Antoine Corriveau - Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter

Antoine Corriveau avait été salué par la critique avec son envoûtant deuxième album, Les ombres longues, et on ne peut pas dire qu'il se soit assis sur ses lauriers pour en composer la suite. Titrée Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter, cette nouvelle liasse de textes sombres compte sur un immense travail d'arrangement qui la drape d'une lourde et tragique robe.

Photo de couverture : pochette de Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter.

Des collaborations qui portent fruit

On ne s'attendait pas à voir Antoine Corriveau arriver avec des chansons légères après Les ombres longues, mais l'auteur-compositeur-interprète n'a pas fait dans la demi-mesure. Les arrangements sont denses et omniprésents, offrant beaucoup de belles trouvailles mais également peu de répit pour l'oreille et l'âme. Pas moins de huit des dix chansons du disque comptent sur l'apport d'un orchestre à cordes de 12 musiciens, en plus de son groupe habituel, souvent élargi encore par des vents et des percussions.

C'est la fidèle violoncelliste de Corriveau, Marianne Houle, qui a composé les arrangements de cordes, détaillant des partitions expérimentales et audacieuses. Pour Parfaite, monologue parlé ininterrompu à l'humeur angoissante, elle a modelé un tapis mouvant basé sur des ostinatos, la récurrence de quelques lignes mélodiques et une variété de timbres dont certains écorchent volontairement un peu l'oreille.

La chanson suivante, Juste un peu, est scindée en deux par un long instrumental à la mélodie atonale qui se déploie dramatiquement en dissonances, striée de forts glissandos; une sorte de montée instrumentale qui revient également à la fin de Croix blanche. D'autres chansons sont davantage colorées par les cuivres - arrangés par Rose Normandin - et les percussions, avec lesquelles Stéphane Bergeron (Karkwa) s'est permis un jeu plus expansif. À l'enregistrement et à la réalisation, Nicolas Grou signe toujours présent.

Une odeur de mort

Si Les ombres longues avait, malgré ses textes difficiles, l'énergie battante et optimiste des grèves étudiantes, Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter semble avoir pris forme sur les cendres des conflits planétaires qui ont mené les nouvelles dans les dernières années. On sent à plusieurs reprises l'odeur de la solitude, du déracinement et de la souffrance qui sont évoquées dans la citation qui ouvre le livret.

Dans quelques chansons, Antoine Corriveau traite de sujets plus intimes. Parmi celles-là, la transcendante Deux Animaux laisse de l'espace à une performance vocale sensible et vulnérable où le tremblement de la voix devient le nerf auquel on s'accroche. Le chanteur sort rarement des fréquences basses au fil du disque, ce qui donne encore plus d'impact à de telles disgressions, tout comme à la présence de Fanny Bloom sur Constellations.

Antoine Corriveau, un homme ténébreux couvrant ses cheveux longs d'un chapeau. Photo en noir et blanc.

Antoine Corriveau. Crédit : Marc-Étienne Mongrain.

Antoine Corriveau est également un auteur qui possède une plume puissante et maîtrisée qui n'a aucunement besoin de musique pour se justifier. Ses mots évitent toujours la cadence rigide qui peut être prescrite par une écriture en vers.

Et s'étirent dans les lits
Les corps abattus
Les désirs endormis
Et les silences de plomb
Qui ne sont pas étroits
Mais chargés de lumière
Et des idées perdues
Ciels blancs de jours clairs

(Extrait de Les contours clairs)

Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter est l'album le plus dense d'Antoine Corriveau, probablement le plus difficile d'approche, et les émotions qu'il adresse ne sont pas de celles qu'on se plaît à brasser quotidiennement. Mais une fois passée la première barrière, il s'en dégage une force brute ainsi que des mélodies qui ancrent leur poison profondément chez l'auditeur, promettant une écoute qui mûrira avec le temps.

Date de sortie : 21 octobre 2016.

En spectacle :

19 octobre : Lion d'Or, Montréal, Québec, Canada.
27 octobre : Le Cercle, Québec, Canada.
28 octobre : La Petite Boîte Noire, Sherbrooke.
3 février : Maison de la culture, Montréal-Nord.
4 mars : La Grange du Presbytère, Stoneham.
21 avril : Maison de la culture, Waterloo.