Long Jeu de KNLO : 14 chansons, 14 récits

À quelques jours de la sortie de Long Jeu, son (très attendu) premier album solo, KNLO nous fait l’honneur de nous présenter chacune de ses 14 nouvelles chansons.

Photo de couverture : KNLO. Crédit : Laurence Dauphinais.

L’arbre (Intro)

First of all, les paroles, c’est quand même deep. C’est une chanson inspirée par les dernières paroles que mon grand-père m’a dites, une fois sur son lit de mort. Il me racontait qu’il y a longtemps, à l’école, son institutrice lui avait donné un devoir à faire. Il avait pas eu le temps de le faire, donc il lui avait remis un papier sur lequel il avait marqué « l’arbre tombe toujours du côté qui penche ». Mon grand-père est mort depuis plus de 10 ans, mais ces paroles-là m’ont toujours stické en tête, surtout à la fin de ma vingtaine, quand je traversais des périodes un peu depress. Maintenant, je vois cette phrase-là comme une leçon de vie, quelque chose qui veut dire « ce que tu fais, c’est ce que tu deviens ».

Soleil

C’est la première chanson que j’ai écrite de l’album. C’est un peu une façon de critiquer l’attente constante du chèque de paie. Selon moi, le work doit être intrinsèque. C’est une notion qui est plus connue dans le monde oriental, mais en gros, c’est la philosophie de voir le travail comme quelque chose d’antérieur à la notion de gain. Pour l’instant, le rap me paie pas, mais je suis dévoué à la tâche.

Musicalement, j’ai utilisé un sample de jazz brésilien, comme c’est le cas sur beaucoup d’autres chansons. Je suis un fan fini de musique brésilienne, cause they have the knowledge.

Merci (avec Eman)

On parle de la réalité d’être des adult rappers. Pour vrai, le grind est réel… Dans nos sphères familiales, on est souvent considérés comme des parvenus. Quand on est jeunes, on fuck around avec le rap, mais peu à peu, ça devient ça, nos vies. Ça amène des petits ricochets rigolos au quotidien, mais généralement, c’est pas facile.

@L’église

C’est le récit de mon éducation à l’église. Ça parle de mon parcours, mais c’est aussi une réflexion sur les nombreuses références ecclésiastiques qu’on retrouve dans le monde d’aujourd’hui. L’univers est actuellement une église à ciel ouvert. Elle se transmet de différentes façons, autant par fibres optiques que par satellite.

Justeçayinque

Ça faisait longtemps que je voulais faire un track hyphy, so I did it. Le track parle de l’éternelle insatisfaction de l’humain et du fait qu’on n’est jamais rassasiés. En contrepartie, je remets en perspective la valeur du travail d’équipe.

B.B.T.I.C. (avec Robert Nelson)

Ça, c’était une bonne murge ! Robert et moi, on avait vraiment juste un gros chilling et on s’est mis à rapper. On s’amuse à comparer le comportement d’un bébé à celui d’un gars saoul ou gelé dans un club. Dans les deux cas, il n'y a aucune retenue : les clubs sont des garderies pour adultes.

Coquillages (avec Caro Dupont)

Le coquillage, c’est la richesse, et le gaz, c’est l’énergie qu’on a pour en produire. C’est à peu près le même topic que Soleil, dans le sens que je continue à dire que le travail doit être intrinsèque à lui-même. Par la bande, je fais des liens avec mon milieu d’origine. J’ai beaucoup d’amis d’adolescence qui ont choisi des chemins différents du mien... Quand je regarde le portrait général de mon ancien milieu, c’est pas super nice.

Oui allô / Oui (suite)

C’est deux chansons qui vont ensemble, vu que c’est le même sujet. Plus spécifiquement, c’est l’apologie du plaisir sexuel en relation de couple. La première a des paroles plus explicites, et la deuxième, c’est plus la musique qui suggère le vibe sexuel. La musique est plus lente et chaleureuse.

Ville-Marie (avec Lou Phelps)

Je suis particulièrement fier de celle-là. Le plus nice, c’est que j’allais demander à Lou Phelps d’écrire de quoi en français, mais c’est lui-même qui a pris l’initiative de le faire. Je suis très honoré d’avoir son premier verse ever en français sur mon album.

Dans ma partie, je parle d’un mince, aka moi, qui se sort de son struggle en multipliant les jobines de construction dans un monde où l’immobilier est complètement absurde. Autrement, le portrait que je fais de la ville est assez sombre. Plus que jamais, je refuse de croire la croyance populaire qui dit que la misère est ailleurs. En ce moment, j’habite coin Sicard et Sainte-Catherine, et l’été quand je vais au dépanneur, je croise environ 50% de gens sur le crack. Je trouve ça bon de voir et de côtoyer ce milieu-là, mais tranquillement, je prépare ma prochaine destination.

KNLO se tient souriant sous un arbre, lunettes de soleil sur les yeux. Photo prise en contre-plongée.

KNLO - Crédit : Laurence Dauphinais.

Avenue

Dans les deux ou trois dernières années, il y a beaucoup de mes amis d'enfance qui ont vécu des événements tragiques : suicide, overdose, désintox, prison... Cette chanson-là, je l'ai écrite pour eux, et particulièrement pour ceux qui font du temps derrière les barreaux. Je suis particulièrement content d'avoir gardé le contenu des paroles crypté. Ça veut dire quelque chose pour les gens qui ont à comprendre. Le reste, je m'en fous.

Tabac indien

C'est un clin d’œil à ce qui se passe sur les chantiers publics. À chaque fois ou presque que j'y travaillais, y avait toujours un mince qui débarquait à job avec un stack d'indiennes. Je trouvais ça drôle de reparler de contrebande de cigarettes, alors que le phénomène est clairement en diminution. C'est la façon que j'ai trouvée pour sauver les résidus de l'ancien monde.

Mai (Ayayaye) (avec Jam)

Ça, c'est directement relié à mes games de basket avec Jam au Parc Maisonneuve. Une fois en particulier, je lui ai bumpé le beat que je venais de faire et il m'a lancé un« ayayaye ». J'ai voulu saisir le moment, alors on a chillé et on a enregistré ce track-là. Je me rappelle que c'était le 13 mai, pas trop loin de ma fête. On était vraiment pimpants à l'arrivée du printemps.

Baba

C'est inspiré d'une phrase que ma mère m'a dite : « Au sein de la famille, il est bon d’entretenir les liens comme on entretient une piste d’atterrissage sur laquelle chacun peut se poser en cas d’intempéries ». Quand elle m'avait share ça la première fois, ça me touchait pas, mais récemment, ça m'a strike comme l'éclair. Je l'ai donc invitée en studio pour qu'elle vienne l’enregistrer. Côté musical, je voulais vraiment que l'album finisse comme il commence, avec la même mélodie. Quand tu l'écoutes en repeat, il finit jamais. La boucle est infinie.

Long Jeu - En magasin et en ligne le 21 octobre.

Lancement à Québec (Le Cercle) le 19 octobre et à Montréal (La Vitrola) le 20 octobre.