Ragers : tout est possible

De Husser à James DiSalvio en passant par Lou Phelps et Diane Dufresne (!), les collaborateurs se suivent, mais ne se ressemblent pas pour Ragers. Motivé comme jamais, le trio de producteurs et multi-instrumentistes s'apprête à faire paraître Joshua, un troisième EP qui arrive moins d'un an après le mésestimé Unum

Photo de couverture : Ragers. Crédit : Yan Bleney. 

Rejoints dans un appart du quartier Hochelaga à Montréal, Jake et Phil arrivent à bien contenir leur enthousiasme. D’ici quelques semaines, le fruit des efforts qu’ils déploient depuis plus d’un an avec leur complice Jay, absent de l’entretien en raison d’une migraine, fera sans doute bien des vagues sur la scène hip-hop locale.

Prêt depuis trois mois, Joshua ne reste en fait qu’à être finalisé. « On est des studio rats, admet Jake. On aime ça rester dans notre zone, mais là, on se sent prêt à recevoir un feedback. »

« C’est drôle parce qu’en ce moment, on écoute Some Kind of Monster », poursuit Phil, référant à ce documentaire du groupe Metallica qui documente le pénible processus de création de l’album St. Anger. « Ça stimule des échanges entre nous, genre "quand est-ce qu’une track commence ?" et "quand est-ce qu’une track arrête ?" .»

De là en partie l’idée du long sursis avant la sortie. « On prend le temps de step back un peu pour réécouter et analyser. C’est sûr qu’on pourrait toujours pousser plus loin la créativité, mais faut savoir s’arrêter », ajoute son acolyte.

Loin des guitares incisives de Chapters, premier EP du trio paru en 2015, Joshua poursuit l’exploration entamée sur Unum, allant même jusqu’à sortir du cadre hip-hop pour toucher à la house. Encore une fois, la proposition organique du groupe évolue et semble moins forcée qu’elle ne pouvait l’être. « C’est plus accessible, indique Phil. C’est pur, léger, lumineux… Ça donne le goût de sourire. »

Escapade californienne

À cet effet, le lieu d’enregistrement joue pour beaucoup. En plus de ses sessions à la maison, au studio Gold Labs de Saint-Hubert, le trio s’est permis une escapade à Los Angeles à l’automne 2015 afin d’enregistrer quelques chansons, dont certaines se retrouvent sur Joshua. « On est arrivés là-bas fuckin’ motivés, et ça a adonné que le voisin de la maison qu’on avait louée sur Airbnb était un producer avec un sick studio », raconte Jake, encore enthousiaste.

« Au début, en lui parlant, on pensait qu’il disait n’importe quoi, ajoute Phil. Disons qu’à Los Angeles, c’est un peu normal de remettre en doute ce que les gens te disent. Y'a beaucoup de bullshit, et c’est pas tout le monde qui est vraiment le cousin de Jay Z. »

Durant le même périple, les trois amis ont également fait plus ample connaissance avec James Di Salvio, qu’ils avaient déjà rencontré à l’adolescence lorsqu’ils formaient le groupe Duke Squad. « On l’a croisé lors d’un barbecue du proprio du Owl Foot Studio », précise Phil, par rapport à ce studio situé à Sherman Oaks où ils avaient été faire mixer Chapters. « Sur place, on lui a montré l’un de nos clips, et ça a cliqué. Tellement qu’il nous a demandé de revenir à L.A. quelques mois plus tard pour travailler sur les chansons du nouvel album de Bran Van 3000. »

« Avec James, il y a jamais de routine, poursuit Jake. C’est toujours un journey de travailler avec lui. En quelques jours au studio, on a pu rencontrer Prodigal Sunn [NDLR : Rappeur affilié au Wu-Tang Clan], le pianiste d’Elton John et l’ancien bassiste de Michael Jackson. »

« L’ambiance était vraiment inspirante, renchérit son complice. En arrière, à l’endroit où on descendait fumer, y'avait une clôture qui menait à la maison de Future. On l’a jamais rencontré, mais je crois que ça représente bien l’état d’esprit de la ville. Tout est possible à L.A. »

Visées internationales

Venant tout juste de se doter des services d’un attaché de presse aux États-Unis, Ragers compte maintenant se donner les moyens de ses ambitions. Sans être amer de l’accueil d’Unum, le trio admet qu’il s’attendait à plus. « Le potentiel de Ragers est beaucoup plus grand que tout ce qui se passe en ce moment, croit Phil. Nous, on veut rien de moins que faire tous les festivals. On s’ajuste pour trouver la bonne façon de présenter notre musique. Par-dessus tout, il faut rester humble et continuer à avoir faim. »

S’il a réussi à soulever l’intérêt de quelques représentants de la scène rap anglophone de Montréal, notamment The Posterz, Billy Eff et Gabe ‘Nandez (maintenant installé à New York), le trio n’a pas réussi à faire sa place dans son pendant francophone. Une situation que les membres ont de plus en plus de mal à s’expliquer. « Ça peut donner l’impression qu’on n’est pas ouverts à collaborer avec des rappeurs francos, mais au contraire, on aimerait beaucoup ça, assure Phil. C’est quand même assez fucked up de constater qu’on a jamais réussi à travailler avec eux, mais qu’on a réussi à le faire avec Diane Dufresne. »

Dans le cadre d’un projet piloté par James Di Salvio à l’occasion du 375e anniversaire de Montréal, Diane Dufresne a effectivement posé sa voix sur une longue chanson composée par Ragers, qui devrait paraître sur un vinyle cet été. « James nous a appelés le 25 décembre pour nous demander si on avait le temps de créer 15 minutes de musique en 10 jours. Les seules directives qu’il nous a donné, c’est que ça devait être très théâtral et que ça devait sonner comme un purple sky », explique Jake, en  riant.

« Pour la première fois, on avait un deadline fixe, qui nous permettait juste de finir le projet, poursuit Phil. On est vraiment contents de ce que ça a donné. »

Avides de nouveaux défis, Ragers voit toutes ces collaborations comme une façon efficace de dynamiser son offre musicale. « Le featuring n’est pas obligatoire à chacune de nos chansons, mais disons que ça nous inspire beaucoup », dit Jake.

« Ça fait 15 ans qu’on travaille les trois ensemble, ajoute Phil. Parfois, c’est le fun d’emmener quelqu’un d’autre dans la pièce. »