Ponteix à Big Fun avec Micah Visser, Slow Spirit, Joanne Pollock, et Mulligrub

Le Festival Big Fun est une version winnipegoise de Pop Montreal, Sled Island, ou NXNE. Ce festival de musique hivernal, qui prend place à divers lieux au centre-ville de Winnipeg, combine deux éléments qui font partie intégrale de notre identité ici au Manitoba : nos hivers glaciaux avec notre riche communauté artistique. À la fin du mois de janvier, on est rendus tannés du froid, mais on sait qu’il nous reste encore une couple de mois de même. Big Fun est un événement qui nous donne la chance de déclarer qu’on va quand même se rassembler et s’amuser, quelle que soit la température dehors.

Photo de couverture : Ponteix à Big Fun. Crédit : Adam Kelly Photography.

Le festival présente des groupes locaux établis et émergents, ainsi qu’une sélection d’artistes venant d’à travers le Canada. Le spectacle Big Fun au Good Will Social Club vendredi dernier a mis en vedette un peu de toutes ces catégories pour une soirée étonnement diversifiée. Ponteix, formation psych-rock provenant de Saskatoon, a terminé la soirée après quatre groupes de Winnipeg.

MULLIGRUB

Le trio « pop punkish avec tendances twee » Mulligrub a commencé la soirée, et la foule est arrivée tôt pour les voir jouer. À peu près la moitié de leur set était tiré de leur album Soft Grudge, et le reste était constitué de nouvelles pièces. Les chansons de l’album sont écrites par la chanteuse du groupe, Kelly Campbell, et ce sont des morceaux plus angoissés et personnels. Au cours de la dernière année, le groupe a commencé à écrire ensemble, et ont développé un certain charme qui leur est propre, avec des hooks vraiment chouettes, des thèmes parfois humoristiques et parfois politiques, et toujours avec la sensibilité audacieuse du pop punk.

La chanteuse de Mulligrub sur la scène du Festival Big Fun.

Mulligrub à Big Fun. Crédit : Jen Doerksen.

JOANNE POLLOCK

L’artiste électro Joanne Pollock est une native de Toronto qui a (ironiquement) déménagé à Winnipeg afin poursuivre son art. Chantant seule au centre de l’estrade et se baladant de temps en temps vers sa table de boutons et faders, l’artiste/sirène a chanté des mélodies ravissantes par-dessus des rythmes qui peuvent seulement être décrits comme des robots qui font des culbutes.

SLOW SPIRIT

Il y a quelques années, dans la petite ville de Brandon au Manitoba, un groupe de musiciens instruits en jazz se sont rassemblés et ont commencé à jouer ensemble pour leurs pairs à l'université. Ils s’intéressaient à l’improvisation, mais aussi aux structures de chansons fixes, aux mélodies pop-rock, aux riffs hypnotiques. Voilà la naissance de Slow Spirit. Chacun de leurs spectacles est un peu différent du précédent, puisqu’ils laissent toujours de l'espace pour l’improvisation. Les solos soignés des guitaristes Brady Allard et Eric Roberts, les riffs de basse et la voix absurdement chill de Natalie Bohrn - impossible de ne pas se faire emporter.

Natalie Bohrn et Eric Roberts de Slow Spirit à Big Fun. Crédit : Jen Doerksen.

MICAH VISSER

Micah Visser me fait penser à Rick Astley dans le sens qu’il paraît avoir l’âge de 12 ans jusqu’à temps qu’il commence à chanter. En plus, ses chansons synth pop rappellent la musique des années 80. Micah est évidemment méticuleux et sérieusement motivé à créer de la musique pop accrocheuse et honnête. En live, le jeune groupe profite de sa disposition plutôt maladroite pour charmer son audience.

PONTEIX

C’était rafraichissant d’entendre de la musique en français à Big Fun – surtout une musique si cool et unique que celle des Fransaskois Ponteix. Ce spectacle faisait partie d’une mini-tournée vers l'est qui a plus ou moins commencé à Saskatoon la fin de semaine précédente, où ils ont joué en première partie pour Holy Fuck.

Ce n’est pas la première fois que Ponteix joue à Winnipeg, mais cette fois-ci, ils ont vraiment eu la chance de connecter avec la démographique qui les intéresse. J’ai eu la chance d’en parler avec Mario Lepage, qui mène le groupe, avant de prendre la scène :

« On voulait trouver quelque chose qui pourrait être notre niche ici à Winnipeg. On a fait la demande à Big Fun, on a croisé nos doigts. On est très chanceux de faire partie d’un spectacle avec tellement de bon bands du Manitoba. »

Ponteix sur la scène du Good Will Social Club pour le festival Big Fun.

Ponteix à Big Fun. Crédit : Adam Kelly Photography.

Comme groupe, Ponteix a une cohésion remarquable. Tous les membres jouent ensemble d’une façon intentionnelle et intense. Leur son est hypnotique, avec des coups de percussion électronique, des remous dramatiques, et plein de réverbération. Ça m’a fait penser à un Radiohead franco-canadien, à un Karkwa plus psychédélique avec des mesures irrégulières, ou encore à un Royal Canoe plus chansonnier.

La plupart des chansons qu’ils ont jouées vendredi soir étaient en français. Mario a commencé leur spectacle en annonçant à la foule majoritairement anglophone qu’ils sont un groupe francophone, mais qu’ils jouent aussi des chansons en anglais, prétendant ironiquement, « how quirky is that?! »

En fait, Ponteix se considère essentiellement bilingue – ou plutôt, c’est que le langage n’est pas ce qui définit leur musique.

« Que ce soit une foule anglophone ou francophone, on s’en fout vraiment parce qu’on est comme, people will either like it or not like it. Pour nous, la musique c’est juste universel. Le message est important, mais si on est capable d’avoir un gros poids et une grande émotion sous ce message-là, à travers la musique elle-même, c’est ça qui fait la job. »

Cette approche, genre on devrait pas devoir choisir une chose ou l’autre, on devrait juste être nous-même, fait partie de la philosophie de Ponteix.

« Ponteix, c’est le nom d’un petit village francophone en Saskatchewan qui flotte dans un océan anglophone. Alors pour moi, Ponteix ça signifie de juste garder dans ton brain-thing que tu peux être différent, peu importe où tu es dans le monde. Si tu aimes quelque chose, juste dis-le. »

Mario Lepage et Ponteix sur la scène du Good Will Social Club pour le festival Big Fun.

Ponteix à Big Fun. Crédit : Adam Kelly Photography.