour le vinyle) et les attachants Californiens de Burger Records (pour la cassette et le CD), dont ils sont les premiers artistes francophones. Belle brochette de bien entourés de comment ont-ils fait pour en arriver là. Du fil en aiguille.

Après un premier 45 tours paru en 2009 sous le louable label garage torontois Telephone Explosion parce que l’ami Ysael Pépin (bassiste des Demon’s Claws et de Chocolat) connaissait le gars, le groupe a contacté le très canadophile label allemand P.Trash encore parce qu’Ysael connaissait le gars, qui leur a répondu :

-          On a entendu votre 45 tours, on sort l’album.

-          Ouin mais vous voulez pas entendre les tounes avant?

-          Non on a aimé le 45 tours on est sûr que le disque va être bon.

 

P.Trash était donc déjà sur le coup pour ce deuxième, et les gars caressaient aussi le projet de s’associer à Burger Records, étiquette de plus en plus populaire grâce à ses nombreuses rééditions d’albums garage récents ou cultes en format cassette. Cette fois-ci c’est l’amie Allie Hanlon du quatuor garage ottavien Peach Kelli Pop (signé sous Burger) qui leur a recommandé d’envoyer un joli paquet bien décoré au label. Ce qu’ils ont fait (un beau dessin de hambourgeois), et qui les a amenés à être le groupe local en première partie de la tournée Burgerama lorsqu’icelle s’est arrêtée à Montréal l’automne dernier (avec Growlers, Cosmonauts, Gap Dream et together PANGEA), où ils ont finalement rencontré les philanthropes messieurs Burger, pour conclure à une édition cassette et licence CD dudit deuxième à venir (lesdits messieurs Burger ne comprenaient rien à la langue belle, mais, hommes avisés et ouverts à l’ouverture, trouvaient ça ben exotique). « Avant la nouvelle, on se disait "Heille si jamais on se fait signer sous Burger on se paie une grosse bouffe"  pis finalement on est restés chacun chez nous ». L’heure et l’instant à la bonne place au bon moment, fruit de zeitgeist, c’est avec des burgers qu’on fait des bourgeons.

CEDRIC : Le Kid & les Marinelli’s, le premier album, c’était un ramassis de démos qu’on avait faits avec plusieurs personnes différentes de 2008 à 2011, fallu repasser toutes les tracks dans des bobines pour uniformiser le son. Pour Les Marinellis, le deuxième (on note que le groupe compte deux albums homonymes différents à son actif, rapport qu’il a changé de nom entre temps – malin), on a enregistré la moitié des tounes au Converse Studio à Brooklyn, pis le reste au Studio Beatbox avec Ryan Battistuzzi.

BRBR : C’est quoi, le Converse Studio, comment vous vous êtes ramassés là?

CEDRIC : Nos amis de UBT l’avaient fait, fallait juste s’inscrire sur le site de Converse, l’enregistrement était gratuit, pis en plus ils te donnaient des shoes.

JF (plutôt effacé depuis le début de l’entrevue, mais présent tout de même) : La seule affaire, c’est qu’on pensait que c’était à Montréal…

CEDRIC : … pis c’était à Brooklyn. Fait qu’on a pris une couple de jours de congé de plus. On était censés faire 2 tounes, on en a clanché 5.

JF : Gros studio, y avait un gars qui branchait mes fils de guitare dans les amplis à ma place.

À travers quelques rotations de personnel afin d’avoir cinq membres totalement impliqués (Luc Brien des Breastfeeders était de l’aventure au début, mais plus depuis deux ans), le groupe a défini son son (bis), évolué en calquant moins les genres passés qui lui ont valu des comparaisons avec Jacques Dutronc et Antoine, pour aller vers une facture flower-punk garage plus actuelle, entre l’énergie des inévitables Black Lips et la facette slacker psych nasillarde des Growlers. Une énergie plus conforme à celle de leurs shows, itou, d’une dissipation appropriée.

BRBR : Tu te ramasses souvent en bobettes pendant vos concerts. Tes moments de gloire?

CEDRIC : Une fois je me suis rentré une carotte dans le cul pis je m’étais dessiné des yeux sur les fesses, pour faire comme un visage. Je me suis déjà trempé les gosses dans le pichet de bière des Prostiputes. Une autre fois y a eu une fille qui trouvait ça ben hot que je me mette en bobettes pis en chest, elle a fait pareil pis j’ai comme sifflé entre ses fesses. Pis récemment je me suis sorti la graine pis [notre nouveau guitariste] Alexis a craché dessus, ça c’était weird.

Les gars reviennent de leur deuxième tournée européenne, 24 concerts en 30 jours, chacun dans une salle qu’ils n’ont pas visitée l’année dernière lors de leur premier passage, France, Espagne, Italie, Allemagne, Hollande, Belgique, et même un show avec King Khan en Suisse. Pis pas de ticket de vitesse (idéalement – leur rêve). Suivront 4 shows en sol québécois, et, grâce au petit rayonnement au sud de la frontière que leur offre Burger Records, quelques autres en sol américain, éventuellement - « mais, avec la quantité d’albums qu’ils sortent, Burger sont trop occupés pour nous aider avec le booking et la promo, fait qu’on s’arrange avec les contacts qu’on a. Ça a pas rapport, ils ont plus de 500 sorties cataloguées depuis 2007 ».

Pis, déjà, au courant de l’été, le plan est de recommencer à tracker des nouvelles tounes, avec l’objectif d’un troisième album pour mars prochain. Avec un tierce changement de nom, ça, on sait pas : « On est passés de Le Kid et les Marinelli’s à Les Marinellis pour marquer le changement de son du band, pis aussi parce que je commence à perdre mes cheveux : je suis plus un kid ».