Shivering Songs 2016 : d'espoir et de bière fraîche

Pour l'auteur de ces lignes, un défi s'impose quand vient le temps de couvrir le même festival d'années en années; éviter de réécrire le même texte. Fais que oui, il fait froid dehors durant Shivering Songs pis il fait chaud en dedans pour cause de chaleur humaine et tout le reste. Maintenant que cela est réglé, l'équipe de l'événement réussit à renouveler sa programmation, facilitant ainsi le job du journaliste — merci, gang. Récit d'une fin de semaine où les plus romantiques ont réalisé que l'hiver, c'est dans tête, grâce à de la bière microbrassée locale, des amis à chaque coin de rue et d'la musique — assez pour remplir un stack de CD-R, circa 2002.

Photo : The Olympic Symphonium.

Jeudi 21 janvier

Pour sa soirée d'ouverture, Shivering Songs convie le grand Fredericton au Playhouse Theatre du centre-ville, pour un spectacle à représentation unique, rassemblant des têtes d'affiche de la scène locale, entrecoupées par une série d'invités spéciaux qui ont bénéficié des services du United Way of Central NB (NDLR: Centraide).

À la base, l'idée est simple; quelqu'un qui ne l'a pas eu facile dans la vie partage son histoire, agencé par une toune dont le thème évoque ladite histoire.

On parle donc de pauvreté, de violence conjugale, de badlucks, mais aussi de résilience pis de nouveaux départs, car être poqué n'est qu'un statut temporaire, contrairement à notre statut d'humain, comme en témoigne la nervosité des participants, éclipsée par l'attention portée envers eux.

Au niveau musical, la traite est encore plus grosse en compagnie des harmonies vocales de The Olympic Symphonium, du songwriting habile de Andrew Sisk, du blues urbain de Keith Hallett et de la joyeuse naïveté attendrissante de Michael Feuerstack. Ce soir, Fredericton brille d'espoir. Les organisateurs ont réussi leur coup.

C'est avec le cœur gros comme le centre ville au grand complet que commence la marche vers le Capital Complex, pour le spectacle de fin de soirée, où le héros local du country Josh Bravener présente des reprises de classique du twang entouré de musiciens locaux. L'engouement du public envers le festival est à son plus fort; il y a un line-up devant le bar avant d'entrer. Le temps de patienter en compagnie d'une Winter Warmer de Picaroons et on entre à temps pour attraper les reprises menées par Penelope Stevens (Motherhood), saluer la foule su'l party et aller se coucher pour se recrinquer pour le lendemain, car un lendemain il y aura.

Vendredi 22 janvier

Andrew Sisk assis sur scène.

Andrew Sisk.

Comme la prévisibilité des jokes plates, lendemain il y a, mais celui-ci n'a rien des dites jokes, car au Charlotte Street Arts Center, Andrew Sisk fait son retour dans la région. Néo-brunswickois d'origine, mais établi à Montréal, le barbu aimable chante des tounes sur sa vie de famille, qu'il s'agisse de sa relation avec son fils ou de celle avec la famille dont il descend. La salle est pleine et dévoue chaque instant à Sisk.

Michael Feuerstack, debout sur scène dans une église

Michael Feuerstack

À l'Église Wilmot, Michael Feuerstack livre du matériel issu de l'excellent The Forgettable Truth. Un thème s'impose au festival; l'espoir, car comme le chante Feuerstack, « The end of something good is the start of something better ». Dommage que ses nouvelles chansons se démarquent grâce à leur livraison plutôt brouillonne.

La première révélation du festival a pour nom Shane Koyczan, sympathique barbu originaire de la Colombie-Britannique, qui donne dans la poésie racontée à la première personne. La performance de Koyczan s'inscrit tel un recueil bouillon de poulet pour l'âme du jeune adulte qui en a vu d'autre, pis qui sait que la vie est belle. La collègue journaliste Julia Wright le compare au rappeur américain Sage Francis, avec raison, tant Koyczan s'approprie sa sensibilité écorchée par son vécu. Les mots justes résonnent dans l'église, devant une foule captivée par l'efficacité de son écriture et de la livraison.

L'excellent texte sur le lanyard (NDLR : ce cordon qui sert de porte-clés), que Koyczan a fabriqué en guise de cadeau à sa mère lors d'un camp d'été, se dévoile en guise de métaphore sur sa relation avec sa mère et son décès. Pis encore une fois, l'espoir s'impose, car Koyczan est deboutte, les deux pieds groundés sur la scène aménagée à l'avant de l'église.

Au Capital Complex, Devarrow joue des tounes folk avec l'énergie d'un western et l'exubérance de la jeunesse.

Nick Everett du groupe Mauno sur scène

Mauno.

Il faudra attendre l'arrivée de Mauno pour que la soirée au bar prenne son envol. Les changements de personnel récents l'ajout d'un deuxième guitariste et d'un nouveau batteur changent la dynamique de la pop subversive du groupe, sans toutefois enlever à deux imposantes qualités du groupe; la voix exceptionnelle du chanteur Nick Everett et les lignes de basses inventives d'Eliza Niemi.

Vogue Dots debout sur scène

Vogue Dots.

Les Néo-brunswickois expatriés en Nouvelle-Écosse Vogue Dots concluent la soirée avec leur électro loungeux, qui a comme point d'orgue l'excellente Way With Silence.

Samedi 23 janvier

 

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Une photo publiée par @shiveringbeards le


Shivering Songs, c'est aussi retrouver sa grosse face pis sa grosse barbe sur le compte Instagram Shivering Beards.

La journée des conflits d'horaire et des shows à en plus finir débute avec le traditionnel Songwriter's Circle à l'église Wilmot, réunissant Jenn Grant, Jessica Rhaye, Cedric Noel et Mathias Kom (The Burning Hell), en compagnie de la poète Sheree Fitch, qui officie en tant que maître de cérémonie. À go, on y va avec les fleurs, ou le pot, gang ?

Go.

L'bouquet :

- L'humour efficace de Kom, qui invite sa conjointe sur scène Ariel Sharratt en demandant à la foule « est-ce que quelqu'un ici a amené une clarinette? » avant d'entamer un sing-along sur Fuck the government; « Pass the wine, fuck the government, I love you. »

- Le héros local, Cedric Noel, qui s'est démarqué avec une chanson sur la synesthésie. « Je l'ai écrite pour qu'elle me donne l'impression d'être jaune, » affirme le principal intéressé.

-Un jam impromptu en guise de conclusion, avec les voix de Grant et Rhaye, les guitares de Kom et Noel, superposé sur un texte de Fitch.

L'pot :

- L'animation de Fitch, qui s'étirait un peu trop par moments et dont le caractère familier ne soutenait pas le rythme d'un tel spectacle.

- Le caractère geignard du cercle par moment, tel un épisode de La Voix.

Après cinq ans, il est peut-être temps de penser à renouveler la formule du cercle des auteurs-compositeurs, car ceux-ci semblent avoir une formule à laquelle on ne déroge que trop rarement. Bien évidemment, le but est de raconter l'histoire derrière les chansons, mais par moments, l'édition de cette année souffrait de sa prévisibilité.

On repart de l'église, sous un gros ciel bleu de janvier, comme pour nous rappeler que même si on est en plein milieu de l'hiver, le soleil ne nous discriminera pas aujourd'hui.

Marine Dreams debout avec une guitare

Marine Dreams0

À 19h, Marine Dreams joue en solo dans un studio de yoga, devant la foule la plus intime de la fin de semaine. S'il s'agit ici d'un des concerts les plus attendus de la fin de semaine par l'auteur de ces lignes, le projet nécessite une présentation pour d'autres; il s'agit d'une escape solo menée par Ian Kehoe, ex-bassiste et parolier d'Attack in Black, dont la proposition a évolué d'un rock collégien à une pop rétro chaleureuse en recul. Sa rare présence dans les maritimes est un des excellents coups du festival.

Tamara Lindeman de The Weather Station debout avec une guitare

The Weather Station.

Sa conjointe, The Weather Station (Tamara Lindeman), livre des chansons tirées de l'excellent Loyalty, malgré un rhume qui l'afflige, au point où les ponts et les entretounes sont meublés par une vilaine toux qui témoigne de la résilience de Lindeman, qui n'a pas called in sick à Fredericton.

Une pancarte devant un bar présente les noms des artistes qui vont jouer au courant de la soirée au Capital Complex

Grosse programmation pour la dernière nuit de concerts de Shivering Songs.

Au Wilsers Room la foule n'est pas imposante, mais elle est attentive pour le country folk sensible de Nick Ferrio, qui réussit à soutirer à la dizaine de personnes un sing-along sur Hide my love.

Au Capital Complex, Brookside Mall* ouvre la soirée avec sa synth pop d'inspiration 1990. Suivra Quiet Parade, qui ne cesse de prendre en confiance sur scène, pour faire partie des meilleurs coups en matière de folk rock au Canada. Murphy profite de l'occasion pour dédier Heavy Winter aux employés en grève du Chronicle Herald, seul quotidien en Nouvelle-Écosse.

En guise de point d'orgue au festival, Mathias Kom et Nick Ferrio remontent sur scène pour une deuxième fois aujourd'hui, mais cette fois-ci avec The Burning Hell qui relance l'offre du sing-along au public, pour monter l'intensité d'un cran avec l'excellente Amateur Rappers tout en concluant en rivalisant avec le club d'en haut pour transformer le Capital en plancher de danse. On est à mi-chemin entre le mosh pit et le dance party. Mission accomplie, l'auteur de ces lignes a presque dansé.

* Précision pour fin de transparence : l'auteur de ces lignes joue dans un groupe de musique avec un membre de Brookside Mall.