A Tribe Called Red - Suplex

Le trio ottavien A Tribe Called Red présente Suplex, premier projet à paraître depuis l'album Nation II Nation. Le EP de quatre chansons s’annonce comme le résultat de cette cogitation créative de près de deux ans. Sans avoir complètement dénaturé leur désormais mythique pow wow step, DJ NDN, 200lman et Bear Witness en proposent une version davantage éclatée.

La commotion qu’a créée A Tribe Called Red sur toute la scène musicale canadienne à la sortie de son premier album homonyme en 2012 est, encore à ce jour, incroyable. Fort d’un mélange incisif entre hip-hop, électronique, dancehall et pow wow, le groupe a réussi à attirer l’attention de tous les médias traditionnels et alternatifs au pays en l’espace de quelques mois. Rarement avait-on entendu un alliage musical aussi efficace et rafraîchissant au Canada.   La reconnaissance n’a évidemment pas tardé : longue liste du Polaris en 2012, courte liste du Polaris en 2013, Juno de la révélation, groupe la même année, puis évidemment, des critiques dithyrambiques et des tournées un peu partout à travers le monde. Acclamé par les blogueurs internationaux et pratiquement idolâtré par les différentes communautés autochtones, le groupe a ensuite pris une pause bien méritée, histoire de se recentrer sur lui-même et de développer de nouveaux sons.

Un mélange sonore percutant

Mouvement offensif de lutte, le « suplex » prend tout son sens à travers le mélange percutant qu’ATCR propose. En intro, la chanson-titre jette les bases de l’esthétique revigorée. Les percussions vives et les élans typiques des chanteurs atikamekw du collectif Northern Voice, originaire de la réserve Wemotaci près de La Tuque, fusionnent assez bien avec les sonorités dancehall, les élans industriels plus agressifs et les résonances 8-bit, utilisées avec parcimonie. Toujours aussi dynamique dans l’ensemble, le travail de construction sonore épate.

Changement de cap avec The People’s Champ, une incursion hip-hop old school menée de main de maître par Hellnback, rappeur autochtone de la Samson Cree Nation au flow furtif et mordant, parfois même étourdissant. Évoquant ses origines avec fierté, le MC navigue avec aisance sur les rythmes parfois dancehall du trio, qui mise sur une trame minimaliste aux contours house bien définis. Même si elle manque d’instants accrocheurs, la chanson demeure saisissante grâce à la présence de Hellnback.

Le pow wow step est pratiquement relégué aux oubliettes sur la suivante, Bodyslam, futur brûlot des planchers de danse, qui laisse de côté les sonorités autochtones au profit d’une mélodie house 90’s au rythme rapide. Loin d’être actuelle dans sa forme et ses influences (on décèle d’ailleurs des relents dubstep en milieu de parcours), la chanson a, du moins, le mérite d’être diablement efficace.

En guise de conclusion, ATCR fait appel à Smalltown Djs, duo électro club de Calgary auparavant signé sous Fool’s Gold, pour un remix de Bodyslam. Plus ou moins intéressante au début, la pièce de plus de cinq minutes dévoile quelques montées d’intensité bien échafaudées qui viennent dynamiser l’ensemble. Davantage house que dance, ce remix aux échos métalliques donne une cure de rajeunissement à la version originale.

Une évolution remarquée

Dans l’ensemble, Suplex s’avère donc un exercice de style pertinent, dans l’optique où il permet à ATCR d’arpenter de nouvelles avenues sonores sans nécessairement avoir à produire une œuvre homogène de bout en bout. En osant momentanément sortir de son cadre habituel, soit le pow wow step, le trio canadien poursuit son évolution avec audace.