L'expérience Les Jeunes d'Asteure

Rémi Belliveau, chanteur du groupe Les Jeunes d'Asteure, donne rendez-vous à BRBR dans un café du centre-ville de Moncton. La veille, Pascal Lejeune et Les Hôtesses d'Hilaire clôturaient le festival de film de la région avec un concert où Raymond Savoie, légende de la chanson acadienne, a effectué une apparition spéciale.

Photo de couverture : Les Jeunes d'Asteure - Photo : Jim Dupuis.

« Tu savais que Les Jeunes d'Asteure est né le 15 août 2012, à un spectacle de Raymond Savoie à Bouctouche ? » me demande Rémi.

« Ça inque adonné cette journée-là qu'on s'en allait, moi pis les deux guitaristes [NDLR : Jason LeBlanc et Patrick Belliveau], pis on s'est dit qu'on allait se starter une band. »

À leur retour à Moncton, le trio a lâché un message texte au batteur Martin Goguen.

« On a endé up chez Jason, pis Rémi Frenette (bassiste) vivait là dans ce temps-là. On a commencé à jammer pour le fun. Rémi est sorti en boxers à moitié hangé pis y'a juste joué de la bass pis c'était fini-là. Lisa LeBlanc jouait cette soirée-là à la première édition d'Acadie Rock pis on se disait entre nous autres qu'on allait être sur ce stage-là l'année prochaine », souligne-t-il en riant.

Jeunesse d'aujourd'hui

Grâce à leur nom, Les Jeunes d'Asteure [NDLR : asteure = aujourd'hui] possède un caractère d'actualité, mais en vieillissant, celui-ci risque-t-il de se faire éphémère un jour ?
« On n’a pas songé longtemps à ce nom-là, mais oui, à moment donné on va être vieux pis ça va être stupid. »

Après une vitrine lors de la dernière édition de la FrancoFête, certains délégués européens ont précisé au groupe que leur nom ressemblait plutôt à celui d'une chorale que celui d'un groupe rock. Belliveau ne s'en cache pas; comme patronyme, Les Jeunes d'Asteure n'a jamais fait l'unanimité au sein du quintette.

« Je lisais un livre sur la musique garage des années 1960. Y'a tout un paragraphe sur comment nommer des bands. Là-dedans y'a un quote de Jimmy Page sur The Yardbirds pis y nommait tous les noms qu'ils ont essayé, mais son point était que c'est ta responsabilité de rendre ton nom cool. À la base, The Beatles c'est quétaine en tabarnak pis The Beach Boys c'est pas ben meilleur, mais c'est des bands badass. Nous autres, si on se donne le défi de faire de la bonne musique, Les Jeunes d'Asteure ça peut être vraiment badass. »

Parlons-en du caractère badass. Le groupe livre cette année Paradis, possiblement, son premier album complet, réparti en cinq chansons, armé d'un travail conceptuel multi-disciplinaire, qui allie la musique, à la poésie et aux arts visuels. 

« C'est de l'anti-radio. On a pas de hooks ou de chorus. »

Pochette de "Paradis, possiblement."

Pochette de Paradis, possiblement.

Les Jeunes d'Asteure live à Pompéi

Musicalement, le groupe évoque les années glorieuses du space rock, tels que mis en évidence par certains clins d’œil à Pink Floyd. D'ailleurs, à l'occasion du lancement du disque à Moncton, Les Jeunes d'Asteure ont fait appel à un gong, à la manière du groupe britannique lors de son légendaire concert à Pompéi.

« Moi je n’entends pas ça tant que ça, mais le album cover est totally Pink Floyd influenced, par le travail de Storm Thorgerson. Ma pochette préférée of all time c'est Atom Heart Mother. Ce que j'aime, c'est la simplicité, le fait qu'il n'y a pas de texte et la saturation de l'image. Le film qu'ils ont utilisé pour la photo le rend un oeuvre d'art automatically. »

Les Jeunes d'Asteure pendant le lancement de "Paradis, possiblement."

Les Jeunes d'Asteure pendant le lancement de Paradis, possiblement - Photo : Jim Dupuis

La ligne demeure mince entre la nostalgie et l'hommage à une autre époque musicale. Selon Belliveau, l'utilisation de cette esthétique demeure une décision informée par son travail d'artiste visuel, mais également son amour des albums concepts des années 1960.

« Pour notre album, je voulais utiliser tous les party tricks que j'avais dans mon sac. »

Cette tension entre le neuf et le vieux se reflète également dans les textes de Paradis, possiblement. Sur Ainsi, Esclaves, Belliveau va à contre-courant en évoquant les heures de gloire de la scène culturelle acadienne; « Night and day gone à bégayer about les grands noms du passé, toujours en chialant su z'eux (sic) du présent, but parle-moi du futur j'dis non. »

« C'est un auto-portrait de ma relation avec Marc Chamberlain, le poète qui signe la préface du disque. Nous deux, on vire des brosses de débauche pis on se plaint. On trouvait que la littérature acadienne était tellement plate et stagnante, pis que y'avait certains auteurs qu'on pouvait juste pas digérer. »

Leonard Jones et le Renard

Le caractère unique de la poésie des textes de Belliveau va au-delà de son influence régionale. Celui-ci préfère construire ses textes pour la sonorité d'un mot avant son contenu.

« Ça génère une poésie non intentionnelle. »

Grâce à cela, Belliveau sort avec certaines images uniques, comme en témoignent les flashs qui habitent au long de Goupil Jones.

« J'ai assisté à une conférence d'Antonine Maillet où elle parlait du goupil qui est un vieux mot de français pour renard. Pour elle, cet animal-là représentait bien l'Acadien persistant. »

En plus d'offrir un clin d’œil aux manifestations étudiantes des années 1960 et à Leonard Jones, le maire de Moncton à l'époque, ce titre adapte une fable de La Fontaine, où le maître corbeau tient en son bec un naufrage.

« J'trouvais que fromage était une image plate, mais que naufrage allait bien avec une crise. »

Autre élément clé au long de Paradis, possiblement, la présence de Donna, un personnage féminin. Si cette dernière ne dévoile pas de réponses aux pistes laissées derrières par Les Jeunes d'Asteure, elle sert de condensé à la démarche du groupe.

« J'peux pas composer les paroles avant que les musiques soient finies parce que c'est tellement volatile jusqu'à l'enregistrement. En pensant à cette dynamique-là, j'ai vu le potentiel de revenir sur des idées. À moment donné, j'ai décidé de tout prendre les personnages féminins pis les canaliser dedans une image qui est Donna et qui reste ambiguë. »

Belliveau ne s'en cache pas, Les Jeunes d'Asteure évitent les conclusions.

« J'viens du monde de l'art contemporain et j'ai été formé comme artiste visuel. J'suis vraiment habitué à challenger mes spectateurs. Je n’ai jamais de réponses dans ce que je présente et je suis habitué à cette dynamique-là où l'artiste amène un setup pis le spectateur vient l'expériencer. »

Paradis, possiblement disponible... asteure.