Mike Shabb : l'ambition du self-made-man

Sur le point de faire paraître un premier album entièrement autoproduit, Mike Shabb est aussi confiant qu’enthousiaste. À 19 ans, il est sans aucun doute l’une des étoiles montantes de la scène rap montréalaise.

Photo de couverture : Mike Shabb. Crédit : MOB Photography.

Il y a deux ans, Shabb a frappé fort avec 6 Billion, chanson qui cumule désormais plus de 35 000 écoutes sur sa page Soundcloud. Humble, il admet que la pièce n’aurait pas eu le même rayonnement sans l’apport du rappeur nord-carolinien Na$ty. « Il a repost ma toune out of nowhere sur sa page, et j’ai eu 10 000 views en une semaine. Avant ça, j’avais genre 900 plays en huit mois », admet-il en riant.

Archétype du rappeur de sa génération, Shabb voit le succès comme une succession de chiffres, de vues, d’écoutes, de plays. Ambitieux, le Montréalais a su, pour l’instant, profiter à bon escient de cet engouement précipité. En avril dernier, sa première mixtape Sewaside a dépassé le cap des 10 000 écoutes, rappelle-t-il. « Ça, j’en suis particulièrement content, car c’est seulement le résultat de mon fanbase. C’est quelque chose qui me motive encore plus », explique le rappeur, fasciné par le concept du self-made man.

Loin du fac-similé trap qui engorge la production rap nord-américaine depuis trop longtemps, cette mixtape reconnectait avec les rouages du hip-hop new-yorkais des années 1990, empruntant la voie des rythmes percutants et des échantillons bruts aux repères soul et funk. « Mon père est un grand fan de hip-hop old school », précise-t-il, quand on lui demande la raison de ce choix esthétique. « J’ai grandi sur du Wu-Tang, du Biggie, du Das EFX, du Redman. Tout le old school cast de la East Coast, principalement de New York, c’est ça qui venait me chercher. Je rappais leurs chansons par cœur quand j’étais tout jeune. »

Hip-hop et weed*

C’est sans doute pour cette raison qu’au milieu de l’adolescence, Shabb a eu un coup de foudre pour Joey Badass, artiste emblématique du renouveau hip-hop new-yorkais qui a culminé entre 2012 et 2015 : « Ça a complètement blow mon mind quand j’ai entendu ça pour la première fois. Il réussissait à ramener le son old school à la mode et à redonner à New-York ses lettres de noblesse. Dans ma tête, je me disais que, si ce gars-là pouvait être famous à 17 ans, moi aussi, je le pouvais. »

Troquant le ballon de basket contre le micro, le rappeur a alors abandonné pour de bon son rêve d’entrer dans la NBA, découvrant au passage une substance qui, pour le meilleur et pour le pire, allait changer le cours de son existence. « J’ai commencé à fumer du weed. Ça m’a fait déraper de façon scolaire, mais ça m’a fait découvrir ce que j’aime dans la vie, soit la musique, explique-t-il. Sans le weed, je pense même pas que je ferais de rap. Contrairement à bien d’autres, ça me rend pas vedge, ça active mon cerveau. »

Dans les derniers mois, les opportunités et les défis se sont succédés davantage pour le rappeur. Celui qui a partagé son temps entre Magog et Montréal durant toute son enfance et son adolescence (garde partagée oblige) a finalement fait le choix de s’établir dans la métropole :
« Dès que j’ai eu 18, j’ai pris mes affaires et j’ai pogné un appart ici. En neuf mois, j’ai jamais autant grind vite en terme de succès. Aussi, je me sens beaucoup plus intégré à la scène rap locale. Je passe du temps avec des gars que j’admire comme VNCE Carter (Dead Obies) et Husser (The Posterz). J’apprends énormément d’eux. »

Inspiré par ses rencontres et sa ville, il finalise actuellement son premier album solo. Préférant travailler de nuit sur ses beats, il développe une approche bien à lui, qui consiste à mélanger la vieille et la nouvelle école : « Je continue de faire des beats boom bap, en samplant du blues, du jazz, en courant les shops de vinyles, en cherchant des sons sur Youtube… Je fais encore ça, mais je l’incorpore à un son new school. Ce qui ressemble le plus à ce que je fais, c’est peut-être les prods de Maxo Kream avec le gros snare et les basses distorsionnées. »

Photo du rappeur/producteur Shabb sur scène au micro, prise en contre-plongée.

Shabb - Crédit DJA.

Influence hochelagaise

Pour ce qui est des paroles, Shabb est également un oiseau de nuit : « Pour m’inspirer, je sors marcher le soir dans mon quartier à Hochelaga. Je check autour de moi ce qui se passe, autant les graffitis que les gens qui quêtent du cash ou le monde trop séquelle gelé sur le crack. C’est là que je remarque que, contrairement à Magog, la pauvreté, elle est partout ici. »

Paradoxalement, le rappeur aime bien la tranquillité que lui apporte plus souvent qu’autrement son nouveau quartier. « À Magog, les policiers me prenaient pour une menace et m’arrêtaient parfois quand je marchais. Je me sentais vraiment pas à ma place, se souvient-il. Ici, c’est le contraire, je me fonds dans le décor. J’rentre dans un McDo, par exemple, et y a personne qui me check avec des gros yeux. »

Sans doute qu’il se sentira autant à sa place – sinon plus – à sa prochaine destination. Désirant faire sa place à Montréal pendant quelques années encore, Mike Shabb caresse le rêve d’aller aux États-Unis dans un futur proche. « D’ici cinq ans, mon but, c’est d’habiter là-bas, dit-il, convaincu. C’est pas parce qu’aucun rappeur anglo du Québec a vraiment blow up aux States que moi, je pourrai pas le faire. »

*Les propos rapportés dans cet article reflètent les opinions de l'artiste mis en vedette et non celles de BRBR, ndlr.