Ponteix : Tous les temps

Dévoilé aux Francofolies de Montréal l’an dernier et remarqué aux dernières Francouvertes, le projet rock électro-psychédélique que le Fransaskois Mario Lepage promenait sous son propre nom depuis 2013 résonne d’un bord à l’autre du pays depuis quelques mois. BRBR a discuté avec Lepage alors qu’il était de retour à Saskatoon, entre deux branches de la tournée de promotion du premier EP de son groupe, J’orage.

Photo de couverture : Ponteix - Crédit : Matt Smith - Design : S C K U S E.

La route et le gal(l)on

« On a manqué d’essence. La première partie de la tournée, c’était 8 dates, on allait vers l’Ouest jusqu’en Colombie-Britannique, pis après le show à Victoria, on revenait d’une traite – ça prend 27 heures, pis il y a un stretch de 5 heures pendant lequel y a pas de station d’essence… CAA sont arrivés en 90 minutes, c’est pas si pire ».

À part que pendant ce même retour, quelqu’un a coupé leur van sur l’autoroute pis ça leur a fait prendre le clos [« Il s’en est jamais rendu compte, il a continué son chemin – mais il y a pas eu de dommage »], cette première moitié de cette tournée autobookée en compagnie de l’artiste électro-soul winnipégoise Rayannah a été un charme : « À chaque fois, on élargit notre réseau en rencontrant d’autres musiciens, et on essaie aussi autant que possible d’organiser des concerts bilingues, pour attirer les francophiles des endroits où on passe ».

L’idée et l’identité

Porté en plus par un récent éclat aux Francouvertes qui a précédé la parution de J’orage, Ponteix a le vent de son bord depuis le début de l’année.

C’est le fruit d’une couple d’années de travail : ayant d’abord été remarqué comme accompagnateur pour le rappeur fransaskois Shawn Jobin, Mario Lepage s’est mis à la composition sous son propre nom en 2013. De ses humbles débuts avec une loop station, une guitare et des paroles en français, il a recruté des musiciens, et, notamment grâce à des contacts établis lors de tournées avec Jobin, a commencé à donner des concerts, à se promener un peu. En 2014, son groupe et lui ont été récompensé au Chant’Ouest, ce qui leur a permis d’aller en demi-finales au  Festival international de la chanson de Granby.

Puis, en 2015, parce que Mario tenait à ce que ça représente l’idée qu’il en a et non pas sa propre personne, le projet a changé de nom, poursuivant toutefois avec les mêmes musiciens, les mêmes chansons, la même veine, la même nécessité de l’expression francophone : « On était déjà bookés aux Francofolies de Montréal en tant que Mario Lepage, fait que c’était complexe de changer de nom avant le festival; on a cependant déterminé que, sur scène, ce serait le bon moment de l’annoncer. »

Ponteix sur la scène des Francofolies. Mario Lepage est au clavier, il est accompagné de deux guitaristes et un batteur.

Ponteix aux Francofolies de Montréal en 2015 - Crédit : Jean Philippe Sansfaçons.

Le texte dans la musique

Ponteix, c’est d’abord le nom d’une bourgade fransaskoise de quelque 600 habitants, qui doit se battre pour la préservation de sa culture. Lepage aimait le nom, et la résilience qui y est associée : « C’est rester fidèle à qui tu es, dire non à l’influence ». Francophone venant lui itou de la Saskatchewan rurale (mais pas de Ponteix, notez), Lepage a depuis longtemps accepté la réalité fransaskoise, mais il bataille en sa faveur à tous les jours nonobstant, singulièrement par le noble moyen de ses chansons.

« Des fois je crains un peu qu’afficher ce combat pour la langue, ça prend le dessus sur les chansons – selon moi, le texte doit faire partie de la musique, et vice versa. L’un doit refléter l’autre. Quand je compose, je vais chantonner ou crier des mélodies vocales pour trouver l’émotion de la pièce – les paroles viennent ensuite. Je pense qu’il faut décortiquer l’émotion pour trouver le message des compositions ».

Découlant de cette démarche, Ponteix sort du lot francophone local, rejoint davantage le public anglo (d’ailleurs, à part Lepage, les membres du groupe ne parlent qu’anglais), et trouve des collègues concitoyens aux sensibilités similaires chez The Radiation Flowers, Slow Down Molasses, Close Talker et les bilingues d’Indigo Joseph et Vaero. Pis c’est cette dualité quelque peu ironique qui le motive à s’exporter.

Les étapes ailleurs

« C'est prêt depuis décembre, mais on a attendu le bon timing avant de le sortir » : paraissant après que plusieurs aient découvert la formation aux Francouvertes et avant le début des concerts d’été, J'orage est une carte de visite à trimballer pour continuer à tisser un réseau de contacts ailleurs, alors que l’écriture du premier album avance déjà.

Parce que, bien que Ponteix soit épaulé chez lui, particulièrement via le Conseil Culturel Fransaskois, Montréal l’appelle de plus en plus souvent. « Les Francouvertes, c’était nos 4ème et 5ème concerts à Montréal. Quand on a appris qu’on passait des préliminaires aux demi-finales des Francouvertes, on a décidé de rester à Montréal pendant deux semaines ».

Lepage n’est pas bâdré par le changement de paradigme : « Ce qu’on a franchi pour se faire connaître à Saskatoon, il faut le faire partout; la prochaine étape, c’est Montréal. J’ai toujours voulu habiter là anyway, j’ai une idée un peu romantique de cette ville-là c’est vrai, mais j’aime être entouré d’artistes qui me ressemblent, je m’y sens chez moi dans mon cœur et dans mon avenir ».

L’avenir, l’immédiat, est dans les routes à battre d’un bord et de l’autre de la Saskatchewan pour la tournée en compagnie de Rayannah. Après 8 dates de Lloydminster (AB) à Victoria (BC), suivra une série de deux fins de semaine entre l’Alberta et le Manitoba, avant de revenir au Québec pour le Festival de la chanson de Tadoussac. Pis tant qu’il y aura de la passion, de l’aventure pis de quoi dans la tank à essence, ça va bien aller.

Un design psychédélique aux tons roses et rouges, avec les dates de tournée écrites en blanc.

Ponteix - Affiche de la tournée canadienne avec Rayannah