B K L L O Y D - Dans l'vide

Issu du jeune collectif LaFamille MTL, le duo B K L L O Y D se dévoile sur Dans l’vide, un premier EP concluant qui emmêle adroitement hip-hop, house, jazz et soul.

Photo de couverture : pochette de Dans l'vide.

Amis depuis le secondaire, le rappeur BKAY et le producteur Lloyd$ n’ont pas perdu de temps à donner naissance à leur rencontre artistique, amorçant dès l’âge de 16 ans l’enregistrement de chansons avec des moyens du bord DIY, principalement un micro d’écouteurs iPhone.

LEs rappeurs BKAY et Lloyd$ se tiennent entre deux murs, dans une ruelle vraissemblablement. Photo en noir et blanc.

BKAY et Lloyd$. Crédit : Juliette Langevin.

Moins assidus dans leur production au courant des dernières années, notamment en raison d’un horaire plus ou moins clément entre le travail et le CÉGEP, les deux artistes montréalais ont pris les choses plus au sérieux en février dernier.

Pigeant à travers une banque de sons soigneusement élaborés par son acolyte, BKAY s’est mis à l’écriture des textes et s’est donné l’objectif de rejoindre Lloyd$ en studio une à deux fois par semaine afin de donner vie à ce projet latent depuis quatre ans.

Récit d'une jeunesse instable

Portrait intimiste et acéré d’une jeunesse montréalaise instable qui amorce une difficile transition vers l’âge adulte, Dans l’vide révèle un duo ingénieux qui, malgré sa tendance à explorer sans grande originalité des thématiques hip-hop convenues (l’ambition et le mal de vivre notamment), réussit à se démarquer grâce à son intensité et ses mélanges stylistiques aussi habiles que surprenants.

Excellente entrée en matière, Vise haut témoigne d’une construction musicale audacieuse mettant en valeur l’interprétation habitée, parfois agressive, de BKAY, qui évoque avec confiance ses désirs et aspirations. À la barre de la composition, Lloyd$ propose un mémorable voyage house en deux temps, qui réussit à faire oublier les intonations kitsch du chanteur Mantisse, un collègue de LaFamille MTL.

Ce dernier se fait plus convaincant sur la suivante, Folie des grandeurs, une incursion R&B minimaliste aux contours soul. Plus vulnérable que sur l’intro, le rappeur dresse la liste de ses habitudes malsaines avec un flow incarné, qui prend place avec mordant et puissance.

Entre l'ombre et la lumière

Très sombres, Tomber dans l’vide et Vortex abordent, quant à elles, les bas-fonds psychologiques d’un jeune homme de 20 ans aux prises avec d’importantes et graves remises en question. Alors que la première mise sur un frénétique alliage de house et de rythmes drum and bass qui traduit avec impétuosité le récit troublant de BKAY, la deuxième offre une mélodie hip-hop plus classique qui met à l’avant-plan un flow cinglant, sans demi-mesure, qui n’est pas sans rappeler celui de Souldia.

Plus lumineuse, Roots mise sur une formule jazzy rap à la nostalgie ambiante, autant du côté de la rythmique old school que du texte. Évoquant quelques souvenirs de son adolescence, notamment sa découverte du rap et de la marijuana, le rappeur clame son amour pour l’écriture avec sincérité.

Dans une ambiance musicale similaire, la conclusion Carré Saint-Louis apparaît davantage aérée, ne serait-ce que par ses interludes instrumentaux qui donnent à l’auditeur un répit du flow somme toute dense de BKAY.

« LaFamille va bâtir l’empire / We taking over Montréal », clame l’artiste, annonçant par la bande l’éclosion de son collectif.

On attend la suite de choses avec impatience.