Recap' 2012

En 2012, la scène hip-hop franco-canadienne a par-dessus tout été marquée par l’effervescence du battle rap a capella et du beat tape.

Certains artistes ont toutefois fait paraître des albums dignes de mention.

En voici le top 5.

tumblr_inline_mfarmg3HWg1rwlsdv.jpg

#5: Radio Radio – Havre de grâce

Radio Radio en a sûrement déçu plusieurs avec ce troisième album. Loin des bombes festives parues deux ans plus tôt sur Belmundo Regal, Havre de grâce propose un hip-hop plus exploratoire, tant dans les paroles que la musique. Le travail au niveau de la réalisation est colossal, signe que les rappeurs ne se sont imposés aucune limite dans la recherche de nouvelles sonorités. Pas de refrains accrocheurs (ou presque), ni de structure pop, Radio Radio navigue entre un hip-hop expérimental à la Shabazz Palaces et un retour aux sources flirtant avec la musique cajun. Le groupe a d’ailleurs enregistré une bonne partie de l’album en Louisiane, là où il a rencontré l’accordéoniste et chanteur Horace Trahan. Havre de grâce est une œuvre ardue, longue, qui – à certains égards – ressemble davantage à une ébauche qu’à un produit fini. Reste que pour le trip musical et l’audace de la démarche, Radio Radio mérite sa place ici.

tumblr_inline_mfarpkerys1rwlsdv.jpg

#4 : Monk.E et KenLo – Mektoub revisité

Sur Mektoub revisité, le compositeur Ken-Lo (Alaclair Ensemble, K6A) propose une nouvelle version soul néo-funk de l’un des albums les plus sous-estimés du hip-hop québécois: Entre Mektoub et autodestruction du rappeur montréalais Monk.E. Le tout étonne par sa saveur actuelle qui contraste avec les chansons originales, résolument old school. On redécouvre la poésie intelligente de Monk.E, qui rappe avec un ton posé et sincère. « Je défends les racines, mais j’aime le tronc de l’arbre aussi / Hip-hop jusqu’à la moelle épinière, j’ai pu peur du succès », clame-t-il sur Né au Bronx. Les textes truffés de questionnements existentiels et de remises en question de la société sont toujours aussi pertinents quatre ans plus tard et sortent du discours convenu que trop de rappeurs d’ici entretiennent.

tumblr_inline_mfartrPPmL1rwlsdv.jpg

#3 : Manu Militari – Marée humaine

Manu Militari a connu l’année la plus mouvementée de sa carrière. Trois mois avant la sortie de son troisième album, le ministre du Patrimoine canadien James Moore s’en prenait à lui à la Chambre des communes en décriant le message soi-disant terroriste du vidéoclip L’attente. Malgré l’absence notable de la chanson sur l’album, le rappeur montréalais a été à la hauteur des «attentes» sur Marée humaine qui s’inscrit dans la même lignée que son prédécesseur Crime d’honneur. Avec un flow posé, sans compromis, Manu livre des textes réfléchis aux mots qui frappent et aux schémas narratifs éclectiques, tous riches en émotions. Entre l’épopée transatlantique d’un dealer de drogue et les tristes bribes quotidiennes des clients d’un hôtel en Égypte, le rappeur nous fait voyager et laisse parler son cœur. Mais c’est quand il revient chez lui que Manu épate le plus. La dernière chanson, Je me souviens, est une relecture émouvante de l’histoire du Québec. « On m’a volé ma victoire / Craché sur c’que j’avais d’histoire / Mais je me souviens d’où je viens», rappe-t-il avec intensité.

tumblr_inline_mfas5jQ4GG1rwlsdv.jpg

#2: Alaclair Ensemble (Eman et vLooper) – E.M.M.A.N.U.E.L.

Tous les membres du collectif post-rigodon de Québec ont fait paraître un ou plusieurs projets cette année: Ogden s’est joint à Kaytranada pour Les filles du roé, KenLo a collaboré avec sa copine Cao pour le maxi La vie est un miracle, Maybe Watson a fait appel à plusieurs beatmakers pour un album de remix, Claude Bégin a réalisé le deuxième album de Karim Ouellet… Mais, c’est Eman et vLooper qui ont créé l’album le plus remarquable. E.M.M.A.N.U.E.L. ne contient peut-être que trois chansons (plus une interlude instrumentale), mais celles-ci s’inscrivent toutes dans une esthétique actuelle qui colle parfaitement au flow lent, voire nonchalant, d’Eman. Celui-ci joue aisément avec les sonorités des mots et les agence de façon très calculé sur les rythmes francs de vLooper. L’influence d’ASAP Rocky n’est jamais trop loin, notamment dans l’inclusion constante de voix graves qui marquent habilement les mesures.<a href=”http://alaclairensemble.bandcamp.com/album/e-m-m-a-n-u-e-l” data-mce-href=”http://alaclairensemble.bandcamp.com/album/e-m-m-a-n-u-e-l”>E.M.M.A.N.U.E.L. by EMAN x VLOOPER</a>

tumblr_inline_mfas85Qwyh1rwlsdv.png

#1 : Loud, Lary, Ajust – Gullywood

Comme Alaclair Ensemble l’avait fait en 2010, Loud, Lary, Ajust a conquis l’auditoire alternatif québécois, tout en gardant le respect de la communauté hip-hop underground dont il est issu. Gullywood est une ode au mode de vie «sex, drugs and rock’n’roll» sur fond de hip-hop électro teinté de synth pop et de rock des 80’s. Les références à des endroits clés de la vie nocturne montréalaise comme le Salon officiel ou la rue Saint-Laurent sont nombreuses, tout comme les clins d’œil à des personnalités fêtardes comme Xavier Caféine ou Yann Perreau. Gullywood, c’est également le côté sombre, l’envers du décor. La recherche de célébrité, la vénération du superficiel et l’usage extrême de drogues deviennent parfois synonyme de dépression. Les envies suicidaires sont d’ailleurs fortement évoquées dans la dernière chanson, À la grâce de Dieu. Futur classique du rap d’ici, ce premier effort du trio montréalais «a peut-être réinventé l’identité du rap montréalais », comme le disait Laurent K. Blais dans le journal Voir en mai dernier.