Arthur Comeau - ¾

Décidé à laisser tomber le zoo Radio Radio, le producteur et rappeur acadien Arthur Comeau rejoint le courant des marées le temps d’un premier album solo fort audacieux.

À l’image du mouvement des eaux – concept global autour duquel naviguent les chansons -, ¾ s’intéresse à la liberté créatrice dans toute ce qu’elle a de plus vitale.

C’est donc l’exploration qui guident l’œuvre, au détriment de la structure rigide, convenue et immuable. Souvent, ça va dans n’importe quel sens : les effets cacophoniques se multiplient, la poésie est acerbe et sans compromis, tandis que la composition semble ratée, tellement elle est instable. On pense notamment à tune about le POUWOIR et Es-tu Paré?.

À d’autres moments, on découvre un travail inventif, qui n’est pas sans rappeler l’éclaté et imprévisible Mexico de Jean Leloup à certains égards. Bien plus qu’un album de hip-hop acadien, ¾ est un essai expérimental, autant musical que linguistique, qui met de l’avant un niveau de liberté artistique rarement atteint dans le paysage musical alternatif canadien.

« Ça feel comme un démo », dit-il, d’entrée de jeu, sur Gouvernement du moment, comme pour nous avertir du côté schématique de l’ensemble. Entre le son unidimensionnel jazzy soul de Trois quart, la dance improvisée de Meteghan, le r&b déphasé de Rounce (_Sabbatical) et la progression rythmique jazz progressive de Contribution (pays bleu), le musicien veut bousculer les codes musicaux, quitte à en perde l’auditoire qu’il avait acquis au courant des années avec son ex-formation. « Moi j’ai croisé la fame, pis flyé la plane », indique-t-il  sur Allergic à la Jinxx, sympathique collaboration avec le tendre Karim Ouellet, qui renoue ici avec le phrasé hip-hop.

Voilà donc la raison ultime de la séparation d’Arthur avec Radio Radio : s’émanciper plutôt que de rester pris dans un carcan « hip-pop acadien » sur le pilote automatique. Pas étonnant d’ailleurs qu’il ait choisi de faire paraître son album à quelques jours de l’équinoxe du printemps, jour qui marque annuellement les marées les plus intenses.

Parce que les remous sont nombreux ici et que c’est en les apprivoisant, au fil des écoutes, qu’on finit par les apprécier.