Tambour et temps mort

Après une longue période d’hibernation suivie d’un ep et d’une troisième place aux Francouvertes, Deux pouilles en cavale présentent enfin leur deuxième disque complet, Tambour et temps morts, tout en accueillant dans leur rang un nouveau bassiste. Les deux pouilles sont donc rendues trois, ne nous méprenons pas.

En 2009, le premier disque des Deux pouilles en cavale est arrivé comme un caillou dans un lac tranquille. À ce moment-là, le rock se faisait plutôt discret sur la scène locale. Et voici que Nicolas Gosselin et Pascal Rousseau arrivaient avec leurs grands sabots, balançant des petits brûlots remplis de testostérone sur des rythmiques désobéissantes, gueulant de concert. Mais sitôt aperçues sitôt disparues, les deux pouilles se sont vite retirées de la scène, l’une d’entre elles accueillant une mini pouille, l’autre s’investissant dans le groupe Poni.

Ce n’est qu’en juillet 2013 que les Pouilles ont redonné signe de vie avec le lancement du ep Votre cœur va manquer un pouls. Déjà, on était ailleurs : une exécution serrée, une meilleure production, des nuances beaucoup plus affirmées. Finalement, Tambour et temps morts, leur deuxième album complet, a vu le jour en novembre. Cette année, ils ont aussi récolté la troisième place aux Francouvertes, raflant un paquet de prix, la plupart liés à l’excellence de leur prestation scénique.

pochette de l'album tambour et temps morts

Crédit photo : Sophie Dalbou

C’est que les deux pouilles vont sur scène comme à la guerre : « On veut toujours aller au bout de nos limites, explique Pascal Rousseau. Il y a des tounes qu’on appelle nos monstres parce qu’on doit tout donner pour les interpréter, on se met dans une situation difficile, on bûche fort! Il y en a plusieurs qu’on a mis beaucoup de temps à monter ». Leurs prestations peuvent ressembler à des courses à obstacles, tellement les musiciens doivent prendre leurs virages serrés. D'autant plus qu'en vieillissant, ils ne se sont pas calmés sur les structures imprévisibles, accouchant de nouvelles compositions encore plus rigoureuses. « Quand on joue, on avance sur un chemin sinueux, ça arrive qu’on pogne la gravelle, on ne pogne jamais le fossé mais on pogne la gravelle, on peut aller l'accrocher de l’autre bord, mais on atteint toujours la ligne d'arrivée », image Nicolas. Sur scène, ils manipulent tous différentes sources sonores en plus de leurs instruments respectifs : pedal bass, synthétiseurs, séquenceurs, effets. « Quand on a embarqué Simon (Gauthier) dans le projet, on lui a dit : "il faut que tu sois tout le temps dans le rush, on va mettre un clavier et des percussions à côté de toi" », rigole Nicolas.

Car les pouilles ont également accueilli un nouveau membre en la personne de Simon Gauthier (Les Guenilles, Fleshmoves, Poni). « Il a un groove et une mentalité de bassiste, et, des fois, il apporte une nouvelle dimension aux chansons, observe Pascal. Comme batteur, je perçois des nouvelles façons d’approcher les rythmiques et ça change la dynamique. » Ont-ils réfléchi à changer leur nom pour autant? Non. « Les deux pouilles c’est vraiment Nicolas et Pascal, c’est un duo qui a une chimie très forte, affirme Simon. C’est spécial arriver là-dedans avec ses grosses babouches, il faut doser. » Mais ce nom, qu’ils traînent depuis longtemps – avant Deux pouilles en cavale, Nicolas, Pascal et le frère de Nicolas avaient un groupe nommé Les Pouilleux Phoriques – ne leur sert pas toujours. À plusieurs reprises on leur a proposé de partager l’affiche avec des humoristes, s'étonne encore Pascal. « On aime ça rigoler ensemble, on est des chums avant tout et ça se reflète dans la musique, mais on n’est pas un groupe d’humour! » Si l’énergie est joviale, il n’en est pas toujours autant de leurs textes.

groupe pouilles sur scène

Sous cette musique énergique et somme toute teintée d’humour, se cachent des textes qui évoquent les crises existentielles, les virus et l’apocalypse, mais toujours avec la touche décalée des pouilles. Un extrait?

Je me frotte à la plate-bande
Troisième en feu
Pacté raide, désarticulé
Debout, sur la tête d'un cheval de fer
À vaincre le vent
À grand coup d'arguments
À l'envers et contre tous
Le sourcil en sang, je suis convaincant
Hahahahaha!
5 textes sont récités avec un côté théâtral qui provient sûrement un peu de la formation de Pascal. « J'aime créer des images gigantesques pour une situation simple. » D'autres textes sont écrits à deux ou par Nicolas seul, comme pour la chanson Crête de coq.

Ah oui, Tambour et temps morts, c'est pour le temps qui a coulé pendant la confection de cet album. Les pouilles travaillaient depuis longtemps sur leur bébé, enregistrant par-ci par-là. Mais grâce au travail de réalisation de Nicolas, rien n'y paraît. Cet album sonne la tonne de briques. « Cette année on a réussi à l'aboutir! », souffle-t-il.

 

En spectacle

7 février, Quai des brumes, Montréal
14 mars, Café-bar le Zénob, Trois-Rivières
27 mars, Azimut, Cégep de St-Félicien, St-Félicien
28 mars, Le Bar à pitons, Chicoutimi